CHAPITRE XX
l’attendre dans l’état où il était; il s’avança, le 7 mars, sur Rieti et fut battu. Ce premier échec démoralisa complètement les miliciens ; Pepe les retint encore à peu près jusqu’à Antrodoeco ; mais là, après un petit engagement rdalheureux, il les vit s’enfuir par toutes les routes, et se rabattit sur Salerne, en apprenant que Carascosa, sans même voir l’ennemi , avait reculé jusqu’à San Germano. L’entrée du roi Ferdinand et des Autrichiens à Naples n’était plusqu’une affaire de temps.
L’échec de Rieti frappa aussi la révolution de Piémont et la conspiration lombarde. Sommé par les constitutionnels de marcher contre les Autrichiens, arrêté par les ordres de Charles-Félix, qui enjoignait au gouverneur de Novare, Salier de La Tour, de faire rentrer le Piémont dans le devoir, Charles- Albert , le 20 mars , nomma Santa Rosa ministre de la guerre, et passa, pendant la nuit, au camp de Bubna, déjà en marche pour soutenir Salier de La Tour. La confédération italienne de Milan, qui avait préparé une junte de gouvernement , une garde nationale, et n’attendait qu’un mot de Charles-Albert pour se déclarer, ne bougea pas. Santa Rosa , resté seul responsable de la révolution piémontaise , ne voulut pas tomber sans avoir fait un effort. Pendant qu’il contenait les carabiniers royaux ii Turin , il envoya les généraux Ferrero , Marzoni et Saint-Marsan au-devant de l’armée austro-piémontaise de Bubna et La Tour à Novare. Mais, le 9 avril, l’armée constitutionnelle était en déroute, vaincue par le nombre, après avoir fait bonne contenance pendant quelques heures.
Les deux échecs de Rieti et de Novare furent promptement suivis de la restauration du pouvoir absolu un moment ébranlé.
Le 24 mars, le parlement napolitain reçut l’ordre de se dissoudre et les portes de Naples furent ouvertes aux troupes autrichiennes ; Pcpe et les chefs les plus compromis de la révolution prirent la fuite. Le général Roussaroll essaya en vain de prolonger la révolution dans la Sicile et y proclama la république; il ne réussit point. Une régence provisoire
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instituée à Naples s’occupa de poursuivre tous ceux qui avaient pris part à la révolution.
Dans le Piémont, Santa Rosa vaincu remit la citadelle de Turin à la garde nationale et congédia la garnison; l'armée La Tour-Bubna y entra paisiblement le 18 avril, et quelques jours apres Victor-Emmanuel, par un nouvel acte, abdiqua sa couronne en faveur de Charles-Félix, fidele exécuteur de la volonté des alliés. Pour contenir les populations encore frémissantes, douze mille Autrichiens occupèrent dans le Piémont Stradella, Tortone, Alexandrie, Valenza, Casale, Verceil; ils y devaient rester jusqu’en 1823. Le roi de Naples Ferdinand , qui licencia son armée , demanda aussi à garder vingt mille Autrichiens en attendant qu’il rassemblât dix mille Suisses. Ces troupes étrangères ne devaient quitter son royaume qu’en 1 827.
L’Autriche avait prouvé une fois de plus qu’elle était la vraie maîtresse de 1 Italie. Sous son égide les souverains satisfirent leurs vengeances. Dans le Piémont, tous ceux qui avaient pris la tète du mouvement furent décapités ; ceux qui s’étaient enfuis, exécutés en effigie. Ferdinand à Naples établit une junte de censure et des conseils de guerre qui procédèrent avec une incroyable cruauté. En peu de temps il y eut jusqu’à seize mille personnes dans les prisons. On comptait encore neuf exécutions capitales en 1822. L’empereur d’Autriche fut oblige de modérer cette aveugle réaction et obtint encore une fois la destitution de Canosa qui avait été réintégré à la police. Le gouvernement de Milan, où il n’y avait eu que des compiots sans commencement d’exécution , n’épargna cependant pas la rigueur. Un tribunal extraordinaire institué à Venise neuf mois après les événements, condamna au carcere duro perpétuel dans le fort de Spielberg. Confalonieri, à vingt ans Maroncelli, à quinze Silvio Pellico, etc. Les États de l'Eglise et de Modène, qui n’avaient pris aucune part au mouvement, mais où les sociétés secrètes existaient aussi , subirent le contre-coup des réactions et des vengeances. La défiance n’y connut plus de bornes ; on sévit avec rigueur , sous prétexte de prévenir.
CHAPIT11E XX.
Réaction* sanglantes (19t3>lMO).
Au congrès de Vérone tenu en 1823, les grandes puissances absolues prirent des l’ésolutions propres à assurer pour longtemps l’asservissement de la péninsule comme garantie de la paix de l’Europe. Un système rigoureux d'oppression et de répression contre tout désir, contre toute pensée même de liberté et de changement, fut appliqué aux peuples italiens des Alpes au golfe de Tarente. Le cabinet de Vienne resserra les chaînes de l’administration bureaucratique du Lombard-Vénitien, et perfectionna encore sa police tracassière. Toute initiative fut enlevée aux communes; dans l’organisation judiciaire l’avocat lui-même devint un fonctionnaire le plus souvent muet ou parlant à huis clos; 1’enseignement se réduisit à un apprentissage mécanique; la littérature, méprisée, fut regardée avec défiance ou même poursuivie ; on interdit les associations d’une nature quelconque et les voyages aux hommes influents; un espionnage présent en tous lieux, à toute heure et suivi d’effets terribles rendit les Lombards suspects les uns aux autres, et fit prendre la politique en horreur dans les familles. Le gouvernement autrichien, au moins, contint la noblesse et le clergé, en admettant dans le code civil la plupart des résultats de la révolution , et assura aux populations un certain bien-être. «
Les autres souverains y mirent moins de ménagement ; Charles-Félix donna des gages non équivoques aux souverains qui l’avaient mis sur le trône. 11 rétablit la corvée, livra l’instruction primaire aux frères ignorantins , rendit, en 1826, un décret qui interdisait l’enseignement de l’écriture et de la lecture aux enfants de parents qui ne pouvaient justifier d’un revenu de quinze cents livres et se montra intolérant et cruel surtout envers les Vaudois. Dans le royaume de Naples le vieux Ferdinand, roi depuis 1759 et sous la jeunesse duquel avait agi Tanucci , passa ses dernières années à exercer des rigueurs qui rappelaient celles de sa femme Marie-Caroline, en 1799. L’année même de sa mort, en 1826, il instituait deux commissions militaires pour en
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finir plus promptement avec les crimes de haute trahison dont il se voyait sans cesse entouré. Son successeur, Fran- , çois Ier, débuta par le licenciement de la garde nationale et l’enrôlement de volontaires suisses qui arrivèrent au moment où partaient les Autrichiens.
Léopold II, duc de Toscane, et Charles-Louis, duc de Lucques , successeurs de Ferdinand et de Marie-Louise , en 1824, se signalèrent seuls par des réformes opportunes.
Ce fut dans les États du pape que par une étrange aberration, l’oppression et la répression eurent le moins de mesure. Léon XII (délia Genga), élu en 1823, n’observa point les ménagements de son prédécesseur Pie Vil. Celui qui excitait toutes les cours à l’intolérance , et entrait en lutte avec les rois de France et d’Espagne, ne pouvait être modéré dans ses États. La restriction, puis l’abolition des congrégations de gouvernement : la destruction des tribunaux de districts, le rétablissement de la juridiction épiscopale sur les affaires civiles, la faculté illimitée de faire des fidéicommisvde créer des majorats et des biens de mainmorte, l’abolition do la commission de vaccine, la restitution du droit d’asile aux églises, le rétablissement du latin dans les tribunaux, les curies, les écoles, la persécution des juifs, furent les prémices du nouveau gouvernement. •
Cette fougueuse réaction ranima les carbonari et suscita de nouvelles sociétés secrètes : les barnabisles dans les Deux- Siciles, les pelerini bianchi dans les États de l’Église. Les trois frères Cappozoli soulevèrent en 1828 les deux communes de Bosco et Montfoite. Del Caretto, envoyé contre eux, les battit, fit exécuter vingt individus, en condamna quinze à perpétuité, cinquante à terme, rasa Bosco et éleva à sa place une colonne pour servir d’épouvantail à la contrée. Le gouvernement pontifical opposa aux pèlerins blancs la ligue des sanfédistes, qui avait ses chefs dans le sacré collège, la noblesse et le haut Clergé. La lutte d’abord sourde des deux sociétés dégénéra en une anarchie véritable, où les brigands ne manquèrent pas de faire leur partie. A Frosinone et à Faenza le mal fut au comble. On exécuta les pèlerins blancs , témoin Targhini, et on se contenta d’emprison-