‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 325 sur 347 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

ment français ne prétendait pas avoir envoyé une armée à Rome pour rétablir dans son intégrité le gouvernement clérical et surtout les abus ou les négligences de l’ancienne administration. La cour de Gaëte de son côté, soutenue par le cabinet autrichien , ne voulait point payer par trop de sacrifices les secours de la France dont elle aurait même désiré se passer si elle l’avait pu. Les cardinaux délia Genga, Vanicelli et Altieri institués comme commissaires le 1er août 1849, dévoilèrent assez maladroitement dès les premiers jours les mauvais vouloirs et les méfiances de la cour de Gaëte. Rentrés à Rome grâce à la France , ils se contentèrent dans leur manifeste de remercier le « bras invincible et glorieux des armées catholiques. » Non contents d’annuler tous les actes du gouvernement républicain, ils commencèrent à rétablir tout le vieux système administratif et judiciaire, que Pie IX lui-même avait d’abord voulu réformer; ils instituèrent une sorte d’inquisition contre tous les employés de l’État, et exercèrent des représailles fort étendues contre tous ceux qui avaient pris part aux mouvements constitutionnels ou républicains. Les représentations des autorités militaires françaises n’y firent rien. Le président de la république se crut obligé d’adresser un assez sévère avertissement aux conseillers imprudents du saint-siège. « J’apprends, écrivit-il à un de ses aides de camp (M. Edgar Nev), que les intentions bienveillantes du saint-père comme notre propre action restent stériles en présence de passions et d’influences hostiles. On voudrait donner comme base à la rentrée du pape, la proscription et la tyrannie ; dites de ma part au général Rostolan qu’il ne doit pas permettre qu’à l’ombre du drapeau tricolore on commette un acte qui puisse dénaturer le caractère de notre intervention. Je résume ainsi le pouvoir temporel du pape : amnistie générale, sécularisation de l’administration , code Napoléon et gouvernement libéral. »

La cour de Gaëte parut d’abord vouloir regarder comme non avenue cette lettre écrite tout à fait en dehors des voies diplomatiques. Cependant un motu proprio du 19 septembre accorda une amnistie à tous ceux qui n’avaient point parti-

cipé comme députés ou chefs militaires à l’établissement de la république, et promit une réorganisation administrative et judiciaire. Ce n’était pas encore tout ce qu’avait demandé Louis-Napoléon Bonaparte, ni tout ce que désirait le gouvernement français. L’accomplissement même de ces promesses se fit longtemps attendre. Ces résistances mal déguisées de l’esprit clérical contre un protecteur plein de ménagements mais français , la désaffection profonde ou l’indifférence des populations romaines, la difficulté d’une réorganisation sérieuse du gouvernement au milieu de pareilles circonstances, retarda aussi longtemps la rentrée du pape à Rome. Tout était tranquille dans les États romains au commencement de 1850. Les Espagnols, les Napolitains s’étaient retirés. La France songeait à réduire son corps d’armée à une seule division dans Rome ainsi’que l’Autriche dans les légations. C’était là l’ordre mais non un gouvernement.

Le pape ne fit sa rentrée à Rome que le 4 avril 1850, escorté par le général français Baraguay-d’Hilliers et le prince Altieri, commandant de la garde noble. La conduite de Pie IX rentré à Rome fut plus prudente, plus dégagée des influences qui l’avaient de nouveau emporté sur lui à Gaëte et à Portici ; il remercia cette fois en termes explicites « la nation française et l’illustre président de la république qui s’étaient fait une gloire de le ramener dans les murs de Rome. » Le 10 septembre 1850 enfin, le cardinal Antonelli organisa par deux édits les départements ministériels, établit un conseil d’État et dans les deux mois suivants promit une consulte des finances, et réorganisa l’administration des provinces et celle des communes.

Le plus important des ministres du saint-père , selon la nouvelle organisation, est le ministre secrétaire d’État, président du conseil , chargé à la fois des rapports avec l’étranger, de la signature et de la promulgation des lois à l’intérieur. Ce ministre ne peut être qu’un cardinal. Le conseil d’État , composé de neuf membres ordinaires et de six extraordinaires , nommés par le pape , et présidé par le cardinal secrétaire d’État , n’émet que de simples opinions et quand

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