CHAPITRE XXf
tement. Le 8 décembre, une manifestation eut lieu pour demander la déchéance du pape et la formation d’un gouvernement provisoire. Les représentants nommèrent le prince Corsini , sénateur de Rome, Zucchini, sénateur de Bologne, et Camerata, gonfalonier d'ïfticône: puis ils investirent du pouvoir exécutif une junte provisoire qui devait exercer son mandat « dans les termes des statuts *> et cesser ses pouvoirs dès le retour de l’ie IX. C’était encore un moyen de sauvegarder les droits du pape ; la protestation de Pie IX et de son ministre Antonelli contre ce gouvernement, formé d’hommes cependant modérés , acheva d’exaspérer les Romains. Le nombre des exilés et des fugitifs de la Lombardie et du reste de l’Italie augmentait tous les jours à Rome. Un célèbre et audacieux partisan , Garibaldi , qui avait tenu quelque temps près du lac de Côme, après la défaite de Custozza , venait d’arriver à Rome. Le parti modéré était débordé ; il ne pouvait plus tenir entre le pape fugitif et les radicaux maitres du terrain. On demandait, de toute part, une constituante. Mamiani essaya encore de résister, et d’obtenir l’éloignement des agitateurs étrangers ; il fut impuissant et donna sa démission ainsi que Zucchini. Galletti, Sterbini, Armellini, vieillard septuagénaire, prirent le gouvernement le 20 décembre ; le 26 , le parlement convoqua les citoyens romains au. suffrage universel pour élire une constituante , et se déclara dissous.
Rome avait suivi jusque-là l’initiative de la Toscane ; elle la lui donna maintenant. En dépit de l’excommunication lancée d’avance par le pape contre les électeurs qui prendraient part à l’élection et contre les représentants élus, le ministère romain et la junte provisoire s’occupèrent d’organi • ser le suffrage universel. Florence ne voulut point rester en arrière ; Montanelli , qui s’était adjoint au ministère le républicain livournais Guerrazzi, annonça, le 8 janvier, la convocation d’une constituante toscane, et proposa une loi pour l'élection des députés qui devaient être envoyés à la constituante italienne. Dans les États romains , trois cent quarantetrois mille votes , sur une population de deux millions huit cent mille âmes, répondirent à l’appel du gouvernement
provisoire romain. Cent quarante-quatre députés, dont un seul , le général Ferrari, était en dehors des États romains, se réunirent le 6 février 1849 à Rome; et , après quinze heures de délibération , un premier décret , adopté le 9 par cent quarante-trois voix contre onze , prononça la déchéance temporelle du pape, avec garantie de son indépendance spirituelle , et proclama , comme forme du gouvernement romain, la république démocratique. Le même jour, en l’absence du grand-duc de Toscane, parti aussi l’avant-veiRe pour Saint-Étienne , un gouvernement provisoire s'installait à Florence. 11 proclama bientôt ( 1 8 ) aussi la république, prononça la dissolution du parlement et convoqua une constituante. Ainsi, deux républiques, produit d’une effervescence générale et d’une situation désespérée, étaient nées soudainement au centre de l’Italie, entre l’armée autrichienne et l’armée napolitaine. Deux triumvirats, à Rome Armellini, Salicetti, Montecchi ; à Florence, Guerrazzi, MontanellietMazzoni, furent chargés de les constituer et de les défendre. *
Nouvelle guerre : hntullle de Novnres prlwe de Itonte; chute de VenUe (ninrN-noftt 1H4V).
Dans le premier moment d’enthousiasme , tout parut facile. Le triumvirat romain réorganisa l’armée selon ses vues, réunit à l'État les biens ecclésiastiques en promettant de doter le culte , émit un papier-monnaie , et décréta sur les riches familles un emprunt forcé. Zucchi, ancien général du pape, s’enfuit impuissant à Gaëte. Dans la Toscane, Guerrazzi, avec le général Apice, marcha contre Laugier, entraîna ses troupes, qui fraternisèrent avec les siennes, et décida ainsi le grand-duc à s’enfuir auprès du pape à Gaëte. Les deux républiques, romaine et toscane, parlaient de s’unir fraternellement ; et Florence consentait à s’effacer devant Rome. A Parme , à Ferrare , à Brescia , à Milan , où les exactions et les vengeances autrichiennes pesaient déjà , à Gènes même, on commençait a remuer en faveur des républicains.
En réalité, rien n’était plus hasardeux que ce qui venait