CHAPITRE XXI
mande le port, et une sortie de Pronio permirent aux troupes napolitaines de s’établir et de commencer les opérations dès le 4. Messine envoya demander des secours au parlement ; mais la ville républicaine fut peu secourue par la royaliste Palerme. Pendant la lutte, les Suisses et les Napolitains de Ferdinand , au nombre de quinze mille hommes, furent soutenus et ravitaillés par le camp établi de l’autre côté du détroit ; Messine ne reçut par terre que des renforts insignifiants et tardifs. Ce combat inégal dura cependant huit jours. La citadelle, la flotte et les batteries inondèrent la ville d’une pluie de bombes et de fusées qui fit les plus grands ravages et alluma plusieurs incendies. Les forts restés encore au pouvoir des Messinois, essayèrent quelque temps de répondre au feu , et furent bientôt éteints. Après avoir perdu les fortifications et les barricades , élevées hors de la ville , les Messinois se battirent encore dans les faubourgs, au milieu des décoinbres des maisons, et le sac commença. Les amiraux anglais et français, Parker et Baudin, intervinrent enfin pour faire cesser la boucherie et sauver le reste de la ville , le 3 septembre au soir. Un armistice entre le roi Ferdinand et le parlement sicilien suspendit même la guerre et établit pour quelque temps une zone neutre entre l’armée napolitaine et celle de Sicile , venue trop tard au secours de Messine.
La liberté italienne (17) ne se défendait plus qu’à Venise. Le jour même où les commissaires de Charles- Albert devaient recevoir l’investiture de la cité et province de Venise (9 août), on avait appris la nouvelle de l’armistice. La république y fut de nouveau proclamée , le pouvoir confié à un triumvirat avec Manin pour président, et la défense militaire à Guillaume Pepe. Ce vétéran du libéralisme dont le patriotisme classique ne s’est jamais démenti , tira fort habilement parti du peuple vénitien et des volontaires qui lui étaient restés.
La Lagune ou l’Estuario est une sorte de lac oblong, formé par les cours d’eau qui se jettent au fond de l’ Adriatique et séparé seulement de cette mer, par des îles longues et étroites, coupées de canaux où les gros vaisseaux ne peu-
vent pénétrer. Elle couvre un arc de cercle de près de quarante lieues et renferme deux cent mille habitants. Vers le sommet de l’arc s’élève Venise, et çà et là de gros bourgs tels que Chloggiaet Mestre autrefois bien plus considérables; du côté dë la terre et de la mer quarante forts avantageusement situés, et dont les principaux sont ceux de Lido, de Malghera , de Brondolo etTreporti, protègent cette situation admirable pour la défense. Pepe depuis son arrivée avait augmenté les fortifications des points principaux, organisé en légions et discipliné autant qu’il était en lui les milices dont il pouvait disposer. Selon la volonté de son gouvernement ballotté sans cesse entre la crainte et l’espoir, il restait tantôt sur la défensive , et tantôt prenait l’offensive contre les corps autrichiens qui commençaient à pénétrer dans la lagune et à s’y fortifier. Là cependant le drapeau italien était encore debout.
Cette résistance , favorisée par la nature des lieux , suffit pour entretenir les espérances et ranimer les passions italiennes. La France et l'Angleterre avaient offert leur médiation dans cettè guerre de l’indépendance, et le gouvernement français répétait encore par la bouche du général Cavaignac que les traités de 1815 rie pouvaient servir de hases à la paix. A Turin , Charles-Albert retirait lentement scs vaisseaux de l’Adriatique ; il n’avait pas encore renoncé à tout espoir. S’il avait écouté le parlement piémontais, assemblée patriotique, mais qui ne se faisait pas une idée bien nette de la situation, il aurait repris la guerre. Mais l’effervescence s’était accumulée principalement dans les États romains et dans la Toscane, où s’étaient réfugiés tous ceux qui avaient dû quitter le champ de bataille de la Lombardie.
Là, les passions radicales, affranchies du frein des partis modérés, ne savaient plus ce que c’était que la prudence. On ne se proposait plus que Venise pour exemple; on ne pouvait rien faire, disait-on, avec les princes. Le roi de Naples était urt parjure qui ne voulait ni indépendance, ni liberté; il dispersait encore le 5 septembre l’assemblée peu docile , convoquée précédemment , le 5 juillet. Pour le roi Charles- Albert, il était au moins Un tiède ou un malhabile;