‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 34 sur 347 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Cette pragmatique sanction assura aux villes une certaine vie municipale, quoique sous la dépendance militaire. Le collège des curiales continua à y dominer sous le nom de collège consulaire. Les dativi remplacèrent dans leurs fonctions les duumvirs et les quatuorvirs , à cette différence près qu’ils furent nommés par le gouvernement; et l’ancien curateur devint le père de la cité, paier civitatis. Au-dessous de ces vieux débris de la municipalité romaine , naquirent des corporations ( scliolx ) de gens de commerce et de métiers, sur le modèle des corporations ou compagnonnage militaire ( scholæ militiæ). Les évêques auxquels Justinien accorda un nouveau droit de surveillance sur la conduite des magistrats et sur les affaires de la commune, étendirent leur autorité dans le domaine temporel. C’étaient là de nouveaux éléments de civilisation, qui devaient avoir une grande influence sur l’avenir des villes italiennes !

Narsès jouit d’une autorité presque sans contrôle pendant tout le règne de Justinien. Assuré de l’appui du clergé et des catholiques dont il rebâtit les églises, il arrêta un schisme en se prononçant pour Honorât , et lit condamner quelques évêques , entre autres le patriarche d’Aquilée, qui ne voulaient pas reconnaître la doctrine des trois chapitres , adoptée par le pape Pélage. Au dehors, sa réputation d’habileté, ses liaisons avec les barbares le firent respecter des nations voisines, que la péninsule, malgré ses ruines, tentait encore. Comme province de l’empire grec, l’Italie, quoique déchue, semblait pouvoir jouir au moins de la paix, si la cour de Constantinople eût été capable de lui accorder une protection efficace et durable.

Malheureusement, à la mort de Justinien (565) les difficultés commencèrent. L’impératrice Sophie, femme de Justin II, était l’ennemie particulière de l’exarque. Quelques mécontents déclarèrent qu’ils avaient été plus heureux dans la servitude des Goths que sous le despotisme de l’eunuque grec. Narsès fut disgracié, et un nouvel exarque, Longin, envoyé à sa place. On assure que l’impératrice ajouta à la lettre de destitution envoyée à Narsès une insulte qui arracha à celui-ci quelques menaces. Longin, en

transférant sa résidence à Ravenne, et en annonçant dans l’administration civile et judiciaire quelques réformes assez mal vues, fit bientôt repentir les Romains. Le pape Jean III alla exprimer a Narsès, à Naples, les regrets des Italiens, et de là partit pour Constantinople afin de revendiquer les privilèges de Rome méconnus par Longin. Narsès eut au moins la consolation de revenir loger au Capitole et d’y mourir; mais avec le regret de laisser après lui un exarque incapable, les troupes mécontentes, et les Italiens divisés. Fâcheuses circonstances , au moment où la péninsule était menacée d’une invasion plus redoutable encore que celles qu’elle avait déjà subies.

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