CHAPITRE XX
au tribut de la haquenée, mais rendit à l’Église sa censure, une partie de ses biens, de ses redevances et de ses droits, abolis depuis près d’un siècle.
Opposition de 1890) Insurrections del§tl; défaites de Blet!
et de Sfovare.
■ Cette restauration de l’ancien régime, depuis les Alpes jusqu’au golfe de Tarente, fit succéder promptement chez les Italiens le mécontentement à la confiance. L’expression en fut d’abord timide. Dans la Lombardie, quelques nobles avaient, par amour de la liberté, favorisé la chute de la domination française, entre autres Confalonieri, Porro, Arrivabene ; ils firent d’assez vives remontrances au gouvernement autrichien, dont ils avaient espéré mieux, et qui leur donnait pis. Dans le royaume de Naples, les généraux et officiers qu’on appelait, en souvenir du dernier roi, les muratins, entre autres Guillaume Pepe, essayèrent de défendre quelques-unes des institutions napoléoniennes.
A défaut de tribune publique et de presse libre, l’opposition se fit jour dans la littérature. Au moment où la péninsule perdait plus que jamais l’espoir de devenir une nation, les lettres quittèrent les traditions latines et grecques de la renaissance pour se retremper aux sources patriotiques, et devinrent tout italiennes. En face du saint-siège, complice de l’Autriche dans la restauration du despotisme, elles abjurèrent aussi tout paganisme pour chercher les harmonies entre le christianisme et la liberté. L’école romantique, en lutte avec la littérature classique, soutenue par les vieux partisans de l’Autriche, devint une véritable protestation nationale.
Manzoni, le premier de tous, dans ses hymnes sacrés, s’efforça de retremper, de purifier aux sources de la grâce, cet amour de la liberté que la philosophie et la révolution avaient inspiré à l’Italie. Qn saisit avec plus d’empressement encore qu’il ne l’avait peut-être cherché, les allusions politiques dans son Carmagnola, où les Italiens sont aux prises avec les Italiens; dans son Adelchi, où le royaume lombard d’Italie tombe sous l’épée de l’empereur Charlemagne. Le
RESTAURATION
poëte lyrique Berchet, moins timoré, anima ses odes d’un amour passionné pour l’Italie. Grossi préluda à son épopée nationale des Croisés par une nouvelle en vers, Ildeyonda, empruntée à la vie italienne, et qui eut un succès prodigieux. Silvio Pellico , dans son Eufemiodi Messina , mit en action la haine de la domination étrangère. Encore inconnu, le jeune Leopardi adressa à Angclo Mai, qui venait de retrouver la république de Cicéron, une canzone toute frémissante de douleur et de colère.
La littérature se partagea en deux camps. Silvio fonda, en 1818, la revue littéraire le Conciliateur , pour faire la guerre à la Bibliothèque italienne , revue austro-milanaise, qui défendait les théories classiques et méritait les sympathies autrichiennes. Le noble Confalonieri, le jurisconsulte Romagnosi, tous les nouveaux écrivains en vogue, y concentrèrent si puissamment leurs efforts, que le gouvernement autrichien comprit bientôt le danger, interdit la représentation d'Eufemio , et supprima le Conciliateur , qui ne vécut qu’une année.
Chassée de la littérature, l’opposition se réfugia dans les sociétés secrètes. La charbonnerie, mystifiée par la maison d'Autriche et les anciens souverains, avait repris une nouvelle énergie, par le désir de réparer sa faute, et par l’adjonction de l’ancien parti bonapartiste ou français. Elle couvrait toute la péninsule, soit par ses propres ventes , soit par ses liaisons avec les autres sociétés secrètes des adelchi , des adelfi et des apofasimeni.
Le principal foyer était dans le royaume de Naples; tous les muratins, nombreux dans l’armée, y étaient affiliés, et . fies communes entières, dans la Calabre, étaient organisées en ventes ; mais il rayonnait en Komagne, en Lombardie, en Piémont, et les voyages mystérieux, les correspondances occultes sillonnaient et enlaçaient toute la péninsule. Déjà, au commencement de 1820, le gouverneur de Milan, comte Strassoldi, portait les peines les plus terribles contre ceux môme qui ne dénonceraient pas les carbonari; et il instituait une commission à Venise pour la recherche des coupables.