‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 299 sur 347 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

griculture, deux écoles gratuites à Rome; mais il ne voulut point entendre parler de l’établissement de télégraphes, de chemins de fer, de réparations de route, d’industrie; à grand’peine il autorisa un service de vapeur sur le Tibre. 11* défendit à ses savants d’assister aux congrès scientifiques de l’Italie; il augmenta les privilèges du clergé, de la noblesse, et laissa tomber les finances dans un état qui rappelait les plus déplorables jours du gouvernement pontifical.

de la population, des forces de terre et de nier, du

commerce, de l'Industrie, de l'Instruction publique, etc.

L’Italie, sinon sous le rapport politique, au moins sous le rapport moral et matériel , avait donc réalisé quelques progrès, vers l’an 1840, si l’on en excepte les États de l’Église et la Sicile. Partout, cependant, elle était loin de suivre, meme à distance, les principales nations de l’Europe, et on pouvait encore constater, dans son état matériel et moral, plus de lacunes que de progrès. Quelques détails de statistique le prouvent aisément.

Sa population, ses revenus, ses armées, sa marine f s’étaient légèrement augmentés.

La population totale de l’Italie s’élevait à près de 24 millions ainsi répartis : Lombardo- Vénitien, 5 600 000; Naples et Sicile, 8 500 000; Sardaigne , 4 500 000 ; Église, 2 700 UOO; Toscane, 1 500 000; Parme, 465 000; Modène, 400000; Lucques, 140 000; Saint-Marin, 7800; Monaco, 7000.

Ses revenus se montaient à 400 millions : Lombardo-Vénitien 150 millions, Naples et Sicile 115 millions, Sardaigne 80 millions, Église 40 millions, Toscane 21 millions, Parme 7 millions, Modene 5 millions, Lucques, Saint-Marin , Monaco 1 500 000 francs.

Le Lombardo- Vénitien et la Sardaigne supportaient assez aisément leurs charges, quoique le premier se plaignît avecraison de payer, non a son profil, un tiers de plus que les autres provinces autrichiennes. Les communes de la Lombardie trouvaient même encore 80 millions à employer pour des travaux d’utilité publique; et le roi de Sardaigne

RESTAURATION

en 1845 avait 50 millions de réserve à consacrer à des entreprises de chemin de fer. Mais les États de l’Église et Naples souffraient de la lourdeur des taxes et de leur mauvaise répartition, ce qui n’empêchait pas le saint-siège d’être en proie à un déficit qui atteignait le chiffre de ses revenus.

Les forces militaires de la péninsule pouvaient atteindre 260 000 hommes de troupes réglées. Sardaigne 60000 soldats, 40 000 de réserve, 10 000 miliciens; Lombardo-Vénitien 60000 soldats, Naples et Sicile 60 000, Église 16000, Toscane 8000, Modène 7700, Parme 1800, Lucques 750 soldats, 2000 gardes nationaux; Saint-Marin, 40 soldats, 900 gardes nationaux. Parmi ces troupes, cependant,

15 0£)0 Suisses servaient dans les troupes du pape et de Naples; 60 000 Italiens étaient enlevés au Lombarde- Vénitien pour s’instruire et servir loin de leur patrie. Les deux seules armées nationales et sérieuses étaient celles de la Sardaigne et de Naples , la première surtout.

La marine de l’État comptait à peu près 200 navires, 40 000 marins: Lombardo- Vénitien 2 vaisseaux, 10 frégates, 4 vapeurs, 74 petits bâtiments, 20 000 marins; Naples et Sicile, 2 vaisseaux, 5 frégates^ vapeurs, 43 petits bâtiments, 10 000 marins; Sardaigne 1 vaisseau, 5 frégates, 2 vapeurs, 24 petits bâtiments, 10 000 marins; Toscane, Église, quelques petits bâtiments, plusieurs vapeurs.

La statistique industrielle et commerciale n’éiait pas trop défavorable a certains pays quoiqu’elle répondit peu à la fécondité, au mouvement qui avait caractérisé l’Italie à l’époque de sa grande prospérité ; mais pour d’autres les résultats étaient déplorables.

En l’année 1841 , le mouvement commercial sur la côte vénitienne était en exportation : 157 vaisseaux de long cours, valeur 5 000 000 fr. et 1320 vaisseaux caboteurs, valeur

16 000000 fr. ; en importation : 3059 vaisseaux de long cours ou gros caboteurs, valeur 22 000 000 fr. et 953 petits caboteurs, valeur 5 000 000 fr. Le mouvement de Trieste était encore bien plus favorable ; importation : 868 gros vaisseaux , valeur 70 000 000 fr. et 3323 caboteurs , leur 25 000 000 fr. ; exportation : valeur 40 000 000 fr. gros

COAPITHE XX.

bâtiments), et autant à peu près en caboteurs. Cette contrée était, il est vrai , la plus favorisée.

Dans le royaume de Naples, l’importation dans les provinces en deçà du phare ne représentait en 1839 qu’une somme de 45 000 000 fr. et l’exportation de 43 000 000 fr. Dans les différents ports du royaume , on comptait seulement à l’entrée 2407 vaisseaux de toute grandeur, à la sortie 237*2. Dans les provinces au delà du phare, l’exportation n’atteignait que 23 000 000 fr.; l’importation allait .à 42 000 000 fr. Le nombre des bâtiments était de 938 sortants et de 1569 entrants. Le mouvement maritime delà Toscane n’était pas non plus ce qu’il devait être ; 548 bâtiments à Livourne, 245 à 1 île d'Elbe. L’importation était encore assez considérable , mais les traités des marchands toscans avec le gouvernement arrêtaient le développement d’exportation que comporterait la fécondité de ce beau

pays-

Les Etats de l’Eglise étaient encore plus mal partagés; ils ne comptaient guère sur la côte occidentale qu’un mouvement de 169 petits bâtiments, et sur l’Adriatique de 1065; l’importation représentait en général la somme de 92 000 000 fr., et l’exportation 31 000 000 fr. seulement.

Un phénomène plus singulier était la diminution assez notable du mouvement commercial dans la ville de Gènes, seul port considérable d’un des États les mieux organisés. De 1827 à 1835 la recette de la douane avait diminué de 6 254 016 fr. à 5 636 471 fr. En l’année 1819 le nombre des bâtiments sardes venant dans le port s’élevait à 6225 , celui des bâtiments étrangers à 1117; en 1838, le nombre était réduit pour les premiers à 1826, et pour les seconds à 958 bâtiments.

Dans tous les pays il était à remarquer que l’importation l’emportait de beaucoup sur l’exportation. Cependant l’Italie abonde en richesses végétales et minérales; les grains, riz, maïs, froment des rives du Pô ; le tabac, la manne, la garance de la Toscane, les arbres de toute espèce, depuis le châtaignier, le noyer et la vigne jusqu’au palmier, à l’aloès, à l’oranger, au citronnier, au figuier, au pistachier au co-

RESTAURATION

tonnier et à la canne à sucre; enfin, les marbres du Vicentin , de Carrare; les jaspes; le jaune de Sienne, les albâtres, la pouzzolane, le soufre, l’alun, l’acide borique, pourraient rendre davantage dans des conditions meilleures.

Les éléments d’industrie ne manquent pas non plus à la péninsule, ils produisent annuellement 12 0(10 000 de livres de soie brute; Lombardie, Venise et Tessin, 7 000 000; Piémont et Gènes 2 000 000, Naples 1 200 000, États de l’Église 800 000, Parme, Modène, Lacques 550 000, Toscane 300 000 ; les neuf dixièmes de ce précieux produit étaient exportés. Dans le Lombard- Vénitien, seulement, il y avait vers 1840, 320 manufactures de soie, et plus de 3000 métiers à la Jacquart; dans la Toscane plus de 2i;0 manufactures, dont une tenue par un certain Matteoni entretenait 800 métiers; dans le royaume de Sardaigne, principalement à Gènes, on comptait 590 métiers.

Après les manufactures de soie, celles de laine, de coton, de papier, sont les plus nombreuses et les plus importantes. Dans le Lombardo-Vénitien il y avait 292 fabriques d’étottes, de coton et de laine , 548 dé draps ; 'dans la Toscane, 97 fabriques de papier et 112 d’étoffes de laine. Dans le royaume de Sardaigne, 312 fabriques de coton , 62 de laine. Dans le royaume de Naples le nombre des manufactures s’était augmenté depuis 1824, mais faiblement; parmi les autres industries on peut compter celle des pailles tressées en Toscane, des joyaux de corail à Naples et à Gènes.

Les États de l’Église étaient, sous le rapport de l’industrie, les plus arriérés. 394 fabriques de tous genres, n’occupant pas 6310 ouvriers, vivaient à peine à Rome; les manufactures de soie de Bologne, de Pérouse, étaient fort inférieures ; celles de laine à Spolète et à Pergola, en mauvais état; le gouvernement romain les avait encouragées d’abord par (les primes , mais celles-ci furent bientôt supprimées. Des industries autrefois florissantes, celle des voiles à Bologne, qui occupait 1 2 000 ouvriers, les fabriques de soie de Rimini, qui occupaient 1000 métiers, étaient entièrement tombées.

Ainsi, le Lombard-Vénitien , grâce à la conservation de l’ancienne organisation communale , h la multitude de ses

CUAPITRE XX.

rivières , de ses travaux d’irrigation, jouissait d’une prospérité suffisante par rapport à son état politique , quoiqu’on ne pùt comparer l’activité des deux ports de Venise et de Trieste à celle qui distinguait autrefois la seule république de Venise. Le Piémont avait fait en agriculture quelque progrès, si Gènes avait beaucoup perdu de ses relations commerciales et de son importance dans la Méditerranée. Mais la Toscane n’avait point toute la fécondité dont elle avait joui au moyen âge , ses anciens travaux de terrassement tombaient en ruine, sa production avait diminué, l’activité industrielle et commerciale des villes de Florence et de Pise n’était pas comparable à ce qu’elle avait été au temps de leur splendeur, la Maremme était bien loin d’être vaincue. Dans le royaume-uni des Deux-Siciles, c’était bien pis. L’ile, l’ancien grenier de l’Italie, était réduite à un état misérable; une population rare et pauvre, assez intelligente pour comprendre sa dégradation, errait au milieu des débris de deux grandeurs déchues, et de campagnes incultes ou envahies par les marais; quelques rares troupeaux de mouton paissaient sur le reste. Sans le soufre, cet or de la Sicile, dont le gouvernement avait fait un monopole , la Sicile eût été presque sans commerce. Les campagnes malsaines et désolées, privées d’arbres et de culture, des environs de Rome offraient seules un aspect plus triste.

Ce qui paralysait la richesse naturelle de l’Italie et l’activité des habitants, c’était l’excès de la protection , la rareté des capitaux et des voies de communication, la division des États , la multiplicité des douanes particulières , la variété des poids, mesura et monnaies. Les gouvernements avides ne comprenaient pas leur propre intérêt et maintenaient à un taux très-élevé les taxes d’entrée et de sortie. Le succès des entreprises était trop problématique pour que les riches propriétaires osassent y engager une partie de leur fortune. Les communications au dehors et à l’intérieur étaient difficiles; les Alpes percées sur bien des points étaient cependant encore un obstacle. L’Italie possède beaucoup et de bons ports; les forêts des Alpes et des Apennins peuvent lui assurer une bonne marine; cependant, presque toutes ses

RESTAURATION

productions étaient et sont encore expédiées sous pavillon étranger dans les contrées lointaines. Les voies de terre soni encore rares ou en mauvais état, surtout dans les Etats de l’Église, Naples et la Sicile; les voies de fer sont encore une exception. En 1845, le roi de Sardaigne avait le projet de relier Chambéry à Turin par un chemin de fer tournant le ont Cenis ; le roi de Naples, la même année , voulait diricr deux voies de Naples sur Termoli , dans la province de Wolise et sur Lecce, dans la terre d’Olrante. Les Apennins étaient franchis, la mer Adriatique reliée à la mer de Sicile ;

ce ne furent que des projets.

Les divisions politiques, la variété des poids, mesures, monnaies, la multiplicité des douanes, non -seulement d’Etat à État, mais de ville à ville, étaient encore plus funestes De Milan a Florence , dans un espace de cent cinnuante milles italiens, il y avait huit droits de douanes à paver- de Bologne a Lmques, sept dans l’espace de cent vin-d-trois milles. Aussi , la péninsule était la terre classique delà contrebande, principalement à Naples et dans les États de 1 Église; l’ancien bandit s’était fait contrebandier. 11 trouvait des éléments nombreux de succès dans son audace dans les accidents physiques du pays, dans la lourdeur des taxes et dans la connivence des employés fort mal

rt En *1843, rétablissement d’un tarif uniforme sur tout le cours du Pô parut indiquer que l’Autriche et le Piémont voulaient entrer dans une nouvelle voie. L’idée d une association douanière, d’un zollverein, germa un instant en Italie La configuration physique de 1 Italie, 1 unité de la religion du langage, des mœurs, semblait devoir rendre la chose facile; mais la susceptibilité bien naturelle des autres États vis-à-vis de l’Autriche, qui possède la plus riche et la plus puissante partie de la péninsule, la fit abandonner. On craignit de payer d’un asservissement complet la rançon de quelques avantages matériels : l’unité des poids , mesures monnaies , n’a même pu être obtenue.

La distique Morale de l’Italie vers 1840 et 1845 présentait aussi quelques progrès, mais encore plus de lacunes. Le

Page 1