‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 305 sur 347 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

de 1847, n’avaient encore rien fait, si ce n est une modification provisoire et tout à fait incomplète dans l’organisation des tribunaux. Le 19 avril 1847 seulement, c’est-à-dire après dix mois de règne, le pape annonça 1 intention de choisir les plus notables habitants des provinces pour en former une consulte chargée de concourir avec lui à l’élaboration des lois de l’État. Le 15 mai, à grand’peine, il régla la liberté de la presse; le 31, il promit seulement la formation de la garde civique et l’établissement à Rome d’un sénat chargé de l’administration communale. On parlait d’une union douanière qui pouvait mener à une alliance politique entre le saint-siège, la Toscane et la Sardaigne; rien n’aboutit. Tout un ensemble d’intérêts, d’abus, de préjugés qui avaient pour eux la sanction du temps, toute une armée de fonctionnaires de tous degrés, qui combattaient pour leur position et que Pie IX n’avait pas le courage de frapper, défendirent le terrain pied à pied avec une redoutable persévérance.

On pouvait apercevoir déjà au milieu de 1847 les dangers de ces hésitations; l’ambassadeur français, M. Rossi, tout en ménageant l’Autriche, poussait le pape à déterminer nettement la portée de ses réformes, à les faire à temps, et non à se les laisser arracher, pour pouvoir ensuite, s’il le fallait, résister avec vigueur ; à ce prix, il promit l’appui du gouvernement français. Un illustre théatin, le vénérable père Ventura, qui saisissait toutes les occasions de prêter au pape le secours de sa puissante parole, ne craignait pas de s’écrier: « Si l Église ne marche pas avec les peuples, les peuples ne s’arrêteront pas, mais ils marcheront sans l’Église, hors de l’Église, contre l’Église. » Les manifestations devenues plus fréquentes par l’arrivée des exilés, et organisées d’ordinaire par un certain Cicervacchio, cocher et batelier, qui était devenu une sorte de personnage, prirent un nouveau caractère. Elles ne furent plus l’expression instantanée, vive et naturelle, de l’opinion publique. Enthousiastes et bruyantes quand le saint-père avait fait quelque chose, elles devinrent froides et presque menaçantes quand on le soupçonna de s’arrêter devant les résistances des rétrogrades. Ce ne fut

plus qu’un moyen de peser sur le saint-siège et de l’entraîner. Le motu proprio du 12 juillet contenait encore plus de promesses que de réalités, et exprimait la volonté du saint-père de garder intact le dépôt qui lui avait été con- ' fié; une manifestation de ce genre fut organisée le 15. Elle parut si dangereuse que le cardinal Gizzi, le lendemain, interdit le retour do ces dimostrazioni in piazza , qui menaçaient la sécurité publique et la liberté du saint-père; défense que la réalisation de quelqu’une des promesses si longtemps attendues eût avantageusement remplacée!

L’Autriche était menacée dans le Lombard- Vénitien par ce mouvement libéral ; elle ne perdit pas de temps. Depuis le commencement de l’année, ses troupes avaient été augmentées, ses garnisons renforcées en Italie. Le 22 juin, elle adressa au pape une note assez sévère, pour l’engager à ne. point favoriser un mouvement qu’il ne saurait plus ensuite arrêter. Moins d’un mois après, Cicervacchio découvrit une conspiration qui devait éclater le 15 juillet, au moment où la foule se rassemblerait pourvoir le feu d’artifice sur la place du Peuple. On en accusait un certain colonel Freddi, tristement célèbre dans la Romagne, et jusqu’au cardinal Lambruschini et au directeur de la police, Grassellini, qui passaient pour les chefs du parti rétrograde.

La garde nationale, dont l’organisation avait été décrétée, mais non effectuée, dès le 5, se forma d’elle-même; tous les gens modérés s’armèrent, descendirent dans la rue sous* la conduite des Rospigliosi, des Borghese et des Aldobrandini. Ils arrêtèrent une collision qui aurait pu être sanglante, entre les exaltés et leurs adversaires. Le cardinal Gizzi, qu’on accusait d’irrésolution, donna sa démission; Ferretti, cardinal plus résolu, entièrement dévoué au pape et aimé des libéraux, lui succéda. Mais le lendemain 16, on apprit que, par une fâcheuse coïncidence, les Autrichiens avaient augmenté de douze cents hommes leur garnison à Fer rare; et quelques jours après, la nouvelle se répandit que, non contents d’occuper le château, ils avaient brutalement saisi les portes de la ville , occupées pat* la garde civique.

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