‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 309 sur 347 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

sitait, mais Cernuschi, Cattaneo, Terzaghi, formés déjà en comité de guerre, organisèrent Ja résistance. Le 19 au matin Radetzki fit une sommation, et menaça la ville du bombardement et du sac ; on lui répondit en se jetant dans les rues au son du tocsin et aux cris de : vive Pie IX ; le combat commença. Le premier jour les Milanais ne cherchèrent qu’à couper les communications de l’armée; l’affaire la plus rude eut lieu sur la place de la Cathédrale , d’où un corps de Tyroliens embusqué dans les galeries faisait un feu plongeant et meurtrier. Les Milanais n’avaient pas encore beaucoup d’armes et manquaient rje munition.

Le 20 la lutte se caractérisa. Radetzki eut beaucoup de peine à garder ses communications, à faire passer des munitions et des vivres aux corps engagés dans l’intérieur de la ville; il lui fallait faire enlever chaque barricade sous un feu meurtrier parti de toutes les fenêtres, et sous une grêle de projectiles lancés du haut des maisons. 11 fut obligé d’abandonner successivement la Cathédrale et la Police; un parlementaire vint de sa part proposer le soir un armistice de qtiinze jours ; il h’avait point ce qu’il fallait pour un bombardement. Casati et les collaborateurs qu’il s’était adjoints penchaient à accepter ; le comité de guerre et les combattants refusèrent.

Le 21, Radetzki perdit ou abandonna tous les points qu’il occupait dans l’intérieur; on commença à attaquer les bastions et les portes, entre autres la porta Ticinese, et la porta Tosa pour ouvrir les communications avec le dehors. Tous les citoyens de vingt à soixante ans vinrent s’inscrire sur les listes paroissiales ; on lança des ballons dans la campagne pour requérir du secours; un armistice de trois jours, proposé par les consuls étrangers, fut encore repoussé. Enfin un envoyé de Charles-Albert vint offrir les secours de son maître. Casati voulait qu’on s’engageât immédiatement pour la réunion du Lombard-Vénitien; le comité de guerre qui comptait quelques républicains ne promit que sa reconnaissance et attendit d’abord l’initiative de Charles-Albert. Casati et lesalbertistes, Rorromeo, Porro, Durini s’érigèrent ' néanmoins en gouvernement provisoire, commencèrent à se

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saisir de l’administration, des finances, et annoncèrent la réunion d’un congrès pour prononcer sür les destinées du pays.

Le 22, Radetzki se vit menacé à la fois par la ville et la campagne. L’hôtel du Commandement, la porta Tosa, un bastion tombèrent au pouvoir des Milanais. Les insurgés de Corno, de la Suisse italienne, de Monza, commencèrent à combiner avec le peuple de Milan l’attaque des bastions. Si Charles-Albert se décidait tout à coup à passer le Tessin, l’armée autrichienne était perdue. Le soir, Radetzki entretint un feu continu et nourri de ses canons et de ses bombes du haut des bastions, et peu à peu fit filer ses troupes par les allées des remparts, et les concentra au château. Là, il alluma un grand feu de paille, de foin, de chariots et de bagages; et à la lueur d’une colonne de flamme qui éclairait toute la ville, les Milanais virent ie maréchal abandonner le château et battre en retraite, avec les familles des officiers, les employés , les otages, et plusieurs régiments italiens obligés sous peine de mort de suivre le reste. Milan était libre; mais l’armée autrichienne sauvée.

Le même jour, 22, le gouverneur militaire Zichy abandonnait Venise. Depuis que le peuple avait délivré Manin le 17, il y avait chaque jour collision avec les troupes; le matin du 22 l’arsenal avait été pris. Zichy, n’ayant pas assez de inonde pour résister, abandonna la place par convention. Tandis qu’on installait un gouvernement provisoire favorable à Charles- Albert, Manin poussa sur la place Saint-Marc le cri de : Vive la république vénitienne!

« C’est maintenant ou jamais , » s’écria Salvagnoli, le rédacteur de la Patrie à Florence, en apprenant la victoire de Milan; et il ne fut que l’écho de tout le peuple italien, flieli n’était alors plus naturel que ce cri. L’Europe était ébranlée jusque dans ses fondements; les deux grandes monarchies d’Allemagne, l’Autriche et la Prusse, battues par les émeutes de Vienne et de Berlin, étaient menacées de la même chute que la royauté française. Les nationalités paraissaient à refaire aussi bien que les gouvernements. On pensait pouvoir compter sur le concours et la protection de Pie IX, que les

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