‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 288 sur 347 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

RESTAURATION; OPPOSITION LIBÉRALE ET INSUR- RECTIONS RÉVOLUTIONNAIRES (1813-1846).

RÉTABLISSEMENT COMPLET DE L’ANCIEN RÉGIME (1815-1820). — OPPOSITION DE 1820; INSURRECTIONS DE 1821 ; DÉFAITES DE RIETI ET DK NOVARE.— RÉACTIONS SANGLANTES (1823-1830). — INSURRECTIONS DE 1831 ET 1832; LE MÉMORANDUM DES CINQ PUISSANCES; L’ÉDIT DU CARDINAL BERNETTI ; OC- CUPATION D’ANCÔNE. — CHARLES-ALBERT, FERDINAND II, LÉOPOLD H, GRÉ- GOIRE XVI; LA JEUNE ITALIE (1833-1845). — STATISTIQUE DE LA POPULA- TION, DES FORCES DE TERRE ET DE MER, DU COMMERCE, DE L’iXDUSTRIE, DE

l’instruction publique, ETC. (1840-1845). — RECRUDESCENCE LIBÉRALE ET RÉVOLUTIONNAIRE EN ITALIE ; INSURRECTIONS DE IUM1NI ET DE LA CALABRE

Rétablissement complet de l’ancien régime (181t>18ttJ.

Le désappointement de l’Italie fut grand, lorsque, après vingt-cinq années de bouleversements et de guerres, elle se trouva retombée , par les traités de Vienne , au-dessous de l’état où la révolution française l’avait surprise.

En 1789, en effet, l’Autriche n’avait, dans la péninsule, que le Milanais, séparé de ses États héréditaires par les évêchés du Tyrol et les républiques de Venise et des Grisons. Maintenant, par la réunion de la Lombardie aux États vénitiens, elle possédait sous sa main un royaume de cinq millions d’habitants et de quatre-vingt-quatre millions de revenu ; elle menaçait le Piémont par le Tessin, et l’Italie centrale par les garnisons qu’elle avait droit d’entretenir à Fer rare, Plaisance et Commacchio. Les deux États libres, qui rappelaient encore la vieille et glorieuse Italie, les républiques de Gènes et de Venise, avaient disparu. Dans le reste de la péninsule, les princes autrichiens de Toscane, de Modène et de Parme n’étaient que les vassaux de la puissance dominante; les autres, le pape, le roi de Naples, le roi de Sardaigne plus indépendants d’elle, en apparence, mais restaurés par ses secours et ne pouvant se soutenir que par elle , lui étaient plus que jamais liés par la reconnaissance et la communauté des intérêts.

On pouvait espérer au moins que l’empereur d’Autriche

RESTAURATION

el les souverains restaurés, accommodant les intérêts de leur domination avec les besoins nouveaux du siècle, garantiraient ces principes sages de liberté et d’égalité qui jouissaient déjà depuis vingt ans comme du droit de bourgeoisie dans le monde social. Il a’en fut rien. L’ancien régime revint à peu près en entier avec les anciens souverains, quelquefois même on rétrograda au delà du xvine siècle. Des institutions de Joseph II, de Léopold Ier, de Tanucci, furent condamnées comme la cause et le commencement de tout le mal. •

L’empereur d’Autriche donna l’exemple. Le 16 avril 1815, une proclamation du maréchal Bellegarde, chef des troupes d’occupation à Milan, annonça que les provinces italiennes formaient un État particulier sous le nom de royaume lombardo-vénitien. L’établissement d’un vice-roi résidant six mois à Milan et six mois à Venise; l’institution d’une cour et de ses grands officiers; l’obligation pour tout nouveau roi de prendre la couronne de fer; la division du royaume en deux gouvernements avec V enise et Milan pour chefs-lieux ; la subdivision des gouvernements en provinces , des provinces en districts, et de ceux-ci en communes, firent d’abord espérer aux Lombards qu'ils conserveraient une sorte d’indépendance sous un prince autrichien. Ils furent promptement détrompés. L’archiduc Antoine, nommé d'abord vice-roi en 1816, n’ayant pas voulu soumettre son administration au contrôle de Vienne , fut remplacé par l’archiduc Reinier, qui se montra plus docile.

Avec lui, toutes les institutions qui, sous la domination française, étaient au moins une promesse d’indépendance, le sénat , les corps législatif et consultatif, la cour des comptes, les ministères des finances, de l’intérieur, des affaires étrangères ; dans l’armée, l’état-major, l’artillerie, le génie, les écoles militaires, les fabriques d’armes, enfin les cours judiciaires, tout fut aboli. Le pouvoir de la commune rétabli en apparence ne servit qu’à présenter des vœux à Vienne. Dans l’ordre judiciaire, le tribunal suprême de révision ne fut qu’une fraction du tribunal suprême, siégeant en Autriche. L’armée italienne dissoute vit la plupart de ses

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