CHAPITRE XXI
d’être tenté dans le centre de l’Italie. La question politique se trouvait compliquée d’une question religieuse. Les deux nouvelles républiques étaient fort mal vues des rois de Naples et de Sardaigne , celle de Rome surtout. Le pape Pie IX aurait voulu réunir ces deux souverains contre ceux qui l’avaient chassé, et il y aurait réussi sans la profonde inimitié de Ferdinand II contre Charles-Albert. Après avoir longtemps hésité , il se décida , le 1 8 février même , à demander en termes assez ambigus, par le cardinal Antonelli, les secours des quatre puissances catholiques de France, d’Autriche, d’Espagne et de Naples. On ne pouvait douter de l’empressement de l’Autriche à restaurer le pape dans ses États. La France ne pouvait guère elle-même rester inactive; tous les gouvernements qui s’y étaient succédé depuis le commencement de la révolution italienne avaient voulu intervenir; sa flotte était prête depuis longtemps; seulement le sens de son intervention était plus douteux. L’assemblée constituante républicaine, sort ^ de l’élection de 1848 , envisageait la question au point de vue politique, et ne prétendait pas faire la guerre, en Italie, aux principes qu’elle avait établis en France. Le gouvernement du nouveau président, Louis-Napoléon Bonaparte, tenait plus de compte des principes religieux ; il n’était pas fâché de faire quelque chose pour le souverain pontife et le parti catholique en France. Les apprêts de l’expédition se firent sans résolution bien arrêtée ; et elle devait partir sans que le ministère et l’assemblée se fussent bien clairement expliqués sur son but.
Charles-Albert , cœur vraiment italien , voyait avec peine les préparatifs de cette nouvelle intervention étrangère en Italie. Il eût voulu l’éviter, en rétablissant lui-même les souverains chassés. La jalousie du roi de Naples , l’opposition même de son parlement ne le lui avaient point permis. Loin de là, le parlement de Turin , rouvert depuis le 1" février, demandait impérieusement le renouvellement de la guerre contre l’Autriche ; Gènes même, en cas de refus, menaçait de proclamer la république. Entre l’invasion étrangère qui menaçait l’Italie, et la république qui menaçait son trûne.
Charles-Albert résolut de tenter encore une fois la fortune des armes dans la guerre d’indépendance.
Le 5 mars , la chambre des députés de Turin et la consulte des réfugiés lombards ayant formellement demandé la guerre , le roi reçut la démission de Gioberti , prit un nouveau ministère dans la majorité belliqueuse , avec Ratazzi pour président ; et, malgré les représentations de la France et de l’Angleterre , dénonça, le 12, l’armistice au maréchal Radetzki. 11 ne pouvait se dissimuler que les chances étaient très-défavorables pour le Piémont. 11 ne comptait point sur les deux nouvelles républiques , qui avaient assez de se constituer; moins encore sur le roi de Naples, qui dissolvait pour la troisième fois (le 12 même) le parlement pour la troisième Ibis rassemblé. Le Piémont était complètement seul , et l’armée ne marchait qu’avec répugnance à cette guerre toute « politique, » imposée au roi par le parlement. Le roi, triste et sombre, sentant qu’il ne faisait point la guerre en son propre nom, mais au nom de ceux qui le poussaient, obéit comme à une nécessité fatale , et pour sortir , par la victoire ou par la mort, d’une situation désespérée.
Il s’y prépara courageusement. On ne pouvait sérieusement compter dans la Lombardie , malgré les promesses et les efforts de la consulte lombarde , que sur le patriotisme de Bergame et de Brescia. Le général Chrzanowski, ayant sous ses ordres Ramorino et Cossator, concentra soixantecinq mille hommes sur le, Tessin , et donna ordre à La Alarmera de se porter sur Parme et Plaisance. Malheureusement le choix des officiers n’était pas irréprochable; il y avait encore dans l’armée un certain nombre de jeunes recrues peu exercées , et on avait beaucoup à regretter dans l’administration des subsistances et dans l’intendance. Radetzki ne mit en ligne que de vieilles troupes parfaitement disposées, bien pourvues, au nombre aussi de soixante mille ; il chargea Nugent, ïlaynau, Wimpfende contenir derrière lui la Lombardie.
Les hostilités commencèrent le 20. A dix heures du matin, le roi passa le premier le pont de Buffalora sur le Tessin; le même jour une émeute éclata à Brescia. L’intention de Chrzanowski était de rejeter les Autrichiens sur le Naviglio