CHAPITRE XXI
il est consulté. La consulte des finances, nommée aussi directement par le pape ou sur une liste de candidats formée par les conseils provinciaux, n’a pouvoir que de reviser, de donner des avis, et peut être dissoute. Les États romains sont divisés en quatre légations : Bologne, Ancône , Pérouse et Bénévent; Rome et les environs restant sous un régime spécial. Les communes sont administrées par une magistrature désignée par le pouvoir, et par des conseillers municipaux élus par certaines catégories d’électeurs. Ce sont , on le voit , de bien faibles concessions auprès de ce que Pie IX avait paru vouloir faire au commencement de son pontificat. La consulte des finances n’a pas encore réellement fonctionné , et l’état financier laisse encore grandement à désirer. Le saint-siège trouve difficilement à efi’ectuer un emprunt; les juridictions mixtes et les juridictions ecclésiastiques, ainsi que maintes formes surannées de procédure, continuent à subsister. Les améliorations projetées dans l’instruction , le commerce, les voies de communication, sont peut-être pour longtemps encore suspendues. Des capitaux ont cherché à s’engager dans des projets de chemin de fer romain; ils se sont promptement retirés. La nouvelle organisation communale a même fait rétrograder les municipalités romaines aji delà de 1816. Somme toute, le gouvernement temporel ne se soutient que par l’appui des troupes étrangères, qu’il supporte avec peine, et il cherche à se former une force armée suffisante poilî le protéger. 11 en rassemble, dit-on , les éléments au dehors pour pouvoir remercier bientôt les puissances catholiques qui l’ont restauré. Libre alors, il promet aux États romains des bienfaits qu’il a mis en réserve pour * en disposer en toute indépendance. 11 est peu probable cependant que la France et l’Autriche retirent entièrement leurs soldats. Peut-être par défiance l’une de l’autre, peutêtre dans l'intérêt du pouvoir temporel , elles garderont un pied , l’une à Civita Vecchia, l’autre à Ancône.
Le Piémont avait aussi bien des plaies à fermer, bien des institutions à raffermir, après la révolution et la guerre. Tandis que Ramorino était mis en jugement et exécuté pour sa conduite à Novüre , le 22 juillet, Charles-Albert mourait à
Oporto en Portugal , le 28 , en repoussant avec colère une adresse du parlement qu’il accusait de sa perte. Le G août suivant , le jeune roi signa la paix avec l’Autriche à de dures conditions. La démarcation des frontières était conservée ; mais le roi de Sardaigne s’engageait à renoncer à tout titre sur le Lombard-Vénitien et à payer une indemnité de guerre de soixante-quinze millions de francs. L’Autriche se serait montrée plus accommodante sur l’indemnité, si elle avait pu obtenir du Piémont d’autres sacrifices sur les institutions libérales qu’il possédait depuis peu; mais Charles-Emmanuel refusa de transiger sur ce point. 11 jura de nouveau, au mois de décembre de l’année 1819, le slalulo fondamentale donné par Charles-Albert , et inaugura avec résolution et prudence le régime libéral, en s’entourant de ministres éclairés et fermes, dont MM. d’Azeglio, Cavaur et La Marmora ont^té jusqu’ici les plus distingués.
La constitution sarde est à peu près celle qui avait été donnée à la France en 1830. Le sénat nommé à vie répond à l’ancienne chambre des pairs française ; il représente l’élément conservateur. Les députés de la seconde chambre sont élus par les citoyens qui possèdent un certain capital ou qui . payent un certain cens. Cette chambre vote- sérieusement l’impôt. L’égalité de tous les citoyens devant la loi et l’impôt, leur admissibilité à tous les emplois, la liberté individuelle, l’inviolabilité du domicile, la liberté de la presse sauf l’abus, sont garanties. La religion catholique est déclarée religion de l’État , mais la tolérance proclamée.
La mise en pratique de ce régime a été jusqu’à présent assez heureuse. La chambre des députés élue en 1849 n’avait pas voulu ratifier le traité du 6 août; celle qui s’est réunie en 1850 a, sur la proposition du comte César Balbo , accompli ce sacrifice nécessaire par un vote silencieux ; elle a également assez heureusement réglé la situation financière. Le déficit pour l’année 1850 , malgré la guerre et l’indemnité «à payer à l’Autriche , peut s’évaluer seulement à vingt-six millions. La dette totale du royaume de -Sardaigne n’absorbe guère plus du sixième de ses revenus actuels , qui présentent un total approximatif de quatre-vingt-dix millions. Plu-