CHAPITRE XXI
Grande , pour faire une pointe sur Milan ; Ramorino à l’aile droite, envoyé à Mortara, était chargé d’observer l’ennemi à Pavie et de donner la main à La Marmora. Mais Radetzki , pendant la nuit du 19 au 20 , avait replié ses troupes sur Pavie ; il jeta , de son côté , un pont sur le bas Tessin et fit passer deux brigades sur la rive droite, sans rencontrer aucune résistance de la part de Ramorino, qui resta inactif Cette faute grave perdit tout. Le 21, l’armée piémontaise repassa le Tessin , pour se porter au-devant des Autrichiens qui continuaient à déboucher de Pavie. Durando fut envoyé en avantgarde pour renforcer la position de Mortara ; Chrzanowski dirigea le reste sur Sforzesca et Vigevano pour le soutenir. Mais le retard des vivres arrêta plusieurs brigades. Les Piémontais soutinrent un brillant combat , le 21, à Sforzesca, sans pouvoir empêcher les Autrichiens d’achever leur mouvement, et Durando, presque isolé à Mortara, se laissa enlever ce village dans un combat de nuit , avec perte de deux mille hommes tués ou pris.
Il fallut songer à battre en retraite sous Novare , « pour y risquer le tout pour le tout. » Chrzanowski rangea les quarante-quatre mille hommes qui lui restaient sur une ligne profonde , d’environ trois mille mètres de longueur. L’ennemi parut le 23 mars au matin , et porta tous ses efforts sur les hauteurs de la Ricocca, pour tourner la gauche piémontaise. Le roi y resta au milieu d’une pluie de projectiles ; ses deux fils les ducs de Savoie et de Gènes , à îa tête de leurs brigades, chassèrent deux fois les ennemis delaBicocca. Mais au moment où Chrzanowski s’apprêtait à faire un mouvement sur la droite pour dégager la gauche, le village de la Ricocca fut pris et la route occupée. C’était la clef de la position; la gauche se débanda sur Novare, le centre et la droite commencèrent à reculer. Charles-Albert essaya de les ramener, sinon pour vaincre, au moins pour mourir ; « la mort même ne voulut pas de lui. » Le soir, à huit heures, le malheureux roi rassembla les princes, les généraux , son conseil. « Messieurs, dit il, je me suis sacrifié à la cause italienne; pour elle j’ai exposé ma vie, celle de mes enfants, mon trône; je n’ai pu réussir. Je comprends que ma personne pourrait
RÉVOLUTION CONTEMTOHAINE. Gl 3
être aujourd’hui le seul obstacle à une paix désormais nécessaire. Je ne pourrais pas la signer. Puisque je n’ai pu trouver la mort , j’accomplirai un dernier sacrifice à mon pays ; je dépose la couronne et j’abdique en faveur de mon fds, le duc de Savoie. » Il partit, le soir même, sans dire où il allait ; et Charles-Emmanuel II fut chargé de négocier la paix. Il commença douloureusement son règne, en signant un armistice , et en envoyant un de ses généraux pour soumettre Gènes qui, plutôt que d’accepter la paix, voulait proclamer la république.
La défaite de Novare entraîna la chute de Brescia. Depuis trois jours maîtres de la ville et bien barricadés dans les rues , les Brescians ne pouvaient croire aux mauvaises nouvelles venues duTessin. Ils firent pendant deux jours consécutifs (27 et 28) de vigoureuses sorties contre Nugent qui voulait s’établir pour commencer le bombardement ; Nugent lui-même périt dans l’une d’elles. La nouvelle de la conclusion de l’armistice , arrivée le 29, trouva encore des incrédules et exalta le patriotisme des autres jusqu’au délire ; on jura de s’ensevelir sous les ruines de la ville. Haynau arriva le 31, et menaça vainement la ville du sac, du pillage et d’une ruine complète. Après un combat acharné, il ne resta maître le soir que de deux portes et de quelques maisons en ruine. Le lendemain, 1er avril, le combat recommença avec une égale fureur; la municipalité traita au milieu du jour; mais un certain nombre de malheureux refusèrent d’abandonner les barricades et se firent tous tuer au milieu d’horribles scènes de massacre et d’incendie. La prise dé la ville avait coûté aux Autrichiens un général, trois colonels, • trente-huit officiers et quinze cents hommes; trois cents maisons étaient détruites. Haynau se fit livrer encore près de cent des chefs de l’insurrection qui furent décapités sans pitié, et mit sur la province un impôt de six millions.
Les illusions de la démocratie romaine ne furent point ébranlées par les revers successifs de la cause de l’indépendance. La Marmora, après avoir débouché sur Gènes avec sa division par les vallées de Polcevera et de Bisagno, emporta le 5 avril le faubourg Saint-Pierre-d’Arena, et le palah Tursi-