CHAPITRE III
lisaire lit pénétrer ses soldats, par un aqueduc, dans la ville et tout le midi de la péninsule reconnut ses lois (536).
A voir ainsi commencer la lutte il semblait que les Gotlis ne dussent pas tenir longtemps; ils trouvèrent cependant dans leur courage assez de ressource pour lutter dix-huit ans. A la place de Théodat tué dans sa fuite par un Goth qui avait une injure personnelle à venger, ils élurent Vitigès. Celui-ci pour consolider son trône épousa la tille d’Amalasonthe, puis abandonna la Gaule ostrogothique aux Francs, afin de prévenir une autre guerre que Justinien suscitait contre lui. Pendant ce temps-là Bélisaire était reçu à Rome avec enthousiasme, malgré une garnison de quatre mille Goths, par un peuple qui espérait regagner les blés de la Sicile et de l’Afrique, et qui acclamait dans le maître de Bélisaire un souverain orthodoxe.
Mais Vitigès, après avoir rassemblé des garnisons les plus éloignées tous les conquérants de l’Italie, revint sur le midi par la voie Flaminienne et le pont Milvius. Bélisaire avait fait d’immenses préparatifs de défense , armé les habitants pauvres, réparé les fortifications, transformé pour la première fois le tombeau d’Adrien ( plus tard le château Saint-Ange) en citadelle; et il animait tout de sa présence. Vitigès établit les Goths dans sept camps fortifiés autour de Rome et livra plusieurs assauts inutiles; Bélisaire fit aussi vainement plusieurs sorties. Pendant un an (538) les üstrogoths s’obstinèrent à l’attaque, malgré les ravages que faisait parmi eux l’air déjà pestilentiel des environs de Rome, et Bélisaire à la défense , en dépit des Romains qui commençaient à trouver un peu dures les souffrances de la famine. Le général de l’empereur d’Orient fut'obligéde redoubler de vigilance pour prévenir les trahisons ; il exila plusieurs sénateurs, et fit déposer le pape Sévère, d’ailleurs trop attaché au concile de Chalcédoine. Enfin un secours de quatre mille mercenaires, que la femme de Bélisaire, Antonina, alla chercher à Ostie, une révolte en faveur de l’empereur à Milan, et le passage des Alpes par des guerriers francs, découragèrent les üstrogoths. Ils se mirent en retraite vers le nord, laissant derrière eux Bélisaire maître d’Urbin, de
Fésule, d’Orviéto, d’Auximum, et Narsès du Trentin et do la province Êmilienne.
L’arrivée de cent mille barbares francs qui s’annonçaient par la ruine de la grande ville de Milan , pouvait changer les chances de la lutte; ils étaient courtisés à la fois par les Grecs et les Goths. Leur chef, Théodebert, battit indistinctement les Goths et les Grecs, brûla les moissons, ruina toutes les villes où il entra, et se retira avec une armée décimée par la faim et la peste , mais après avoir fait plus de mal à la cause de Yitigès qu’à celle de Justinien (539).
Cet ouragan passé, Bélisaire resserra peu à peu les Goths dans Ravenne. Justinien, las de la longueur de la guerre, était prêt à abandonner aux Goths la Ligurie au delà du Pô, mais son général persista ; il mit à profit les ouvertures de quelques traîtres qui offraient de le reconnaître comme roi d’Italie, fit pénétrer des vaisseaux dans le port, des soldats dans les faubourgs , et prit possession de la ville d’abord en son propre nom , malgré le désespoir des femmes des Goths qui crachaient au visage de leurs maris, à la vue du petit nombre et de la petite taille des vainqueurs. A la nouvelle que Yitigès était captif, le reste des Goths en garnison dans les différentes provinces d’Italie fit sa soumission , croyant tout sauver en changeant seulement de roi ; mais Bélisaire leur annonça alors qu’il avait travaillé pour son maître et non pour lui-même ; et laissant derrière lui dix généraux grecs pour achever son œuvre, il crut pouvoir aller conduire le roi des Goths aux pieds de l’empereur Justinien et lui annoncer que la péninsule faisait de nouveau partie de l’empire (540): il n’en était pas encore ainsi.
Totlla relève la fortune des Ostro««tlis (&41-351).
Quelques milliers de Goths déterminés, enfermés dans Pavie, refusèrent d’obéir en apprenant qu’ils étaient trahis, et se donnèrent un chef, d’abord Ildebald, bientôt tué, puis Totila. Celui-ci, neveu du dernier roi, entreprit de rallier tous les barbares disséminés en Italie , et de restau relieur puissance. 11 profita de la division des généraux grecs qui n’étaient occupés que de faire leur main ; il battit d’abord