‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 312 sur 347 · CHAPITRE NXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE NXI

pouvait être ni durable ni glorieuse. » Toüt en laissant la présidence du conseil au cardinal Soglia, il appela décidément un laïque au département des affaires étrangères; il choisit Mamiani , écrivain distingué et proscrit depuis 1831. Celui-ci obtint la convocation des corps représentatifs pour le 5 juin, et s’occupa d’organiser une ligue des princes italiens. Le roi de Naples avait décidément autorisé Pepe à partir à la tête de seize mille hommes, et promis de le faire suivre bientôt d’un autre corps de vingt-quatre mille hommes ; il accrédita des chargés d’affaires auprès du pape et auprès du roi de Sardaigne et convoqua l’assemblée des députés de son royaume pour le 15, tout en enjoignant à Pepe, décidé du reste à n’en rien faire, de ne pas passer le Pô, sans ses ordres.

Le moment décisif approchait. Parme et Modène s’étaient définitivement données à Charles-Albert; à Milan le gouvernement provisoire appelait la Lombardie à voter à la fin du mois sur ses destinées. Charles-Albert sentait le besoin de décider le vote par quelques succès avant l’arrivée du corps de réserve autrichien; les émigrés à Milan, MazzAni entre autres, commençaient à se plaindre des circonspections et des lenteurs de cette guerre royale. Le 6 mai le roi fit attaquer Santa Lucia dont la possession lui eût permis de commencer les opérations contre Vérone. Cette position prise et reprise plusieurs fois, resta après deux jours de combat au pouvoir des Autrichiens ; Nugent, qui conduisait la réserve , fut plus heureux encore quelques jours après contre l’armée romaine commandée par Durando et Ferrari ; il passa la Piave, le 8 , dispersa sous Trévise le corps de Ferrari le 9 et rejeta Durando avec les débris de l’année vers Vicence, seule maintenant entre lui et Radetzki ; on n’avait plus espoir pour empêcher la jonction qu’en Pepe, déjà arrivé un peu tard le 13 à Ancône.

Les événements de Naples (15) eurent la plus désastreuse influence sur les opérations militaires du nord. Ce jour-là, devait avoir lieu l’oilverture des chambres; toute la ville était en émoi ; dans la formule du serment, le roi n’avait point fait mention du droit conféré aux députés par le dé-

cret d’avril d’étendre la constitution. L’assemblée préparatoire de la veille avait été fort tumultueuse. Le lendemain, au moment où les députés se rendaient a la séance, quelques barricades s’élevèrent; elles s’étendirent bientôt dans toute la large rue de Tolède qui va de la place dü Palais-Royal à Capo di Monte. Les troupes napolitaines et suisses vinrent prendre place devant le palais et au Largo Castello , place voisine de là ; au milieu de ces mouvements un coup de feu partit et le combat commença vers midi. Le parlement reçut ordre de se dissoudre, et obéit devant la force armée après avoir protesté. La résistance opposée par la garde civique fut très-vive sur la place du Palais même dont les hôtels furent pris d’assaut, et près de la barricade Saint-Ferdinand ; mais les Suisses en débouchant par des rues obliques du Largo Castello sur le derrière de cette barricade, coupèrent bientôt en deux la longue rue de Tolède, et emportèrent ensuite aisément toutes les autres barricades. La victoire de Ferdinand fut moins fâcheuse encore pour le royaume de Naples, que l’ordre envoyé à Pepe de faire rétrograder son armée pour l’Italie.

Pepe venait de convenir avec Charles-Albert (le 18) de passer le Pô et de se porter entre Radetzki et de Thum, successeur de Nugent, déjà arrivé à Yicence. Le 20, il reçut la missive de Ferdinand. Poussé par l’enthousiasme des Bolonais, il se décida à désobéir ; mais il se convainquit bientôt qu’il ne pouvait entraîner son armée. Le 22 , l’avant-garde de la réserve autrichienne commença la jonction tant désirée, et Radetzki , Ue craignant plus rien de Pepe , ordonna à de Thurn de retourner sous les murs de Yicence, pour y forcer Durando qui s’y était réfugié avec douze mille Romains. Le 26, en effet, les régiments napolitains, déjà arrivés à Fefrare, donnèrent l’exemple de l’abandon de la cause italienne; et Pepe ne conserva bientôt plus avec lui qu’une division d’infanterie et une de cavalerie, qu’il eut môme beaucoup de peine à retenir.

Assuré désormais sur ses derrières , Radetzki reprit l’offensive. Le 27, à la tête de quarante mille hommes divisés en trois colonnes , artillerie en tête, il quitta Vérone et se

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