CHAPITRE XX
excitait les courages; des rencontres sanglantes eurent lieu en janvier 1832 à Césèneet à Forli, où les soldats du cardinal se conduisirent odieusement. I.e cabinet autrichien en prit occasion de faire occuper de nouveau Bologne. Le gouvernement français, pour faire face aux circonstances et arrêter les réactions, riposta par l’occupation d’Ancône, mais sans grand résultat. Le saint-siège procéda avec rigueur contre les mécontents et ne revint pas sur l’édit du 5 juillet. La ville d’Ancône, qui adressa au légat une solennelle remontrance, fut excommuniée; les conseils de Forli , Ravenne, dissous pour avoir formulé quelques plaintes ; et plusieurs conseillers de la province de Bologne ayant donné leur démission, un édit du 10 avril fit savoir qu’aucune démission ne serait acceptée, et que les délibérations des conseils seraient valables , quel que fût le nombre des conseillers présents. Enfin, le saint-siège licencia toute garde urbaine; et, confessant son impuissance et ses défiances, prit à sa solde une armée de cinq mille Suisses. L’occupation d’Ancône ne fut qu’une impuissante protestation qui dura jusqu’en 1838.
Charlca-Albcrt , Feriltnand II, I.i'opulil il, Grégoire XV I : la Jeune Italie (1833-IMS).
La révolution de 1830 et l’insurrection de la Romagne n’eurent d’autre résultat, en Italie, que d’étendre encore le système d’oppression qui lui était appliqué depuis 1815.
L’Autriche augmenta ses troupes dans la Lombardie, rendit plus sévères toutes les peines portées contre les délits politiques, et abolit, dans le code, une grande partie des dispositions libérales de Joseph H et de Marie-Thérèse. Le saint-siège et le duc de Modène organisèrent les sanfédistes en corps de volontaires avec une solde assurée et des privilèges. Un régime de commissions militaires, tribunaux d’exception, où les mêmes hommes dénonçaient et jugeaient, où l’accusé acceptait son défenseur de la main de son juge, pesa sur toute la Romagne, particulièrement sur Bologne, Ferrare, Ancône et Fermo.
On prit contre la pensée même les précautions les plus minutieuses; les universités de Turin et de Bologne furent
RESTAURATION
fermées, l’introduction des livres étrangers défendue par les gouvernements, punie de la prison ou des fers; des professeurs, des médecins de l’université de Modène se virent condamnés aux galères , pour conversations avec des suspects, pour doctrine impie ou conduite immorale, ordinairement compagne indivisible du libéralisme. Dans le Lombard- Vénitien , les pièces les plus innocentes, YEsther d'Engaddi et la Gisrnonda de Silvio Pellico ne purent obtenir d’être représentées ; le nom seul de Silvio Pellico, rendu cependant à la liberté , résigné et repenti , faisait peur. En Toscane même, sous le grand-duc Léopold II , prince bienveillant , mais contraint de suivre l’impulsion générale, Y Anthologie, recueil tout littéraire , fut supprimée à Florence.
L’Italie désormais ne put guère protester par la presse et par les conspirations qu’au dehors, et cette protestation de l'exil prit un caractère plus révolutionnaire qu’auparavant. Le libéralisme constitutionnel qui avait éclaté dans les conspirations de 1821 et de 1831 était vaincu, découragé. Un grand nombre de jeunes Italiens ou d’exilés étaient venus étudier en France.' Ils y puisèrent dans les rangs de l’opposition des principes républicains.
Un jeune homme, fils d’un professeur de médecine à l’université de Gènes, Alazzini, fonda à Marseille, avec plusieurs réfugiés, en 1832, le journal et la société de la Jeune Italie ; il se sépara du carbonarisme constitutionnel de la restauration, rompit avec l’aristocratie, avec la. royauté, avec la papauté, avec le passé, et vit, dans l’établissement d’une république unitaire, le moyen radical et unique de rendre à l’Italie la liberté et l’indépendance. Pendant deux ans,- celte propagande, mystérieusement répandue par les numéros du journal dans toute l’Italie, étendit, multiplia, exalta la conspiration nouvelle En 1833, l’Italie parut d’un boutàbautre sur un volcan. Trois complots furent découverts, l’un traîné entre autres à Naples par les fils du général Roussaroll, treize personnes furent fusillées à Palerme; treize officiers ou bourgeois dans les Etats sardes; le chevalier Ricci , garde d’honneur du duc de Modènej fut exécuté. Le Spielberg s’ouvrit pour de nouveaux suspects du Lombard-Vénitien.