CHAPITRE III
dèrent leur roi Amalaric, que Théodoric avait pris sous sa protection; Amalasonthe fille du grand roi, veuve d’Eutharic prince golh de la race des Amales , tutrice de son fils âgé de dix ans, Athalaric, n’eut à soutenir qu’en Italie l’œuvre du conquérant. La tâche était déjà assez lourde. Les grands officiers de la cour au lit de mort du roi avaient juré fidélité à sa fille et à son petit-fils. Au premier moment les émissaires d’ Amalasonthe firent reconnaître son autorité, à Rome, ën Ligurie, en Gaule, en Dalmatie; avec une prudence qui rappelait celle de son père, et témoignait des conseils de Cassiodore, cette femme belle et savante ménagea d'abord l’empereur d’Orient, dont elle fit graver l’image sur ses monnaies, avec le nom seul de son fils ; elle rendit leur patrimoine aux enfants de Boëee et de Symmaque, et confia les premières charges civiles aux Romains ; elle continua à protéger les anciens habitants contre les violences de ses compatriotes, donna à son fils l’instruction qu’elle avait reçue elle-même, et montra qu’elle aurait maintenu ce qu’avait fondé son père1, si une femme l’avait pu, à cette époque barbare.
Mais la puissante volonté de Théodoric n’était plus là, pour imposer le joug de l’autorité à des barbares impatients et pour conjurer les dangers de cette juxtaposition de deux peuples , encore différents de mœurs et de langue, sur le même sol. Las de protéger les Italiens, les barbares voulaient les opprimer, depuis qu’ils n’étaient plus contenus; les Romains et le clergé orthodoxe , au contraire , tournaient avec plu.-, de hardiesse leurs regards vers Constantinople , en voyant l’autorité aux mains d’une femme. La première occasion de trouble naquit dans le palais de Ravenne. La reine Amalasonthe qui avait quelque peine à plier son fils aux nécessités de l’éducation romaine, frappa un jour au visage le jeune roi ; quelques seigneurs goths mécontents de voir le ar chef élevé dans les arts des Romains, l’arrachèrent à sa mère pour en faire un véritable roi barbare, et le confièrent à des guerriers. Trois d’entre eux plus particulièrement indisposés contre Amalasonthe, formèrent le complot de rendre toute l’autorité au jeune roi. Amalasonthe menacée par
les siens se rapprocha de l’empire d’Orient , pour s’assurer à tout hasard une retraite , et fit mettre à mort les chefs goths qui conspiraient contre elle. Mais la mort du jeune Athalaric, victime des excès que lui permirent ses nouveaux maîtres , compliqua la situation déjà 'très-tendue (534).
Àmalasonthe ne croyait point la maxime barbare que la lance ne devait point tomber en quenouille faite pour la fille de Théodoric; elle voulait continuer de régner; d’un autre côté, un neveu du grand Théodoric, Théodat, disciple de Platon, barbare civilisé qui n’avait pris des mœurs romaines que les vices, convoitait la succession d’Amalaricet traitait aussi avec la cour d’Orient qui croyait le moment venu de recouvrer réellement l’Italie. Amalasonthe entourée de pièges offrit à Théodat le partage de son trône ; c’est ce qui la perdit ainsi que le royaume des Goths. Théodat commença par faire enfermer la fille de Théodoric dans une île du lac Bolséna; puis, comme elle implorait la protection de Justinien, poussé par sa femme Gudeline , il la fit étrangler dans un bain. C’était l’occasion qu’attendait le nouvel empereur. Justinien décidé à arracher l’Italie aux Goths comme il venait d’arracher l’Afrique aux Vandales, ordonna à son général Bélisaire de passer avec ses mercenaires en Sicile et en Italie.
VUigèn et Bélisaire; prise de Rome et de Huvcnne sur Je» OatroKOthM (5.1(1410}.
Les Goths ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. Les anciens habitants voyaient approcher avec joie celui qui les délivrerait de la domination de spoliateurs barbares et hérétiques; les Siciliens mêmes se rendirent dès la première sommation. A la nouvelle que Mondon entrait en Dalmalie, et que Bélisaire approchait, le disciple de Platon si peu propre à porter une couronne, l’abandonna pour une honnête pension et la permission de vivre en philosophe dans la Gi •ècè. Bélisaire débarqua sans peine à Reggio qui lui fut livré par le gendre de Théodat, et se dirigea sur Naples, au milieu des peuples joyeux du Brutium, de la Lucanie et de la Campanie. Huit cents Goths et les juifs, très-nombreux dans Naples, opposèrent seuls une vive résistance. Mais Bé-