CHAPITRE XX
officiers destitués ou mis à la retraite, et ses soldats, vêtus de l’habit blanc, distribués dans les différents régiments sous le drapeau jaune et noir. Enfin, le code autrichien fut promulgué avec quelques aggravations pour les délits politiques; la noblesse remise en honneur; le clergé et les moines réintégrés dans leurs possessions et privilèges; la censure contre la presse régulièrement instituée ; une police tracassière organisée , et la dénonciation ordonnée comme un devoir, sous peine d’un châtiment sévère. Les canons autrichiens braqués sur la grande place de Milan, et les canonniers montant la garde , la mèche allumée , ne laissèrent pas même d’illusion à la servitude.
Malgré la modération de caractère de Pie VII , et les lumières de son secrétaire d’État Consalvi, le décret organique du 16 juillet 1816 ne rétablit aussi que l’ancien régime dans les Etats de l’Eglise. L’État pontifical se divisa en dix-huit légations, comprenant quarante-quatre districts et six cent vingt-six communes. Mais toutes les légations furent confiées à des prélats; on ne laissa aucune indépendance au gonfalonier et aux anziani des communes. Rome et Bologne, les deux principales villes mises en dehors du droit commun, la première avec ses conservateurs et son sénateur , la seconde avec son conseil de quarante sages et ses six conservateurs , magistrats d’apparat sans puissance réelle, n’eurent que l’ombre d’un gouvernement municipal. Dans l’ordre judiciaire, à côté de juges de paix, de tribunaux de première instance et de cours d’appel à Rome, à Bologne et à Macerata, on institua quatorze tribunaux d’exception, inaccessibles aux laïques, et dont ressortirent réellement tous les jugements d’importance. Enfin, Pie VII rétablit les jésuites, restaura l’inquisition, supprima le code français au profit des quatre-vingt-quatre mille lois en vigueur avant la révolution ; rendit aux barons , au clergé, presque tous les anciens privilèges, et ne conserva guère de la domination française que le système des impôts, sans préjudice de quelques anciennes taxes aussi rétablies.
Le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel Ier, à peine rentré
RESTAURATION
dans le Piémont, proclama, sans ambages, par son premier édit, que les États sardes étaient replacés dans la situation où ils se trouvaient en 1790. En conséquence, il ouvrit et feuilleta l’almanach royal de 1793, et rétablit l’administration, la justice, les lois, emplois, titres et fonctions en l’état. Il n’eut d’autre soin que d’étendre et d’approprier à la ville de Gènes et à son territoire, privés de toute liberté, le système général, et couronna son œuvre en livrant l'éducation aux jésuites et en instituant des oblats de la sainte Vierge, prêtres séculiers qui faisaient vœu spécial d’obéissance au pontife. En Toscane, à Modène, à Parme, même restauration ; on ferma à Florence les écoles d’art.
A Naples, l’œuvre demandait plus d’adresse. Murat, avant de déposer sa couronne, avait obtenu des promesses, en faveur des principaux chefs de son armée, et quelques garanties pour le royaume. La Sicile jouissait encore de la constitution quelle avait obtenue en 1812. Obligé de conserver leur grade aux généraux et officiers de Murat, Ferdinand prodigua au moins les faveurs et les avancements à ses fidèles de Sicile. Pour ne garder des lois françaises que ce qui lui plaisait , il les fit refondre dans un code napolitain.
En 1816, plus hardi, il se débarrassa de la constitution gênante de la Sicile, déclara réunie l’administration des provinces en deçà et au delà du Phare, et prit le titre de roi du royaume uni des Deux-Siciles ; et comme il ne devait plus convoquer le parlement sicilien, il décréta permanent et immuable le quantum d’impôt voté par la dernière session parlementaire, en 1813. Son ministre de la police, Canosa, tint tète aux carbonari, qui commençaient à s’agiter, en leur opposant une secte d’ultra-royalistes, les calderari (chaudronniers). On en vint aux fnains dans plusieurs endroits; la guerre civile fut imminente. Le danger parut tel, que les puissances signataires du traité de Vienne furent obligées de réclamer le renvoi du ministre, et de faire passer quelques troupes autrichiennes dans le royaume. Ferdinand 1er ( IV) rte prit sa revanche que par le concordat de 1819 avec Rome, dans lequel il parvint à se soustraire