‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 294 sur 347 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

ner les brigands , entre autres le fameux Gasparone. Les cardinaux Pallotta et Rivarola se signalèrent par leur cruauté. Le dernier, à Faenza, voulut en finir tout d’un coup; en un an, il condamna comme carbonari trent# nobles, cent cinquante-six propriétaires et négociants, deux prêtres, soixante-quatorze employés, trente-huit militaires, soixantedeux médecins, avocats, ingénieurs, eto», deux cent quarante-six ouvriers, en tout cinq cent huit personnes; deux furent exécutées, deux cents mises aux galères, plusieurs pour crime de non-révélation. L’année même où il publia le dix-neuvième jubilé, Léon XII faisait bâtir une prison d’inquisition promptement remplie. En 1828 un coup de pistolet fut tiré sur le cardinal Rivarola. Les arrestations se multiplièrent a tel point qu’il fallut transformer en prisons les vieux couvents et les vastes palais. On fit pendre cinq personnes en une fois. Pour compenser ces exécutions, les souverains de Rome et de Naples ne firent que d’insignifiantes réformes, bien que le dernier eût promis, dans un moment de crainte, d’entrer dans l’esprit de la nouvelle civilisation.

Parmi les tristes époques de l’Italie, il y en eut peu d’aussi douloureuses. La littérature ne fut plus elle-même qu’une plainte étouffée, mais éloquente encore. En face de la réaction austro-pontificale, Manzoni, l’ancien collaborateur du Conciliateur , essaya de rappeler timidement dans les Fiancés qu’entre le seigneur et le peuple, le maître et l’esclave, le prêtre avait été souvent autrefois le charitable et courageux médiateur. Le cardinal Rorromée et le moine Crisioforo étaient la vivante critique de Rivarola et des sanfédistes. Au fond du Spielberg, Silvio Pellico amassait ces trésors de douleur et de résignation chrétienne qui lui ont inspiré ses Prisons où la victime pardonne même au bourreau. En 1828, le faux bruit de la mort du martyr ravivait toutes les blessures de l’Italie. Mais on ne répétait qu’à voix basse ces strophes de deuil ; # On attend encore le chant qui plut tant à l’Italie , et Silvio n’est plus. »

Ancor s’aspetta il canto , Che piacque a Italia tanto....

E Silvio non è più !

H EST AU RATION

Plus sombre, Leopardi traînant une vie maladive entre l’érudition et les infirmités, arrivait à un désespoir plus réel et plus motivé que celui de Byron. Les plus douces joies de cette vie et les plus consolantes perspectives de l’autre, il en était venu à tout repousser. « Ames chéries, » disait-il aux fils de cette Italie née pour surpasser les nations dans la bonne fortune et dans la mauvaise; «à tous ceux qui étaient morts sans bénéfice pour elle : « Ames chéries, bien que votre calamité soit infinie, apaisez-vous, et que cela vous serve de reconfort que vous n’en aurez aucun, ni dans cet âge , ni dans les suivants. Reposez au sein de votre affliction sans mesure , ô les vrais fils de celle dont le suprême malheur ne voit que le vôtre capable de l’égaler. » La passion la plus vivace dans le poète et dans l’Italien, l’amour môme ne lui parut ni plus beau , ni plus désirable que le néant, il les chantait tous deux comme frères jumeaux , avec une égale ardeur et un égal enthousiasme dans son fameux canzone de l'Amour et de la Mort.

Insurrection* de IA3I etlASI; le mémorandum «le* cinq puissances; l'edlt du cardinal Berncttl; occupation d'Ancône.

La révolution française de 1830 surprit la péninsule dans cette léthargie troublée seulement par des conspirations, œuvre du désespoir. ■Quelques souverains nouveaux prenaient alors en main les affaires. Ferdinand 11 à Naples, en succédant à son père le 10 décembre 1830, promit, soit crainte, soit parole de joyeux avènement, de guérir les blessures du pays. Après le court règne de Pie VIII, qui n’eut que le temps de montrer ses sympathies pour les jésuites et de sanctionner l’élection de leur nouveau général Roothan, le conclave élut pour le remplacer Grégoire XVI (2 février 1831 ). C’était un savant religieux de l’ordre des Camaldules, un homme d’une piété sincère, mais un esprit faible, incertain, et tout à fait» étranger et hostile à l’esprit de son temps. Un mois plus tard, à Charles-Félix succédait en Sardaigne le chef de la nouvelle branche de Savoie-Carignan, Charles-Albert, le même qui avait d’abord partagé puis abandonné la tentative d’ indépendante faite en 1821.

f.HAPITHE XX.

Le contre-coup de la révolution de juillet se fit sentir surtout dans les États du souverain le plus hostile aux désirs secrets de l’Italie. L’avénement do Ferdinand II et de Charles-Albert faisait naître quelques espérances. 11 n’y avait rien à attendre de Grégoire XVI.

Les villes de Bologne, de la Romagne, de Modène, de Parme, pleines d’agitation depuis la nouvelle révolution, étaient en fréquentes communications. On y complotait de se soulever en commun pour délivrer tout le centre de la péninsule. Un prince, le duc François de Modène, ami du chef du parti libéral à Modène, Ciro Ménotti, paraissait encore tremper dans le complot ; ce fut justement ce qui lui ôta tout ensemble au moment de l’explosion. Le comité bolonais se défiant de Ciro Ménotti , à cause de ses relations avec le duc, refusa de se déclarer le même jour que lui, 3 février. Ménotti donna seul le signal , se vit trahi par le duc, entouré dans sa maison avec ses complices et fait prisonnier. Mais le lendemain 4, la ville de Bologne répondit par un succès à ce premier échec : le prolégat fut obligé de s’enfuir à Florence, où tout resta calme à cause de la douceur du gouvernement. Un gouvernement provisoire, sous la présidence de Bevilacqua , déclara aboli le pouvoir pontifical dans la ville et la province de Bologne , et arbora les couleurs italiennes.

Le soulèvement se propagea alors comme une traînée de poudre dans tout le centre de l’Italie. Le duc de Modène, vainqueur le 3, fut obligé de s’enfuir le 5 de sa capitale , mais en emmenant avec lui l’infortuné Ménotti. Le 7, à Ferrare , les troupes papales furent refoulées dans ki citadelle; le 10, l’agitation gagna Parme; le 13 , la duchesse Marie-Louise fut obligée de partir escortée de cinq cents soldats pour transporter le siège de son gouvernement à Plaisance. A la fin de février, dans les légations, Pesaro, Urbin, Fano, Fossombrone, Senigaglia, Osimo, s’étaient déclarées. Le 12 février, Rome, où l’on arrêtait par jour cinquante personnes; et Ancône, pourvue d’une forte garnison , paraissaient prêtes à prendre part au mouvement. I.e colonel Sercognoni, envoyé par le gouvernement provi-

RESTAURATION

soire de Bologne, entraîna Ancône le 17. Grégoire XVI, dont l’avénement était si étrangement accueilli , envoya en vain à Bologne le cardinal Benvenuti en qualité de légat à latere ; celui-ci fut arrêté et conduit prisonnier à Bologne. L’Ombrie imita alors la Romagne ; Pérouse, Spolète, Foligno, Terni, Kami, firent leur adhésion. Le 4 mars, les députés de toutes les villes soulevées, réunies à Bologne, proclamèrent le Statut constitutionnel provisoire des provincesunies italiennes. Un gouvernement exécutif central pour le nouvel État fut constitué , avec l’avocat Yicini pour président, et Amaroli, Mamiani, Bianchetti, Armandi, Orioli, pour principaux ministres.

Mais l’initiative bolonaise s’arrêta là. Le nouveau gouvernement français sorti de la révolution avait proclamé le principe de la non-intervention, et le comte de Saint-llilaire, au nom de Louis-Philippe, roi des Français, le dénonçait à la cour de Vienne. Le ministère révolutionnaire ne pensa qu’à consolider son œuvre par la modération même et a profiter des bénéfices de ce principe. Les jeunes gens des villes, pleins d’impatience, voulaient commencer la guerre de propagande dans les États voisins, des paysans même offraient leurs bras. Le gouvernement de Bologne ne voulut point donner prétexte aux Autrichiens d’envahir les légations ; comptant gagner par sa prudence la protection française, il arrêta sa propagande, amortit l’élan des campagnes, contint les jeunes gens. Il faisait des vœux pour un soulèvement en Piémont, à Naples; il savait que les réfugiés préparaient un mouvement dans la Savoie, que Guillaume Pepe, à Marseille méditait de passer dans le royaume de Naples. Il comptait sur ces tentatives; mais si elles échouaient, il voulait ne pas compromettre le succès des légations.

Fidèle, peut-être à l’excès, à ses déclarations, Louis-Philippe fit disperser les rassemblements qui menaçaient la Savoie, et empêcha Pepe de s’embarquer à Marseille. Le cabinet autrichien , moins scrupuleux , et agissant dans la péninsule comme chez lui, ordonna à Frimont de passer le Pô pour rétablir dans leurs capitales les souverains de Modène et de Parme. A la suite des Autrichiens, le duc Fran-

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