CHAPITRE XXI
chait l’équilibre européen, pour faire place à la république. L’heure, en effet, parut sonner.
Ce fut en Italie comme un vent impétueux tombant sur un brasier. Les impatients , les exaltés poussèrent un immense cri de joie. Les modérés accueillirent la nouvelle avec plus d’inquiétude que d’espérance. « Vous nous menez ventre à terre, écrivit M. d’Azeglio; nous ferons en sorte de n’être point désarçonnés. » Ils ne croyaient point encore l’Italie prête ; ils se jetèrent cependant à la suite des événements. Il ne s’agissait non plus pour les princes de marchander les concessions. Les radicaux étaient forts de l’exemple de la France. Celle-ci était passée du gouvernement constitutionnel à la république; c’était le moins que l’Italie fit un pas à sa suite , et entrât dans le gouvernement constitutionnel. Charles-Albert le comprit ; il promulgua le 4 mars sa constitution déjà préparée et prit un nouveau ministère à la tète duquel se trouvait le comte César Balbo. Le roi de Naples , quelques jours après, consentit à une concession nouvelle; il s’engagea à nommer les pairs sur une liste de trois candidats élus. Enfin , Pie IX poussé par les événements et par Rossi, devenu d’ambassadeur français, conseiller du pontife, revint à ses premiers projets et promulgua aussi le 15 mars une constitution appropriée à la situation particulière des États romains. Toute la péninsule indépendante était constitutionnelle.
Ces constitutions modérées étaient viables, quoique un peu hâtivement élaborées. Celle même de Rome, bien qu’entravée par le pouvoir politique du collège des cardinaux érigé en sénat en face des deux autres assemblées ordinaires , pouvait peut-être aussi fonctionner avec de la bonne volonté et quelques améliorations. Le manifeste du gouvernement provisoire de la république française écrit par Lamartine, garantissait ces précieuses conquêtes, mais rien de plus. « Si les États indépendants de la péninsule , disait-il, étaient envahis ; si l’on imposait des limites ou des obstacles à leurs transformations intérieures ; si on leur contestait à main armée le droit de s’allier entre eux pour consolider la patrie italienne, la république française se croirait
elle- même en droit d’armer pour protéger ces mouvements légitimes de croissance et de nationalité des peuples. ■> Mais la liberté des Élats indépendants ainsi garantie, la question du Lombard- Vénitien était réservée. « Les traités de 1815 , disait encore le manifeste, n’existent plus en droit ; toutefois les circonscriptions territoriales de ces traités sont un fait que la république admet comme base et comme point de départ dans ses rapports avec les autres nations. »
insurrection à Milan ;*?-*£ mars}.
Cette question n'était autre que celle de i’indépendance italienne, elle se posa d’elle-même le 18 mars L> Milan. C’était bientôt; la liberté n’était pas fondée 5V.l'*ç^ç, le t7, la nouvelle de la révolution de Vienne et la chutê'\i.: Metternich, avaient exalté tous les esprits. Le vice-roi effrayé partit précipitamment pour Vérone. Le lendemain matin, le gouverneur, comte O’Donnel, fit afficher que l’empereur convoquait l'assemblée centrale du royaume Lombard-Vénitien pour le 3 du mois de juillet prochain. Celte proclamation ne parut qu’une dérision ou un leurre ; les Milanais se répandirent en foule par les rues, sur la place du Dôme et sur celle des Marchands. Le podestat, comte Casati, vint pour calmer l’émotion ; on le porta vers le palais du gouverneur qui fut envahi , et le comte O’Donnel au pouvoir des Milanais fut obligé de décréter l’armement de la milice. Ce fut le premier acte d’hostilité.
Le soir, Radetzki se retira au château, bâtiment massif, centre de l’ancienne forteresse, et se contenta d’occuper militairement les bastions, la place du Dôme et celle des Marchands, le Palais royal, la Police, l’Hôtel de ville , le Commandement, ainsi que les principales rues qui aboutissent à ces points principaux. Son but était de cerner et de diviser l’émeute. Ce fut une nuit solennelle, la pluie tombait par torrents. Le peuple milanais s’arma, éleva silencieusement ses barricades, et entassa les projectiles sur les toits des maisons. Le podestat Casati, partisan secret de Charles- Albert, était à sa maison de la Taverna, avec quelques nobles, quelques écrivains et des jeunes gens pleins d’ardeur ; il hé-