‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 33 sur 347 · CHAPITRE lll · texte numérisé non relu

CHAPITRE lll

mille Àlamans conduits par deux Francs, Leuthar et Buocelin, que les Gotlis avaient appelés, descendirent encore une fois des Alpes (554).

Narsès concentra ses troupes sur différents points fortifiés et laissa passer le torrent qui se répandit en faisant des ruines jusqu’aux extrémités de l’Italie. Aligern lui-même fut tellement effrayé à la vue de ces barbares , qu’il traita avec le général de l’empire d’Orient. Heureusement cette invasion se consuma elle-même. Arrivés en Campanie dans la saison des vendanges, les Francs et les Àlamans se livrèrent à de tels excès d’intempérance, que la dyssenterie les fit périr par milliers. Leuthar se détacha alors avec les siens du corps de Buccelin pour aller mettre ses richesses en sûreté au delà des Alpes et mourut sur les bords du lac Benacus. Narsès eut bon marché du reste sur les bords du Vulturne. 11 disposa son armée en un vaste demi-cercle , étendant sa cavalerie, ses archers et ses frondeurs sur les deux ailes. Les Germains, qui n’avaient pas de cavalerie, s’avancèrent en formant le coin, enfoncèrent le centre des Grecs , mais furent enveloppés de tous côtés par la cavalerie ennemie. Leur petite hache ou framée et leur redoutable angon leur furent de peu de secours, contre les flèches et les pierres qui les frappaient de loin. Les Ilérules de Narsès décidèrent la victoire en faisant une charge à fond dans cette masse en désordre. Les historiens grecs assurent que de toute cette invasion , cinq Germains à peine repassèrent les Alpes.

Gouvernement et diagrdcc de Narsès (5SI-SJS).

Narsès n’eut plus qu’à recueillir les fruits de ses victoires ; les Goths qui défendaient Lucques furent obligés de se rendre; ceux de Compsa, sous prétexte de pourparlers, essayèrent de tuer Narsès en trahison. La ville fut prise et sept mille Goths envoyés comme mercenaires à Constantinople. Le vainqueur entra enfin triomphant dans Rome; l’Italie devint une province de l’empire d’Orient, et fut gouvernée par celui qui l’avait reconquise sous le titre d’exarque ou de patrice (554).

Ce dont elle avait grand besoin maintenant, c’était d’un bon gouvernement; vingt années de guerres, pendant lesquelles les Goths, les Grecs et les Francs s’ctaient disputé la péninsule avec acharnement, l’avaient mise plus bas encore que ne l’avait trouvée Théodoric. La ville de Milan seule avait perdu trois cent mille habitants, et dans le Picénum cinquante mille étaient morts de faim. Les Goths, qui s’étaient établis avec leurs richesses, leurs femmes et leurs enfants dans la Péninsule, l’avaient d’abord repeuplée, puis traitée , conservée comme leur propriété. Les Grecs , venus seulement pour soumettre, avaient enlevé tout ce qu’ils pouvaient emporter de richesses, et en détruisant les Goths ne les avaient pas remplacés. Les généraux , Bélisaire lui-même, par condescendance pour sa femme Antonina, avaient donné l’exemple de la plus odieuse rapacité. Les barbares francs et alamans avaient fait pis encore.

Narsès, pendant quinze ans qu’il remplit les fonctions d’exarque, répara quelques-uns de ces maux. D’abord il mit l’Italie à couvert de toute tentative nouvelle et lui assura la paix. Il acheva la soumission des Goths en leur enlevant Brescia et Vérone qu’ils possédaient encore. Le domaine de Théodoric, les possessions des Goths retournèrent au fisc, sauf quelques terres laissées à ceux qui avaient fait une prompte soumission. Deux chefs de bande, Sindwald, roi des Hérules établis depuis le temps de Théodoric dans les Alpes occidentales, et un comte goth qui s’était associé à des aventuriers francs, apprirent à respecter l’autorité de l’exarque. Les troupes astreintes à une discipline assez rigoureuse, les fortifications de Milan et celles de plusieurs autres villes relevées, ajoutèrent encore à la sécurité de la Péninsule. Le nouveau gouvernement fut presque entièrement militaire. L’exarque eut la principale autorité ; le préfet du prétoire lui fut soumis. Un duc ou chef militaire garantit dans chaque ville la défense du territoire, sans réunir cependant, comme les comtes goths, la puissance judiciaire.

Une pragmatique sanction , promulguée par Justinien, appliqua à la péninsule les lois qui avaient été précédemment rédigées par de célèbres jurisconsultes pour l’empire grec.

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