CHAPITRE XX
11 ne fallut que la nouvelle de la révolution espagnole et la proclamation d’une constitution à Madrid pour allumer l’incendie. Le carbonarisme s’était emparé de presque toutes les positions dans le royaume de Naples : non-seulement il embrassait la bourgeoisie, les communes, dans les Abruzzes et dans les Calabres, il était encore dans quelques ministères, il possédait plusieurs hauts grades dans l’armée; il s’organisait en milices dans les campagnes, et croyait pouvoir compter même sur le roi, ou au moins sur son fils, le duc de Calabre, retenus seulement, pensait-on, par la crainte de l’Autriche. Une constitution était le vœu de tous.
Guillaume Pepe, général muratin, lié avec quelques ministres, affilié à la haute vente , organisateur des milices, guettait l’occasion favorable de forcer la main à la cour. Au milieu d’ordres et de contre-ordres , le mouvement éclata tout 5 coup au mois de juillet 1820, à Nola et à Avellino, aux cris de : Vive le roi et la constitution ! poussés par les carbonari et les soldats. Guillaume Pepe, alors à Naples, s’échappa sous le coup d’une arrestation, entraîna quelques régiments, se rendit à son quartier général et demanda une constitution. Ferdinand envoya contre lui Carascosa; mais celui-ci était à moitié gagné. La révolution fit aussitôt son explosion à Naples. Abandonné de tous, le roi fut obligé de proclamer la constitution d’Espagne; il nomma Guillaume Pepe général en chef de toutes les forces du royaume-uni, composa un nouveau ministère, une junte pour l’établissement de la constitution, et nomma sort fils vicaire général pour aviser à l’exécution de ses décrets.
Huit jours après, Guillaume Pepe entrait en triomphe dans la ville de Naples à la tète de l’armée constitutionnelle, ' au milieu d’une population ivre d’enthousiasme; le roi et le vicaire général prêtaient serment à la constitution, et convoquaient le parlement; la révolution était achevée sans une goutte de sang, presque sans désordre.
L’Italie tout entière en fut émue. En Lombardie, le comte Confalonieri, Porro, Pallavicini, etc., se concertèrent sur les moyens de soustraire la patrie à la domination autri-
RESTAURATION'
chienne. Là où il n’y avait point d’armée nationale il ne pouvait être question d’insurrection; on tourna les yeux vers Turin. L’armée piémontaise s’enhardissait ainsi que les sociétés par l’exemple de Naples. Un des princes du sang, le prince de Savoie-Carignan, avait toujours paru favoriser les pensées d’émancipation. On pouvait espérer en lui, on le lui fit comprendre. Il ne s’agissait de rien moins que de réunir la Lombardie au Piémont, et de reconstituer, agrandir, le royaume d’Italie. Les Lombards et les Piémontais voulurent cependant voir la révolution napolitaine à l’œuvre.
Quelques dissentiments parurent d’abord l’entraver. Tandis que toutes les villes, dans un élan unanime, élisaient leurs députés pour le parlement de Naples, Palerme, faisant exception, demanda un parlement sicilien et la séparation de l’île. Les fonctionnaires napolitains voulurent résister; le peuple se souleva, tua le prince de la Cattolica, se jeta sur l’artillerie, massacra les Napolitains, et se rendit maitre de la ville. Les prêtres et les moines combattaient avec les ouvriers et les citoyens. Le moine Volmica, nommé colonel, portait les épaulettes sur sa robe de capucin. Le nouveau gouvernement napolitain ne reçut point favorablement les envoyés de la nouvelle junte instituée à Palerme. Toute file n’avait pas suivi le mouvement de la capitale. 11 ne pouvait être question de séparation au moment où l’on avait plus que jamais besoin d’union. Florestan Pepe, frère du général en chef, envoyé dans l’ile, à la tête de cinq mille hommes, circonscrivit le mouvement dans Palerme , et parvint à forcer la junte à entrer en négociation; le peuple, plutôt que de se soumettre, se souleva encore, renversa sa junte, et en institua une nouvelle; mais, après quelques jours de bombardement, il accepta la capitulation, qui laissait au parlement de Naples, composé des députés des deux parties du royaume, à résoudre la question.
Le roi de Naples ouvrit le parlement au 1" octobre, et jura de nouveau la constitution. Guillaume Pepe remit noblement ses pouvoirs de généralissime au souverain, «après en avoir fait usage surtout contre le zèle exalté de quelques carbonari. Tout paraissait en bonne voie.