CHAPITRE XX
Dans la Toscane même, la prison et l’exil frappèrent plusieurs personnes. Excités par ces rigueurs, l’exilé Mazzini et le général polonais Ramorino, avec quelques réfugiés italiens et polonais, partirent de Gènes, en 1834, avec la résolution de Soulever la Savoie et le Piémont. Arrivés à Annemasse, après des efforts incroyables, ils n’avaient réuni que huit cents hommes. Ramorino abandonna le premier ses compagnons avant d’avoir vu l’ennemi; en une journée, Mazzini vit échouer les résultats d’une propagande de deux années, et, pour quelque temps, un silence complet succéda dans la péninsule à cette courte et stérile agitation.
Quelques gouvernements surent au moins en profiter pour conjurer de nouveaux orages par des réformes timides encore, mais qui réalisèrent çà et la quelques progrès.
Le roi Charles-Albert donna l’exemple. En 1836, il détruisit, dans Pile de Sardaigne, toute juridiction féodale, tant civile que criminelle, déchargea les paysans de la corvée pour l'exploitation et le transport du sel des salines royales, et établit des conseils généraux et municipaux à la nomination du roi, mais jouissant d’une certaine liberté". En 1837, • il fit abolir tout service personnel et reviser toutes les prestations féodales en argent ou en nature, et un code fut publié pour toute la monarchie , qui reproduisit à peu près tous les principes du droit français. Cependant, une protection inefficace des cultes dissidents, une certaine exagération de la puissance paternelle, une grande sévérité contre les déserteurs, la consécration d’une parue des privilèges de la noblesse et du clergé , l’égalité civile lésée en plusieurs points, l’amovibilité des juges, le secret de la procédure, laissèrent encore à désirer. Enfin, en l’année 184-2, l’administration des provinces de terre ferme fut entièrement régularisée par une nouvelle division des intendances générales ou préfectures en trois classes : 1° Turin, Chambéry, Gènes; 2° Alexandrie, Cuneo, INice, Novare; 3° Annecy, Casai, Ivrée, Saluces, Savone, Verceil.
Ces soins administratifs ne furent pas les seuls qui honorèrent le règne de Charles-Albert. Un chemin de fer fut résolu de Chambéry à Aix-les-Bains; un pont, jeté sur le
RESTAURATION
torrent des Usses, fit communiquer Annecy avec Genève ; Gènes fut fortifiée; un bâtiment de guerre y mit à la voile pour faire le tour du monde; une société d'agriculture, fondée sous les auspices de Charles-Albert, tenant chaque année des congrès, disposant d’un journal et de fonds assez considérables s’occupa de propager l’enseignement agricole, de fonder des fermes modèles, de répandre les nouveaux procédés, et de favoriser, par tous les moyens, les progrès de la culture dans les belles vallées de la Savoie et du Piémont. Ce qui est plus extraordinaire, Charles-Albert accomplit ces réformes, réalisa ces progrès, sans s’obérer, avec un budget annuel de soixante-dix à quatre-vingts millions et des impôts dont la moyenne ne s’élevait pas, par individu, à plus de dix- sept francs par an.
Le grand-d uc Lé< ipold de Toscane et celui de Lucques avaient toujours montré un esprit assez libéral. Léopold 11 favorisa l’université de Lise, fonda une école d’agriculture, une ferme modèle, supprima le bagne de Pise, commença des chemins de fer de Florence à Pise, de Pise à Livourne, reprit l’œuvre séculaire du dessèchement des Maremmes, abolit même la peine de mort, et, malgré les plaintes de Grégoire XVI, ferma l’entrée de ses Etats aux jésuites. MM. Hombourg, Baldasseroni et Compini assuraient l’exécution de ces libérales dispositions du souverain; et la Toscane, par les mœurs polies et pacifiques de ses habitants, autant que parla beauté de son climat, attira une foule d’étrangers. Le petit prince de Lucques alla jusqu’à établir une garde nationale dans ses Etats.
Habile à discerner ce qu’il pouvait permettre et ce qu’il devait concéder, le cabinet autrichien afficha même bientôt la prétention de réaliser, dans le Lombard- Vénitien , les plus grands progrès compatibles avec sa domination. En 1838, le jour où il vint se faire couronner solennellement roi du Lombard- Vénitien à Monza, le nouvel empereur Ferdinand prononça une amnistie générale, flatta l’aristocratie lombarde par la création d une garde noble, et annonça quelques mesures heureuses. L’institut de Milan fut rétabli, un nouveau fondé à Venise, les deux universités de Padoue