CHAPITRE XX
çois rentra à Modène le 10 mars , et Marie-Louise à Parme le 13.
Le gouvernement italien, toujours confiant à Bologne, espéra encore arrêter les Autrichiens par son innocence même. Le général Zucchi, en retraite avec sept cents M< tenais, fut d’abord mal reçu par le président Yicini et obligé de désarmer sur le territoire de Bologne. Les proclamations de l’Autriche , maîtresse des deux duchés, l'abandon visible de la France, tirèrent enfin de son illusion le gouvernement révolutionnaire. Il nomma Zucchi commandant en chef de toutes les forces des provinces-unies italiennes ; le général Armandi, ministre de la guerre, partit pour la Romagne. Il était trop tard : le ‘20 , les Autrichiens s’avancèrent en colonnes serrées par Modène et Ferrare sur Bologne; le gouvernement abandonna la ville, qui n’otl'rait aucune défense , et remit son pouvoir à Zucchi , Ferretti et Tiberio Borgia.
Le triumvirat, à la. tête des troupes de ligne , qui, outre les volontaires , formaient à peine un corps de quatre mille hommes, se retira pas à pas, avec le cardinal prisonnier Benvenuti, sur Ancône; à Rimini , l’arrière-garde soutint pour l’honneur du drapeau un brillant combat qui assura la retraite jusqu’à cette ville. Mais Ancône ne pouvait tenir non plus; le triumvirat capitula le 26 mars entre les mains du cardinal Benvenuti , en stipulant seulement la suspension de la marche des troupes autrichiennes, et la garantie des personnes et des propriétés de tous ceux qui avaient pris part à la révolution, capitulation promptement violée! Frimont s’avança rapidement jusqu’à Macerata; le bâtiment X Isola, qui portait à bord les fugitifs d’Ancône, fut capturé, et tous ceux qu’il contenait jetés dans les prisons de Venise. Enfin la cour de Rome lança les sanfédistes, les paysans de la Sabine, contre les libéraux dispersés, déclara nulle la convention signée par le légat du pape, et menaça de mort et de confiscation près d’un million de citoyens.
Une révolution aussi modérée, aussi malheureuse, forçait au moins la sollicitude des cabinets éclairés de l'Europe. Sur l’initiative de la France , les ministres des cinq grandes
RESTAURATION
puissances présentèrent au cardinal Bernetti un mémorandum où, d’un accord unanime, ils demandaient des- réformes administratives et politiques de la plus absolue nécessité. Application générale à la capitale et aux légations des innovations administratives et judiciaires dont l’expérience avait confirmé la bonté dans les autres États ; admissibilité des laïques a toutes les fonctions de l’ordre administratif et judiciaire ; formation de municipalités électives dans les villes et communes , et de conseils provinciaux permanents pour l’administration des légations ; création d’un conseil d’État central, composé des personnages les plus reébmmandables choisis par le pontife, et chargé comme cour suprême de toutes les branches de l’administration civile et militaire, et de la surveillance de la dette publique; tels étaient les principaux points sur lesquels le mémorandum attirait l’attention du gouvernement pontifical. Le cardinal Bernetti annonça que les vœux des puissances seraient satisfaits; il parla de Y ère nouvelle que la sollicitude de Sa Sainteté allait préparer aux États romains.
Les troupes autrichiennes n’eurent pas plutôt quitté les légations que ces promesses furent violées. Le gouvernement pontifical ne pouvait se résoudre à les tenir. La cour de Vienne , qui convoitait les légations, ne tenait pas à y faire disparaître des causes de révolte qui pouvaient amener une nouvelle intervention. L’édit du 5 juillet détruisit toutes les espérances : il n’accordait point l’élection aux conseils provinciaux; il réservait au gouverneur de la province de valider les délibérations Se ces conseils; il ne disait pas un mot de l’admissibilité des laïques aux fonctions publiques, ni de la création d’un conseil d’État, et conservait tous les abus dans l’ordre judiciaire.
Des pétitions signées par des conseils municipaux et la garde nationale protestèrent contre cet édit ; de nombreuses députations vinrent à Rome à plusieurs reprises, et pacifiquement, apporter les plaintes réitérées des provinces. Le gouvernement pontifical y répondit en envoyant le cardinal* Albani dans les légations à la tête des bandes sanfédistes. On tenta encore de résister; la présence de deux jeunes Bonaparte