‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 298 sur 347 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

et de Pavie obtinrent quelques faveurs. Le gouvernement ne put s’empêcher d’obtempérer aux désirs, aux sacrifices des communes en faveur de l’instruction secondaire et surtout primaire. On forma le projet d’un chemin de fer qui devait relier Milan, Mantoue, Vérone, Venise, et qui est aujourd’hui en partie achevé; un pont fut construit pour rattacher Venise à la terre ferme. Mais les premières dignités de l’armée, de la magistrature, de l’administration continuèrent à être prodiguées aux Autrichiens. Les deux assemblées centrales de Milan et de Venise, les conseils communaux,

' n’eurent pas plus d’indépendance qu’auparavant; le commerce de Trieste fut toujours favorisé aux dépens de celui de Venise. La police et la délation continuèrent à rester à Tordre du jour. La liberté personnelle et celle de la presse furent toujours de vains mots.

Dans la plupart des États, les sciences positives, l’industrie cessèrent au moins d inspirer les mêmes défiances. La nation s’y adonna avec un certain entraînement ; et les souverains les favorisèrent dans l’espoir de détourner les esprits de toute préoccupation politique. Pendant plusieurs années , depuis 1838, les congrès scientifiques se succédèrent avec rapidité dans les principales villes, à Turin, Pise, Florence, Padoue, Lucques, etc. Les plus intéressantes questions sur l’établissement d’écoles industrielles, l’amélioration du sort des ouvriers, la réforme des prisons, la propagation de l’enseignement dans les basses classes, l’abaissement des douanes, l’association des libraires ou l’établissement d’une foire pour les livres, comme celle de Leipsick en Allemagne, y furent posées et débattues avec autant de savoir que de zèle.

Deux États seulement ne jouirent ni de la paix, ni du progrès lent mais réel du reste de la péninsule; le royaume des Deux-Siciles et le territoire romain surtout.

Ferdinand II ne tint point tout ce qu’il avait promis le jour de son avènement. Une émeute assez grave ayant éclaté à Syracuse (1837) à l’époque du choléra, il fit fusiller cinquante-cinq personnes et profita promptement de l’occasion pour achever de fondre les deux administrations des pro- \ vinces, en deçà et au delà du phare. La Sicile n’eut même |

RESTAURATION

plus sa constitution particulière, ses magistrats nationaux, sa commission représentative à Naples. Les surintendances furent rétablies dans les vallées et toutes confiées à des Na- *politains. Celte unité administrative eût pu être au moins un bienfait; on en fit un fléau. Ferdinand ne songea qu’à étendre à la Sicile le monopole du tabac et du sel, le timbre et la conscription. Il laissa l’ilc sans routes, sans instruction primaire, et la soumit à un régime de commissions militaires, de tribunaux d’exception et de délation, qui lui fit regretter encore davantage sa vieille constitution.

Le roi prit un peu plus soin des provinces napolitaines. Il avait, avec son ministre Angelo, un goût assez prononcé pour les lettres et les arts. En 1842, la taxe sur les livres fut diminuée de cinq pour cent. Naples s’embellit, un port militaire fut creusé à Castellamare. Une chaire d'agriculture s’ouvrit à l’université de Naples, des agriculteurs instruits furent envoyés dans différentes communes; l’immense tnvoliere de Pouille fut attaqué, des chemins de fer commencés de Naples à Castellamare et à Capoue. Mais l’essentiel fut négligé. Ce n’était point la constitution législative et administràtive qui faisait défaut à Naples. Toutes les traditions françaises avaient à peu près survécu au royaume de Murat. Mais la pratique mensongère de ces institutions, le mauvais choix des fonctionnaires en faussaient entièrement l’esprit et faisaient sentir plus vivement le besoin d’une constitution politique, seule capable d’assurer les fruits d’une bonne législation et d’une administration rationnelle.

Le pape Grégoire XVI fit encore moi ns d’améliorations dans ses Etats, malgré les recommandations de plusieurs des puissances qui avaient signé le mémorandum. En 1836, il revint même sur les concessions faites en 1831 à la ville de Bologne, et détruisit l'élément laïque introduit dans l’administration de cette ville. Pendant tout son règne il n’eut pas un instant de repos; il lui fallut chaque année prononcer des sentences de mort, d’exil, de galères et de prison. Ami des arts et de la science, il fit reconstruire la basilique de Sair.t- Paul hors des murs, créa un jardin botanique, un musée étrusque, fonda, dans les dernières années, une école d’a-

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