‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 315 sur 347 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

le pape Pie IX n’avait plus qu’une conscience timorée. Venise le montrait suffisamment , on ne réussissait qu’avec le» mains et sous le drapeau républicains. Il fallait faire une guerre de peuple, constituer l’Italie en une république unitaire ou fédérative, et se lever comme un seul homme contre l’Autriche. C’est ce que répétaient les clubs sur tous les tons, à Rome , à Bologne , à Florence , à Livourne , à Gènes môme. En attendant on faisait des collectes patriotiques pour prolonger la résistance de Venise.

Pie IX, le grand-duc de Toscane, Charles-Albert avaient grand’peine à résister à ces emportements de l’opinion aigrie par les revers, exaltée par des rêves. Le pape avec un ministère provisoire depuis la retraite de Mamiani voyait avec désespoir le gouvernement glisser de ses mains. Le grandduc de Toscane cédant aux accusations portées contre l'indolence du ministère Ridolfi, avait confié le ministère à Capponi qui n’était déjà guère mieux vu que son prédécesseur. Le roi de Sardaigne restait entouré des ministres qui l’avaient poussé à la guerre. Le 5 septembre l’insurrection de Livourne suscitée par Guerrazzi donna un élan nouveau au mouvement révolutionnaire. Le grand-duc remercia Capponi et chargea le professeur Montanelli de former un ministère. On pouvait tous les jours s’attendre à Rome à un mouvement semblable. Le pape se décida enfin à sortir par un moyen quelconque de ses tergiversations qui perdaient tout; il appela (le 15) au ministère le seul homme peutêtre qu’il eût parmi ses conseillers, l’ancien ambassadeur français, Rossi.

Celui-ci entreprenait une rude tâche dans un moment bien difficile; il venait essayer de faire triompher la raison au milieu du règne des passions. Réorganiser civilement les États romains, pratiquer loyalement la constitution, rétablir les finances, la police, telle était sa politique intérieure. Au dehors il ne reniait pas la cause de l’indépendance ; mais il ne pensait pas le moment venu d’y travailler encore. En tout cas, il ne croyait pas que les passions radicales, et les peuples y pussent suffire sans les souverains; il préparait seulement l’avenir, en ménageant une ligue des États ita-

RÉSOLUTION CONTF.M rOR.VJNE. C05

liens, en réorganisant l’armée, en s’efforçant do rallier les peuples et les princes. Pendant son court ministère, il donna des gages a cet avenir; il appela Zucchi à la tète de l’armée; il encouragea l’abbé Rosmini à rédiger pour l’Italie un projet de constitution fédérale qui devait investir une diète résidant à Rome , du pouvoir de régler les intérêts nationaux et généraux de la péninsule. C’était une avance faite à une idée féconde et qui sous différentes formes prenait possession déjà de l’Italie. En effet, le 8 octobre Montanelli appelé décidément au pouvoir en Toscane faisait entrer dans son programme, la formation d'une constituante italienne; et un peu plus tard Gioberti en Piémont convoquait un congrès à Turin, dans le but de faire prévaloir les mêmes idées d’union sinon de fusion complète.

Le gouvernement de Rossi n’était donc point en opposition avec les tendances de la péninsule. Mais son tempérament d’homme d’État n’allait point aux passions aventureuses, qui s’agitaient. 11 voulait marcher à son but avec mesure, par voie diplomatique; il entendait ménager la transition du passé à l’avenir. La papauté, il prétendait la maintenir dans toute son indépendance et sa dignité comme « la dernière grandeur vivante de l’Italie ; » il l’accommodait et la réconciliait seulement avec les nécessités et les conditions du temps présent. Pour l’Italie, il ne voulait point entendre parler d’unité, mais seulement d’union ; ce n’était point une constituante élective qu’il chargeait de fixer ses destinées, mais un congrès de plénipotentiaires; tous principes de prudence, que les passions n’étaient point disposées à écouter. Le plus malheureux surtout, fut que Rossi était particulièrement antipathique à toutes les classes, à tous les partis dans la péninsule. 11 eut beau tenir tète aux rétrogrades et aux radicaux, il n’eut pas même pour lui le parti modéré; les premiers criaient au proscrit de 1815, les seconds à l’ami de Metternich ; les libéraux n’osaient s’enrôler sous un chef aussi impopulaire.

Rossi poursuivit sa marche avec courage, n’opposant aux injures que le dédain. C’était, le 15 novembre, l’ouverture du parlement qu’il avait convoqué; il devait donner con-

Page 1