‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 321 sur 347 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

not ayant eu un certain nombre de blessés et de prisonniers, se retira à une journée de marche de la ville, il fallait un siège en règle.

La nouvelle de l’attaque de Rome fut différemment accueillie en France, selon les passions et le point de vue des pouvoirs constitués. L’assemblée, fidèle à ses principes, invita le gouvernement « à prendre sans délai les mesures nécessaires pour que l’expédition d’Italie ne fût pas plus longtemps détournée du but qui lui avait été assigné. » Le président de la république, plps particulièrement préoccupé de sauvegarder l’honneur des armes françaises , ne cacha point son désir de venger l’affront qu’elles avaient essuyé. M. de Lesseps, envoyé extraordinaire, arrivé bientôt à Rome, fit provisoirement suspendre les hostilités, et tenta d’obtenir par des négociations l’occupation pacifique du territoire romain à titre de protection. Le triumvirat romain tout en continuant à l’intérieur son œuvre contre les institutions ecclésiastiques, employa tout pour se faire bien venir de l’armée française; il renvoya ses prisonniers , offrit des présents aux officiers et aux soldats français.

Mais pendant cet armistice entre la France et les Romains, les autres gouvernements italiens poursuivirent leurs progrès. Le 18 mai, les Autrichiens rétablirent le duc Charles 111, à Parme. Le maréchal d’Àspre, sur l’invitation du grandduc de Toscane, Léopold 11 , occupa Pise et Lucques. La municipalité florentine qui avait elle-même rétabli le gouvernement du grand-duc fit en vain des représentations ; le commandant autrichien arriva le 11 devant Livourne, occupée par les républicains , pointa ses canons contre les murailles à sept heures du matin, entra par la brèche, et resta maître de la ville à midi , après quelques excès. Florence elle-même fut obligée d’ouvrir scs portes ; c’était la volonté du grand-duc qui ne voulait plus même entendre parler de la constitution. Les Autrichiens y entrèrent le 25 et y désarmèrent, comme partout, la garde civique. Dans la Sicile, le général Filangieri continua son mouvement, emporta Catane et se dirigea sur Palerme. Le Polonais Mieroslawski, audacieux soldat et ardent tribun, fit merveille avec

n E VO L UT ION CONTEMPORAINE.

une petite armée composée plutôt de volontaires étrangers que de Siciliens; mais l’armée napolitaine arriva néanmoins bientôt devant Païenne, disposée à la traiter comme Messine. Grâce aux amiraux français et anglais la capitale obtint, le 15 mai, capitulation, et une amnistie dont furent exceptées cependant cinquante-trois personnes.

Dans les États romains les Autrichiens et les Napolitains n’avaient pas non plus déposé les armes. L’Autrichien Wimpfen était arrivé devant Bologne depuis le 8 mai; le général Bellini et le professeur Alessandrini défendirent la place avec quelques bataillons de troupes régulières et la jeunesse de la ville, et tirent même quelques sorties heureuses par les portes Galluzza et Castiglione. Mais le 12, un corps de volontaires , parti de Rome, sous la conduite de Montarini , fut vigoureusement repoussé, un bombardement sérieux commença le 14, et la municipalité capitula le 16. Le triumvirat romain ne trouva de consolation à la perte de Bologne • que dans l’affaire qui eut lieu à Velletri entré les Napolitains et la légion Garibaldi , et dont chaque parti s’attribua le succès. Rome était néanmoins découverte et menacée par quatre armées. Le 25 mai les Autrichiens étaient déjà devant Aneône; le 26, les Espagnols, commandés par Fernando de Cordoba, débarquaient à Gaëte et recevaient. la bénédiction du pontife; enfin les Français occupaient le Monte Mario, en face de Porta Angelica.

Mais la France, dont l’armée s’était depuis peu montée à plus de vingt-cinq mille hommes, se réservait en tout cas l’entrée dans Rome. Les trois autres puissances catholiques en étaient prévenues, le moment décisif approchait; la France, quelles que fussent ses sympathies , ne pouvait rester simple spectatrice de l’événement. Le 29 mai , l’envoyé extraordinaire , Lesseps , était parvenu à obtenir du triumvirat romain une convention par laquelle « l’appui de la France était assuré aux populations romaines, et l’occupation du territoire consentie. » Mais le général Oudinot refusa la convention , exigea que le gouvernement romain k réclamât la protection des armes françaises , » et en cas de refus, annonça la reprise des hostilités « contre la place »

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pour le 4 juin. 11 y avait maintenant accord dans les pouvoirs en France; la nouvelle assemblée législative qui venait de prendre la place de la constituante , voulait avec Louis-Napoléon Bonaparte, l’entrée dans Rome. Le siège recommença.

Déjà le 3, dès le matin, en dehors de la ville, le général Sauvan s’empara de Ponte Mole , au sud de Rome , pour s’assurer le passage sur la rive gauche , et le général Mollière emporta les villas Corsini et Panfili sur les Romains qui se plaignirent d’avoir été surpris. Le lendemain, l’armée française entama les parallèles devant le mur qui court sur le Janicule. Le général Oudinot en eût bien plus tôt fini avec la résistance s’il avait dirigé son attaque sur le Vatican ; mais il ne voulait point causer de dommages dans le quartier qui renferme tant de merveilles. Les travaux très-habilement dirigés par le général Levai liant, furent achevés le 12, et le bombardement commença, mais dirigé principalement sur les fortifications. Pendant les quinze jours que dura la lutte, on peut dire que l’attaque fut conduite avec autant de précautions et de ménagements que la résistance fut courageuse. La France voulait témoigner de son respect pour la ville éternelle; et les défenseurs de Rome sentafent que c’était alors pour la dernière citadelle de la révolution partout vaincue qu’ils combattaient. On put compter les projectiles qui s’égarèrent par malheur sur quelques monuments. L’assemblée romaine resta en permanence. Le triumvirat multiplia les mesures d’enthousiasme, et les Romains les actes de courage contre la science stratégique et la valeur de l’armée française. Le 21, trois brèches furent ouvertes ; les Français et les Romains se rencontrèrent en face. Enfin le 29 , un combat décisif eut lieu. C’était le jour de Saint- Pierre : l’action dura jusqu’à la nuit. Le gouvernement romain fit allumer,' comme à l’ordinaire, celte magnifique girandole de lumière qui n’éclaire habituellement qu’une fête. Elle illumina celte fois une défaite. Les Romains, après une longue- résistance, cédèrent à la valeur française deux bastions et la partie du Janicule enfermée dans la ville, pour se retirer sur Montorio derrière de nouvelles fortifications. Du

ittoire cl Italie.

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