‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 287 sur 347 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Toscane, où un gouvernement provisoire, établi en son nom, lui avait déjà préparé les voies. Il n’y eut pas jusqu’au prince de Monaco qui ne fit reprendre possession de sa principauté par un secrétaire anglais, tandis que l’innocente Saint-Marin * réorganisa son aringo.

Quelques mois après la chute de l’empereur, l’édifice qu’il avait péniblement construit pendant quinze ans, était tombé comme un château de cartes. Les libéraux et les républicains, dupes de leurs calculs , victimes de leurs divisions , voyaient une domination qui n’enchaînait pas l’avenir remplacée par un despotisme sans espoir; le plus ardent ennemi des Français, le poète Ugo Foscolo, s’exila de son plein gré devant les Autrichiens, et jura de ne plus remettre le pied sur le sol esclave de l’Italie.

Murat resta seul d’abord debout, mais peu de temps. Menacé au dedans par les partisans des Bourbons qui rappelaient Ferdinand , et par les carbonari qui demandaient une constitution, au dehors, par Ferdinand 1Y, et même, en dessous main, par les Autrichiens, il ne pouvait durer. Quand Napoléon, en février 1815, quitta l’île d’Elbe pour tenter encore la fortune en France, Joachim voulut sortir de cette position insoutenable et remettre en question les destinées de l’Italie. 11 rentra à la tète de l’armée dans les légations et occupa Ancône et Bologne, en prenant cette fois pour drapeau l’indépendance italienne. Mais quelques volontaires de la Romagne accoururent seuls au-devant de lui. La Lombardie ne répondit à l’appel que par une conspiration militaire qui compromit ses généraux. Après le combat indécis du Panaro, Joachim fut obligé de rétrograder à Oc- ! chiobello et à Carpi devant les Autrichiens. 11 défendit encore Bologne bravement; mais une défaite complète essuyée à Macerata et les nouvelles désastreuses de France ne lui laissèrent plus d’espoir.

Rentré dans le royaume avec quelques fidèles, il signa le traité de Casalenza par lequel il abandonna son royaume ; les Autrichiens, triomphants dans Naples, y rappelèrent Ferdinand 1Y, le dernier des anciens souverains de la péninsule; et le traité, sorti du congrès de Yienne, clos à la fin de

l’italie napoléonienne.

l'année , consacra les derniers événements qui restauraient les anciens princes et l’ancien régime dans la péninsule. Une tentative aventureuse de Joachim n’y changea rien. Jeté par une tempête avec quelques-uns de ses compagnons seulement, près du bourg de Pizzo, il fut saisi, maltraité par les habitants, et, sur les ordres impitoyables du roi restauré, tué comme un bandit.

Des conquêtes faites par les Français et des États fondés par Napoléon en Italie, il ne resta plus rien ; l’ancien ordre de choses parut entièrement rétabli. La révolution française et la main d’un grand homme ne remuèrent cependant pas vainement la péninsule. On avait entrevu la possibilité de l’indépendance. Des germes féconds d’idées et d’institutions se trouvaient déposés dans le sol. Le souvenir du royaume d’Italie chez les uns, celui des républiques cisalpine et ligurienne chez les autres , étaient encore une espérance. Les idées de liberté et d’égalité civile avaient pour toujours ruiné dans l’opinion éclairée les privilèges du vieux régime; l’indolence italienne ne survivait pas à une guerre de vingt ans. Les Piémontais et les Romagnols se rappelaient avec orgueil que Napoléon les tenait pour d’excellents soldats; tous comptaient, sur les champs de bataille de l’Europe, de nobles victimes, tombées, sinon pour la cause de la patrie, au moins pour celle de là liberté générale, représentée, malgré les apparences, par un grand homme. Soumis quelque temps aux mêmes institutions politiques, réunis dans la même égalité civile, rapprochés dans les mêmes brigades, les Italiens sentaient encore qu’ils pouvaient former une nation. Enlin, au dedans, avaient commencé à se développer le caractère et l’esprit public qui manquaient à la péninsule vingt-cinq ans auparavant; au dehors, l’Italie pouvait encore jeter les yeux avec amour, avec regrets, vers celte France qu’elle avait accueillie trop vite, et trop vile abandonnée, mais qui était encore comme vivante dans son sein. Souvenirs glorieux! chères espérances ! laissés par la l’évolution française pour faire le tourment ou l’émulation de la péninsule.

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