‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 32 sur 347 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

quelques troupes dans le Véronais, dispersa vingt mille ennemis près de Faenza, reprit Naples, Cumes, la Lucanie, laPouille, la Calabre; et après avoir ainsi privé Rome des blés du midi de l’Italie, il revint sur elle et l'assiégea. Le système fiscal de l’empire appliqué de nouveau à l’Italie par Justinien, et la conduite de ses dix généraux avaient suffi déjà pour faire regretter les Goths. Totila avec son armée accrue d’un grand nombre de transfuges et d’esclaves armés, entoura Rome où Bessas, après avoir accaparé les grains, profitait de la disette, pour les livrer à des prix exorbitants, et faisait fortune en spéculant sur la faim et sur la mort des Romains.

Bélisaire qui revint alors parut même ne pouvoir arrêter la nouvelle fortune des Goths. Après avoir repoussé le général grec qui avait pris terre à l’embouchure du Tibre et essayé de remonter le fleuve, Totila força la porte Asinaire, pénétra dans la ville , mit au pillage les maisons des riches citoyens, et fit démolir un tiers de ces murailles qui l’avaient si longtemps arrêté ; il n’aurait pas épargné les plus beaux monuments, sans une lettre de Bélisaire. Il laissa du moins la ville presque déserte, emmena avec lui les sénateurs et les riches citoyens qu’il dissémina dans différentes forteresses de la Campanie et s’établit sur le mont Gargan (547) .

Bélisaire, après son départ, prit possession de ces ruines, y jeta une faible garnison, et fit relever les murailles de manière à résister à un assaut; mais quand il descendit au midi pour enlever la Lucanie et la Campanie à Totila , il échoua faute de troupes suffisantes , et tout découragé se fit rappeler à Constantinople. Totila crut à une restauration complète de la puissance des Goths; il rentra dans Rome, la fortifia cette fois, et y rappela le sénat et le peuple (549). 11 passa dans la Sicile, dans la Corse , dans la Sardaigne qu’il rattacha à l’Italie, et fit attaquer par ses vaisseaux les côtes del’Épire. Les villes de Ravenneet d’Ancône restaient seules au pouvoir des Grecs. Totila promettait plus encore. En rétablissant le gouvernement de Théodoric, il voulait l’améliorer par l’observation de la plus rigoureuse justice. « Du temps de Théodat, disait-il, nous avions la puissance, mais

la justice nous manquait. Honorons notre victoire par notre vertu. La fortune de la guerre suit les mœurs des combattants. » II n’eut pas le temps de tenir ces promesses.

L'eunuque Kartièi; derniers rois «ntlis; une Invasion d'.Vlainuns (559-5S4).

Justinien, malgré les propositions de paix deTotila, envoya une nouvelle armée sur les instances du pape Vigile et de Céthégus , organes des orthodoxes et des anciens habitants de l’Italie. L’eunuque Narsès, qui avait fait déjà la guerre d’Italie, en prit le commandement. Ce général cachait une âme énergique dans un corps grêle et mutilé ; il augmenta les troupes qu’on lui avait confiées de cinq mille Lombards , trois mille Hérules , deux mille Huns et quatre mille Perses qui avaient à leur tête le neveu même de leur roi. Ce fut par le nord qu’il pénétra en Italie en jetant des ponts de bateaux aux embouchures de la Piave, de la Brenta, de l’Adige et du Pô. Après s’être reposé à peine quelques jours dansRavenne, il se dirigea droit sur Rome. Les Goths l’attendaient entre Tagina et les sépulcres des Gaulois , sur le champ de bataille où Décius s’était autrefois dévoué pour Rome en combattant. Totila, avant l’action, fit admirer des deux armées son adresse à diriger son cheval et à manier sa lance. Plus de six mille Goths tombèrent autour de lui; il périt lui-même un des derniers, percé par la lance d’un chef gépide (552).

Après la victoire , Narsès renvoya avec de riches récompenses les Lombards dont les cruautés effrayaient les vainqueurs mêmes; il prit Rome, et marcha au midi contre Téias que les Goths avaient reconnu pour roi. Enfermé sur le anont Lactaire avec les siens, le dernier roi gotli mit pied à terre résolu à s’ouvrir un passage à travers l’armée de Narsès. Mais au moment où il échangeait son bouclier couvert déjà de douze javelines, il fut percé (l’un coup mortel, et ses compagnons, après avoir continué le combat jusqu’au soir, capitulèrent le lendemain (553). Aligern , son frère , assiégé dans Cumes, se défendait encore, ainsi que quelques Goths, dans Lucques et dans Compsa , quand plus de quatre-vingt

Page 1