‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 323 sur 347 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

canons étaient hors de service; aucune troupe au monde n’aurait prolongé plus longtemps la résistance. » Des deux plus vaillants défenseurs de la lagune, Ulioa et Rosaroll, le dernier fut emporté d’un boulet de canon au fort Brondolo le 28 juin. Après la chute de Rome, l’Italie devait perdre tout espoir. Venise résista encore. Le 7 juillet, Pepe fit chasser l’ennemi d’un pont de la Brenta, et quelques jours après ordonna une sortie hors de Brondolo pour ramasser des vivres. Mais le nombre des soldats réguliers et des volontaires italiens diminuait chaque jour; on était obligé de mobiliser la garde civique. Sur la fin de juillet, les tranchées furent poussées tout près de la ville, et les boulets commencèrent à atteindre la place Saint-Marc ; on abandonna la partie de la ville la plus exposée. Mais bientôt le choléra se déclara dans les quartiers où la population s’était entassée , et le 8 août l’assemblée fit savoir à Pepe qu’il n’y avait plus de pain et de poudre que pour quinze jours. Celui-ci prolongea encore la défense jusqu’à ce qu’on obtint une capitulation honorable. Le 25 enfin , après avoir assuré le départ des débris des milices, il s’embarqua lui-même avec le gouvernement révolutionnaire et l’état-major, et le 28 août Venise après avoir agi comme aux jours de sa puissance et de sa gloire, vit de nouveau le drapeau autrichien flotter sur la place Saint-Marc.

Rétablissement des anciens gomernemcnt»; état actuel (lSSO-*8**).

Après de profondes agitations, les souverains et les gouvernements restaurés avaient à rétablir la tranquillité, et à conjurer autânt que possible les périls de l’avenir, en faisant la part des nécessités légitimes et des exagérations inséparables des temps de révolution. La première partie de cette tâche a presque seule été essayée jusqu’ici (mars 1852), si ce n’est dans le royaume de Sardaigne où la seconde aussi a été honorablement tentée. D’accord sur la nécessité présente de l’ordre, les deux puissances étrangères dont l’influence a le plus de poids en Italie, l’Autriche et la France n’avaient point les mêmes vues sur les conditions d’avenir de la péninsule;

rien n’a donc pu être commencé à ce sujet qui importe cependant à la tranquillité de l’Europe entière, aussi bien qu’à la prospérité et au bonheur de l’Italie.

Le vainqueur de l’Italie septentrionale a fait peser sur le Lombard-Vénitien reconquis les rigueurs de l’état de siège, poussé quelquefois jusqu’à de regrettables vengeances. Le gouvernement de Vienne en prenant soin avant tout de sa * domination, continue comme auparavant à tenir la main à la satisfaction des besoins matériels les plus pressants, mais à la condition d’avoir sa forte part de la prospérité qu’il permet. 11 continue la voie de fer qui doit relier toute la vallée du Pô; mais il a fait payer cher à la Lombardie les frais de la soumission. Après avoir répudié pour la monarchie entière, toute constitution représentative, il n’a pas même encore accordé de garanties locales à ses provinces italiennes. S’il eût pu y faire dominer la langue allemande dans l'instruction publique, pour prouver sa volonté de ne pas reculer dans la péninsule, il l’eût fait; il en a au moins largement prescrit tout dernièrement encore l’enseignement. La présence récente du jeune empereur François-Joseph pendant un voyage n’a pas réconcilié les vainqueurs et les vaincus. Le maître est plein de défiance et les sujets pleins de tristesse. Sous prétexte de joséphisme, quelques lois civiles du xvmc siècle même sont menacées. Les petits ducs de Parme et de Modène , Charles III et François Y restaurés par l’Autriche, sont comme avant 1848 ses véritables préfets gardés par ses soldats.

Parmi les princes indépendants de la péninsule, le roi des Deux-Siciles Ferdinand 11 et le grand-duc Léopold ont agi conformément aux désirs et à l’influence de l’Autriche. Le saint-siège est resté partagé entre les conseils venus de Vienne et ceux venus de France, penchant d’abord visiblement vers les premiers, inclinant faiblement aujourd’hui à prêter l’oreille aux seconds. Le jeune roi de Sardaigne Charles-Emmanuel II entouré d’hommes de modération et de fermeté, est entré courageusement dans des voies sagement libérales, et se rattache franchement à l’influence française.

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