‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 307 sur 347 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

cités d’ailleurs par des agents anglais qui ravivaient le souvenir de la constitution de 1812, ils se mirent à la tête du peuple; et, aux cris dé : Pie IX, la ligue italienne et sainte Rosalie, patronne de Païenne, ils livrèrent bataille aux troupes et les resserrèrent dans les forteresses et dans le château royal. Le cabinet napolitain, enchanté de trouver cette occasion de sévir, envoya le général Saugf-t avec dix vaisseaux de guerre et six mille hommes; mais ces nouvelles troupes furent vigoureusement repoussées les 15, 16, et l’insurrection se propagea bientôt dans toute Pile. Le 18, elle était de l’autre côté du détroit; dix mille hommes se rassemblèrent pour marcher sur Naples, criant comme en 1821 : « Constitution , constitution ! »

Le roi, effrayé cette fois, renvoya son ministre de la police del Carretto, nomma un nouveau lieutenant général en Sicile et publia une amnistie; mais cela ne suffit plus. Le général Sauget fut forcé d’évacuer Palerme après une lutte opiniâtre; le 26 , il n’y eut plus au pouvoir des troupes de , Ferdinand dans toute Pile, qUe le château de Messine; et le 27, à Naples, vingt mille liottimes descendirent dans les rues, «bannières déployées, et firent retentir la longue rue de Tolède, du palais à la place du Marché , des cris de « Vive la constitution! » Le général Statella, lui-même, conseilla au roi de céder ; le lendemain 28, un nouveau ministère composé de Serra Capriola , longtemps ambassadeur à la cour de France; BüonoiUi, prince de Torella, et Bozzelli, écrivain et juriste distingué, entra en fonctions; et le 29, la constitution fut définitivement promise et les bases du gouvernement représentatif assurées. Avec un peu de vigueur, le roi aurait peut-être rhaitrisé le mouvement; quelques-uns ont pensé qu’il avait voulu jeter l’idée constitutionnelle commè un brandon de discorde dans les États des princes qui avaient voulu l’entraîner à des concessions. M’ hanno spinto, aurait-il dit, io ti spingerô.

L’effet de ces nouvelles arrivant coup sur coup dans toutes les villes de la péninsule fut prodigieux. Le rbi, qui passait pour le plus absolu avait , bon gré, mal gré, laissé loin derrière lui tous les autres princes; les journaux, les clubs de-

vinrent plus ardents que jamais en Toscane, à Rome et à Turin. Quand la constitution napolitaine parut le U février, modelée sur la charte française de 1830, il n’y eut plus guère moyen de résister. Le duc de Toscane en octroya une semblable le 15, par crainte des mouvements tumultueux de Livourne. Le pape ne sachant si le gouvernement parlementaire était compatible avec sa double position de pontife et de prince , recula plus effrayé que jamais entre les bras des rétrogrades; mais Charles- Albert se prépara à imiter les souverains de Naples et de toscane. Prince tout militaire, aimant mieux avoir à combattre les Autrichiens qu’une opposition de tribune, il eût été plus disposé à satisfaire le sentiment national, à tenter de donner l’indépendance à l’Italie que des libertés constitutionnelles à son peuple; cependant il cédait à l’entraînement général.

Le Lombard-Vénitien frémissait maintenant sous le joug ert voyant dans toute la péninsule les conquêtes de la liberté! Le maréchal Radetzki, commandant des forces militaires autrichiennes à Milan , en appela aux mesures extrêmes de compression. Le jugement stalaire en vertu duquel on pouvait être jugé et pendu en deux heures fut inauguré le mardi gras, au commencement de ce long carnaval ambrosien qui amène ordinairement tant d’étrangers à Milan. La fête fut morne, malgré les efforts de M. de Fiquelmont. « Soldats, » dit Radetzki en annonçant à ses troupes la ferme volonté de l’empereur de défendre le Lombard-Vénitien, « que les insensés ne vous forcent point à déployer le drapeau de l’aigle àdeux têtes; contre votre fidélité et votre valeur, les coupables efforts du fanatisme et de la rébellion se briseront comme le verre fragile contre le roc. » M. d’Azeglio répondit à ces paroles, dans ses Lutti di Lombardia. « L’affranchissement de l’Italie , dit-il, dépend d’accidents extérieurs que l’esprit ne peut prévoir, mais que notre cœur pressent. Portons nos regards sur l’État même de la chrétienté et nous demeurerons convaincus que Dieu a fixé l’heure à laquelle doivent crouler de grandes iniquités. » Le jour même où ces paroles étaient publiées en Italie , le 24 février, s’écroulait en France un trône, à l’existence duquel se ratta-

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