‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 292 sur 347 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Mais il fallait compter avec la sainte -alliance. Le prince Ruffo, ambassadeur de Ferdinand à Vienne, avait refusé obéissance au nouveau gouvernement ; le prince de Cariati et le duc de Capriola, chargés d’une mission extraordinaire, ne purent parvenir auprès de l’empereur d’Autriche. Un congrès des puissances se réunit à Laybach pour aviser au moyen d’étouffer la révolution. En vain le roi Ferdinand lui-même invoqua son indépendance, et protesta de sa résolution à défendre le royaume et la constitution; invité seulement à se rendre au congrès de Laybach , il se décida à partir, mais n’obtint des Napolitains la permission de s’y rendre qu après avoir juré de nouveau la constitution, et laissé, pendant son absence, au prince royal tous les droits de la souveraineté.

Tout commença alors à décliner. La division, la faiblesse se mirent dans le camp de la révolution. Le roi et le parlement refusèrent de ratifier les conditions faites par le général Florestan Pepe en Sicile, et perpétuèrent la guerre en envoyant dans file, pour soumettre Palerme, le général Coletta. Le parlement napolitain, composé de gens honnêtes mais sans énergie, prit des résolutions tardives ou mal conçues, craignant avant tout, par trop de hardiesse, d’indisposer l’Autriche, et ne se mettant point en défense contre elle. Au pouvoir même, le prince royal, deux ministres, Carascosa et surtout Coletta, mal disposés pour la révolution, entravaient plus qu’ils ne hâtaient les préparatifs de guerre.

Le 28 janvier 1821, le roi Ferdinand, tout changé, adressa du congrès de Laybach, à son peuple, une lettre menaçante. Il revenait, disait-il, avec l’aide de ses magnanimes alliés, détruire un gouvernement qui lui avait été imposé par des moyens criminels, et promettait d’octroyer bientôt, à son gré, à ses deux royaumes, des institutions * stables et libérales. Le 6 février, en effet, le général Frimont, après avoir adressé une proclamation aux Napolitains, passa le Pô à la tête de quarante mille hommes.

L’Italie ne pouvait rester indifférente à une lutte qui était celle de la domination étrangère et de l’indépendance ita—

RESTAURATION

lienne. Le Lombard-Vénitien frémissait et implorait l’appui du Piémont; le comte Confalonieri était en correspondance active avec Char^s-Albert. Celui-ci s’entourait de tous les représentants de la fédération italienne , mais il hésitait. Le 11 janvier, il avait encore laissé sabrer, dans la salle de l’université de Turin, des rassemblements d’étudiants, et arrêter le prince de la Cislerne. Le 10 février, à la nouvelle que Frimont avait passé le Pô, et que Bubna, autre général autrichien , voulait occuper quelques places dans Je Piémont, l’insurrection éclata sur plusieurs points à la fois, à Alexandrie, à Asti, à Pignerol, aux cris de : Querre à l’Autriche,-vive la constitution ! Les comtes Palma, Lisio et Santa ftosa étaient à la tête du mouvement.

Turin hésita d’abord ; mais la citadelle fut saisie par un hardi coup de main. Santa Rosa, à la tête de l’armée, entra à Turin, entraîna la population, et adressa au roi une sommation constitutionnelle ferme et respectueuse. Décidé à ne point alfronter l’Autriche et à ne point trahir ses sujets, Victor-Emmanuel abdiqua en faveur de son frère Charles- Félix, alors à Modène, et institua régent en son absence Charles-Albert, qui proclama solennellement la constitution et institua une junte provisoire. La révolution de Piémont éclatait un peu tard pour appuyer celle de Naples. Tout dépendait cependant encore des premières rencontres des Autrichiens et des Napolitains.

A Naples, le régent, malgré une lettre de son père, avait juré de se défendre ; le parlement avait accepté la guerre ; mais on y était mal préparé. Les vétérans revinrent, il est vrai, sous les drapeaux; les jeunes gens, poussés par leurs mères, leurs femmes, s’armèrent. Mais l’enthousiasme ne suffisait pas. Carascosa put occuper, avec une armée sérieuse, la route de Naples entre Gaëte et les Apennins; Guillaume Pepe n’avait dans les Abruzzes que des miliciens pleins d’ardeur, mais mal instruits et plus mal disciplinés encore; les fortifications étaient en mauvais état; le régent et le ministre de la guerre Coletta n’avaient point assuré les munitions et les approvisionnements. Guillaume Pepe voyant Frimont diriger toutes ses forces contre lui, ne voulut point

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