‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 313 sur 347 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

dirigea sur Mantoue ; il offrait le flanc à l’ennemi, mais sa marche était si bien conduite qu’il ne fut point attaqué et entra dans la forteresse le 28 au soir. Son intention était de déboucher par Mantoue sur la rive droite du Mincio et de dégager le cours inférieur de cette rivière, pour enlever Goïto , ou tout au moins attirer Charles-Albert de ce côté et permettre à la garnison de Vérone de ravitailler Peschiera, bombardée depuis le 23 et déjà à bout de vivres. Charles- Albert, inquiet, fit repasser aussi, le 28, upe partie de ses troupes sur la rive droite, par le pont de Goïto. Le matin du 29, Radetzki commença ses opérations; Laugier, posté à Governolo avec les recrues et les étudiants toscans et modenais, fit heureusement bonne contenance et arrêta les Autrichiens tant qu’il eut des munitions. Charles-Albert eut le temps de s’établir à Goïto, et le 30 au matin se porta sur le flanc du maréchal, qui poursuivait déjà les Toscans sur l’Oglio et pouvait faire une pointe sur Milan découvert. Radetzki fut obligé de faire retourner sa première brigade contre les Piémontais en avant de Goïto, et se vit repoussé avec une perte assez sensible. 11 se replia sous la protection des canons de Mantoue et apprit que les Piémontais chargés du blocus de Peschicra avaient empêché les Autrichiens laissés à Vérone de se faire jour et forcé la citadelle à se rendre. Ces trois jours furent les plus honorables de la campagne pour les Italiens.

Le maréchal autrichien avait besoin de se relever. Vieence, assiégée par de Thurn , venait , ainsi que la Lombardie , de voter sa jonction avec le Piémont. Le 2 juin , Radetzki quitta de nouveau Mantoue , repassa l’Adige ( le 5 ) par Legnano, et se dirigea sur Vicence avec trente mille hommes pour achever de débarrasser ses derrières et pouvoir se porter en avant; il ne laissait sous Vérone que vingt mille hommes devant l’armée piémontaise. Charles-Albert n’osa le suivre au delà de l’Àdige , ayant derrière lui Mantoue et Vérone, et bien qu’il entendît bientôt commencer le bombardement contre Vicence. Au lieu de livrer une bataille, il se jeta assez inutilement sur le plateau de Rivoli , le 10 , et s’en empara sans peine. Le maréchal en profita ; il acheva d’occuper au-

tour de Vicence le Bacciglione et les monts Beriques, força Durando à abandonner la ville et à promettre de ne point servir avec ses troupes, pendant trois mois, contre les Autrichiens. Quand Charles-Albert (le 13) se décida à attaquer les Autrichiens de Vérone pour effectuer le passage de l’Adige et secourir Vicence, l’avant-garde de Radetzki, déjà de retour, lui apprit qu’il était trop tard. On célébra en Italie la prise du plateau de Rivoli de glorieuse mémoire ; on oublia que, maître de Vicence , Radetzki s’embarrassait peu maintenant d’ôtre coupé du Tyrol.

. La position était , en effet , bien changée au désavantage des Italiens. L’Autrichien Welden, arrivé avec de nouveaux renforts, prenait Trévise et Padoue, isolait Venise, et ne laissait plus à Pepe et au seul bataillon qu’il avait entraîné d’autre parti que de se jeter dans Venise pour défendre la lagune. Charles-Albert était maintenant presque seul. Le comte Mamiani , à Rome, ne pouvait, bien que ministre, faire prévaloir ses desseins. Le 5 juin , à l’ouverture de ■ 'assemblée romaine, il n’avait point présenté de programme, faute d’avoir pu s’entendre avec le pape sur la rédaction des passages relatifs à la politique extérieure. Le roi de Naples rappela même quelques régiments napolitains d’abord prêtés à Charles-Albert ; on se plaignait à Florence du peu de dévouement du ministre Ridolfi. L’assemblée nationale française , dans sa séance du 25 mai , invitait la commission du pouvoir exécutif a prendre pour règle de conduite son vœu unanime d’ affranchir l’Italie; mais Charles-Albert refusait toujours l’intervention républicaine, et bientôt la France, toute à ses discordes , n’allait plus être à môme de la lui offrir.

Le roi de Sardaigne fit venir ses réserves restées jusqu’alors et bien à tort dans le Piémont ; il pressa la formation de l’armée lombarde et l’équipement des volontaires qu’il n’avait pas jusque-là fort activé. 11 parvint ainsi , dans le courant du mois de juin , à rassembler quatre-vingt mille hommes sur le Mincio, tout en laissant encore, assez malheureusement, des garnisons à Parme, à Modène, à Bologne même. Mais Radetzki, grâce à l’arrivée d’un nouveau renfort venu

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du Tyrol, en avait autant; et toutes ses troupes étaient bien équipées et disciplinées , tandis que les derniers bataillons lombards étaient assez mal instruits et armés, et déjà moins ardents qu’au commencement de la guerre.

Les encouragements de l’Italie vinrent encore , au commencement de juillet , briller comme une dernière espérance sur l’armée piémontaise. Le 6 juillet, pendant que Pepe organisait la défense de la lagune, l’assemblée vénitienne déclara se fondre dans le Lombard-Vénitien, et installa un gouvernement favorable à Charles-Albert; quelques jours après, le parlement sicilien, trop longtemps occupé de ses. luttes intestines , élut décidément roi un de ses fils , le duc de Gènes. Depuis qu’il avait reçu ses réserves et ses renforts, Charles-Albert, ayant son quartier général à Roverbella, augmentait tous les jours sa droite vers Mantoue , qu’il espérait forcer comme Peschiera , aux dépens même de sa gauche toujours à Rivoli. Au milieu du mois de juillet, les Modenais et les Toscans, revenus à Governolo, avaient terminé déjà l’investissement de la place sur la rive droite d* Mincio; le roi lui-même, décidé enfin à agir, acheva, vers le 20 , celui de la rive gauche , en s’étendant presque jusqu’au Pô. Radetzki , concentré depuis quelque temps à Vérone, saisit pour reprendre l’offensive le moment où il vit la ligne de son adversaire plus étendue que jamais des hauteurs de Rivoli aux environs de Mantoue , mais très-faible sur le premier point.

Après avoir fait donner déjà , le 22 , à la hauteur de Rivoli un assaut qui fut vigoureusement repoussé par le général Lichnowsky , le maréchal mit pendant la nuit ses masses en mouvement, pour reprendre le cours du Mincio. Il fallait * percer la ligne de l’ennemi et s’emparer des hauteurs qui commandent l’Adige et le Mincio, et qu’occupaient les Piémontais depuis la retraite des Autrichiens. Le 23, le matin, la gauche de Radetzki s’étendit légèrement jusque vers Roverbella, pour surveiller le quartier général de Charles-Albert ; la droite, en colonnes nombreuses et fortement appuyée du centre, se dirigea sur les collines de Sona et de Somma Campagna. Le général piémontais de Sonnaz , qui commun

dait cette aile affaiblie , n’avait que douze mille hommes pour résister à près de quarante mille : il fut obligé de céder aux brigades Liechstenstein et Wohlgemuth. Charles-Albert, de Villa Franca , vit lui-même l’impossibilité de remédier immédiatement au vide qu’il avait laissé ; il abandonna le village de Custozza et livra le Monte Vento, qui toucheau Mincio même, tandis que de Sonnaz, menacé d’être coupé, fit évacuer Rivoli et repassa avec sa division sur la rive droite, par Mozambano, dont il fit détruire le pont.

Le lendemain dès le matin (24) , le maréchal , continuant son mouvement, donna l’ordre de passer le Mincio sur deux points , pour s’établir à cheval sur la rivière et attaquer son adversaire avec l'avantage de cette position. Le roi, qui avait concentré ses troupes de la rive droite à Villa Franca, sortit enfin de l’inaction et se dirigea sur les hauteurs abandonnées la veille , avant que Radetzki eût achevé sa conversion. Le général Bava au centre , les princ.es de Savoie et de Gènes aux deux ailes, reprirent vigoureusement Custozza et Somma Campagna, après quatre heures d’engagement. L’échec de la veille était presque réparé ; le lendemain , dès le matin , six heures, ils recommencèrent le combat et montèrent à l’assaut de Sona et de Monte Vento pour rejeter l’ennemi dans le val du Mincio , vers de Sonnaz qui avait occupé sur la rive droite les hauteurs de Volta parallèles à celles de Custozza. Radetzki était perdu si le mouvement réussissait ; mais le maréchal avait, pendant la nuit, repassé avec une partie de ses troupes sur la rive gauche, et donné à Vérone l’ordre d’envoyer une nouvelle brigade sur le flanc des Piémontais.

C’était un jour d’étouffante chaleur. Le général de Sonnaz n'agit point à Volta ; Bava ne fut pas long à s’apercevoir qu’au lieu d’attaquer l’ennemi , il allait être obligé de se défendre; il reprit ses positions de la veille apres avoir déjà fatigué ses troupes. Les Autrichiens , en gravissant la montagne si disputée de Somma Campagna , perdirent quelques hommes par la chaleur ; Radetzki se montra au milieu de ses régiments et parla de donner l’exemple à la tête de ses grenadiers. Bava et les deux princes , attaqués e»i tète et en flanc,

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résistèrent jusqu’au soir ; mais ils furent enfin obligés d’abandonner la position avec son gros village de Custozza , et de se replier avec d’assez grandes pertes à Villa Franca : c’était une défaite.

Le soir à minuit, pendant que les Autrichiens reposaient sur le champ de bataille, Charles-Albert commença sa retraite, sur la rive droite, par Goïto, et dépêcha un courrier en France pour demander des secours et la possession du Lombard- Vénitien. Le lendemain, il livra encore un combat assez malheureux à Volta, pour gagner le temps de s’établir sur un autre affluent du Pô. Radetzki ne lui laissa ni le temps de s’établir ni celui de recevoir des secours. Charles-Albert ne put s’arrêter ni sur l’Oglio ni à Crémone, ni sur l’Adda pendant quatre jours de retraite et de poursuites précipitées. Tandis que l’ennemi prenait déjà position à Lodi, à Monza, à Pavie même, il rentra à Milan le 3 août, avec une armée rçoitié découragée et débandée, et y trouva un comité de guerre, composé de républicains, rétabli et presque menaçant.

Lombards et Piémontais, au moment suprême, ne surent pas s’entendre. Le comité de guerre envoyait des émissaires soulever Brescia, Bergameet la Vénétie, et faisait barricader les portes de Milan et les faubourgs. Charles-Albert ayant son parc d’artillerie au delà du Pô, et une partie seulement de ses troupes avec lui, ne pensa pas que la ville eût assez de provisions de bouche et de guerre. Le gouvernement français n’acceptait point qu’on mit des conditions à son intervention. Les Piémontais et les Milanais s’accusaient mutuellement ; ils faillirent en venir aux mains. Dans cette triste situation, Charles-Albert signa une capitulation, le 6 au soir, et partit, dans la nuit, de Milan; les troupes piémontaises évacuèrent la ville le lendemain (7), suivies d’une foule considérable de citoyens qui fuyaient les vengeances de l’Autriche; et Radetzki y entra à la tète de ses troupes victorieuses. Le même jour l’ambassadeur piémontais demanda sans condition l’intervention française; mais il était trop tard Charles-Albert dut signer un armistice aux termes duquel il cédait les forteresses de Peschiera, de Rocca d’Anfo, avec le

matériel de défense, et promettait de retirer de la Vénétie ses forces de terre et de mer. « La bannière impériale , put dire (le 10)Radetzki, flotte de nouveau sur les murs de Milan, il n’y a plus un ennemi sur le sol lombard. »

K.CS républiques* à Yen lac, h nome, h Ylorenee: aaitiMlnat de HommI-, fuite du pope {(sept. 1848, février 184»;.

La bataille de Custuzza ne frappait pas seulement la cause de l’indépendance, mais celle de la révolution. Radetzki avait ordonné à Welden sur ses derrières, de se jeter sur Bologne pour forcer le ministre romain Mamiani à retirer ses troupes de la guerre. Les autorités ne voulant pas exposer la ville aux horreurs de la guerre , laissaient déjà entrer les bataillons autrichiens; mais le peuple se jeta au-devant d’eux le 9 août, et les repoussa avec perte, au delà du Pô. Le pape protesta contre la violation de son territoire. Cependant satisfait devoir les Autrichiens partis, il refusa de ratifier les propositions énergiques faites par son ministre aux députés romains; et Mamiani fit place à un ministère provisoire qui commença par proroger le parlement disposé à la guerre.

Le roi de Naples, Ferdinand II, tira encore plus résolûment parti de la défaite du Piémont contre la Sicile. Charles-Albert, après Custozza, ne pouvait plus accepter pour son fils la couronne que les Siciliens lui avaient offerte. Ferdinand II , le 3 septembre , fit partir huit bateaux à vapeur et six mille hommes , avec ordre de prendre d’assaut Messine où Pronio avec quatre mille hommes résistait toujours dans la citadelle. Le gouvernement révolutionnaire de Sicile, déjà fort divisé avant l’élection du duc de Gènes, l’était encore plus après le refus de celui-ci. 11 n’était pas encore parvenu à mettre une armée raisonnable sur pied ; la garde nationale seule était organisée, et on s’était résigné à accepter le service des forçats que le gouvernement napolitain avait lâchés pour compromettre la révolution sicilienne.

La malheureuse Messine n’avait guère d’autres défenseurs que ses habitants qui s’étaient armés et enrégimentés. Les feux de la citadelle, située sur une langue de terre qui com-

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