CHAPITRE XXI
imaginations enthousiastes se représentaient comme un Alexandre III. Toutes les populations dans les villes s’armèrent, à Florence, à Bologne, à Gènes, à Modène et à Parme en dépit des ducs bientôt obligés de partir, à Naples et en Sicile même, pour voler au secours des Lombards ; sans les attendre, les villes de Brescia, Bergame, Vicence, Trévise, Padoue, se soulevèrent contre les Autrichiens assaillis de tous côtés. La croix du saint-père était l’égide de cette sainte guerre de l’indépendance ; il ne s’agissait plus que de trouver une épée pour conduire à la victoire tous ces dévouements. Le 23 au soir, jour où il reçut la nouvelle de la délivrance de Milan , Charles-Albert se décida à jeter la sienne dans la balance, et le lendemain matin ses premiers bataillons passèrent le Tessin.
Guerre d'indépendance ; Charles-Albert; réaction napolitaine du 15 mal; bataille de Cuatozza (*5 mars-8 août).
C’était un peu tard ; deux jours plus tôt, la guerre eût peut-être été terminée d’un coup. Surpris par une armée régulière, il eût été difficile à Radetzki d’opérer sa retraite promptement et en bon ordre à travers un pays soulevé dont les bandes de volontaires commençaient déjà à détruire les ponts et à ouvrir les canaux. Grâce à ces deux jours de retard, Radetzki, après un engagement sans importance à Marignan contre quelques bandes de volontaires, put traverser l’Adda en bon ordre.
Dans un moment où l’audace était encore de mise, Théodore Lecchi, nommé général des troupes lombardes à Milan par le gouvernement provisoire, proposa au roi arrivé le 26, de ressaisir l’occasion perdue. Il s’agissait de descendre le Pô, sur des pyroscaphes avec une colonne de l’armée sarde pour s’emparer de Mantoue ou au moins couper la retraite à Radetzki, et d’envoyer quelques régiments au secours des volontaires partis déjà pour le Tyrol italien, tandis que le gros de l’armée descendrait le Pô en ligne directe. Le roi Charles-Albert, militaire savant, ne voulut point s’écarter des règles de la stratégie classique ; et Radetzki , suivi seulement par quelques bandes mobiles, rallia les garnisons de Bres-
cia et do Bergame, passa l’Oglio, la Chiese, le lac de Garde et prit position le 30 dans le redoutable quadrilatère formé par les forteresses de Peschiera, de Vérone, de Mantoue et de Legnano, qui est la clef stratégique de la haute Italie. Il ne pouvait plus être question d’un coup de main ; Radetzki était là avec le gros de son armée, à portée de concentrer le reste dispersé à Modène, Reggio, Vicence, Trévise, et de recevoir même des secours de l’Autriche. 11 fallait maintenant une guerre en règle.
En face de cette nécessité, ce n’était pas trop que l’Italie tout entière , princes et peuples , se levât comme un seul homme. Mais les souverains n’étaient point complètement d’accord avec leurs peuples, et moins encore entre eux. Charles-Albert qui venait au secours du Lombard-Vénitien n’était pas sûr de ces populations qui hésitaient aussi à se donner à lui. Il avait vu avec déplaisir la république proclamée à Venise par Manin, bien que, d’après la déclaration même du gouvernement provisoire, il n’y eût rien là de définitif. Dès l’arrivée de Charles- Albert à Milan, il s’éleva quelques dissentiments : les Lombards virent avec jalousie un Piémontais, Sobrero, mis au ministère de la guerre; le roi eut de la peine à laisser porter à l’armée lombarde l’uniforme vert aux couleurs de l’Italie. Les Lombards dans leur enthousiasme avaient déjà fixé aux hauts sommets du Brenner la limite de l’Italie; Charles-Albert, plus prudent, était encore fidèle à la devise de sa famille : descendre le cours des siècles et celui du Pé. Satisfait de la ligne du Mincio , du lac de Garde, et des collines du Stelvio, il ne voulait point mettre contre lui la confédération germanique en envahissant le Tyrol, et ne secourait la Vénétie, qui paraissait républicaine, que dans la mesure de ses intérêts. Sa diplomatie n’allait point à l’enthousiasme lombard.
Les autres souverains avaient peu d’avantages matériels, positifs à retirer de la guerre ; ils partagaient bien moins encore l’entraînement de leurs peuples. Si Charles-Albert après une guerre heureuse fondait au nord un puissant royaume, qui unirait à Milan, par les deux villes de Gènes et de Venise les deux mers Adriatique et Toscane, ne pèso-