CHAPITRE XXI
Après avoir repris à la pointe de l’épée sur les constitutionnels et les radicaux ses trois capitales, Naples, Messine et Païenne , après avoir dissous coup sur coup trois assemblées parlementaires , Ferdinand 11 ne veut plus entendre, parler de constitution. Celle qu’il avait consentie a été déclarée par lui et demeure indéfiniment suspendue. L'indifférence des masses dans les campagnes est d’accord en cela avec la volonté du souverain. Les classes élevées ou bourgeoises, ont seules encore des regrets; mais cela suffit pour que la tranquillité ne soit point complète. Les commissions ajoutent de temps en temps de nouveaux coupables aux nombreuses condamnations qui ont suivi les tristes événements du royaume, et n’épargnent point les hommes de l’éducation la plus distinguée. Le souverain commue fréquemment les condamnations à mort ; mais les galères, les prisons sont pleines ; l’humanité a quelque chose à redire aux traitements qu’y subissent de trop nombreux malheureux. La Sicile particulièrement est soumise à un régime militaire exceptionnel. Le gouvernement a repris son allure régulière, ses finances sont en assez bon état ; mais depuis deux années de paix, aucun remède efficace n’a été apporté des deux côtés du Phare , en Sicile surtout , aux défauts sinon de l’administration , au moins des administrateurs ; aucune amélioration notable n’a été tentée dans l’instruction primaire , dans l’agriculture , dans les voies de communication. Les trois voies de fer partant de Naples dans trois directions ont été continuées en deçà du Phare; mais en Sicile, rien. Le général Filangieri , investi du gouvernement militaire et plein de bonne volonté , voudrait y ouvrir des voies nouvelles pour relever le commerce, fonder des écoles. Tous ses efforts échouent à Païenne et à Naples. Tout ce qu'on avait à regretter avant 1848 , on le regrette encore. Le roi Ferdinand II ne veut plus être roi constitutionnel; il a reçu du pape pour son hospitalité de Gaëte le titre de Rcx piissimus ; ne pourrait-il point être encore roi réformateur?
Le grand-duc Léopold 11 a aussi par un décret du 21 septembre 1850, suspendu indéfiniment l’exercice de la constitution du 15 février 1848. Incapable de se maintenir avec
scs propres troupes en Toscane, il a passé quelques mois auparavant (22 avril) avec l’Autriche une convention par laquelle celle-ci entretient un corps d’occupation de douze mille hommes dans ses principales places. Léopold s’est ainsi réduit à peu près à l’état de dépendance où sont depuis longtemps les ducs de Parme et de Modène. Les Autrichiens sont maîtres chez lui. 11 n’y peut faire respecter par eux les étrangers. Si l’Angleterre lui demande réparation pour une injure faite à un citoyen anglais, il s’abrite derrière l’empereur d’Autriche, et mérite qu’on lui demande si son État compte encore sur la carte d'Europe. Le cabinet de Vienne vise encore plus loin. 11 a obtenu du grand-duc (5 novembre) un traité de poste. H voudrait unir Trieste et Venise à la Méditerranée par un chemin de fer aboutissant à Livourne. Il songe à conclure avec la Toscane une union douanière. Le gouvernement oppose à ces tentatives d’absorption politique peu de résistance; obéré par les désordres des événements précédents , par la solde des troupes autrichiennes, il ne peut même que faiblement travailler à des améliorations intérieures aussi nécessaires qu’en Sicile.
Il y a cependant en Toscane de louables efforts. Les voies de 1er se continuent de Florence sur Pisc, Lucques et Sienne. L’instruction publique y fait quelques progrès. Il est question d’établir six grands lycées à Florence, Lucques, Sienne, Pise, Pistoie, Livourne; une école secondaire par ville de quatre mille âmes , et une école primaire par commune.
La politique est davantage sous l’inlluence autrichienne. La constitution représentative n’est que suspendue. On voudrait en obtenir l’abolition du grand-duc. Quelques velléités rétrogrades menacent même les lois les plus respectées, les fameuses lois léopoldines. L’œuvre de Léopold 1er serait détruite par Léopold II. Il est probable que le grand-duc fera une cote mal taillée. Il sacrifiera le dernier vestige des événements de 1848, et conservera intact l’héritage libéral de son aïeul. Baldasseroni l’emportera sur Boccella.
Rome est le point où la politique autrichienne et la poli tique française se trouvaient surtout aux prises. Le gouverne-