‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 35 sur 347 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

LES LOMBARDS ; L'EXARCHAT DE RAVENNE; ORI- GINE DU TOUVOIR TEMPOREL DES PAPES (St»8- 730) *.

LES LOMBARDS ET LEUR ROI ALBOIN. — LA CONQUÊTE ; RÈGNE D’aLROIN F.T DE KLEPH (568-516). — LES TRENTE-SIX DUCHÉS LOMBARDS (575-584). — règne d’autharis (584-591); théodelinde. — règne d’agilulf; l’exarchat ; SAINT GRÉGOIRE; LES LOMBARDS CONVERTIS A L’ORTHODOXIE (591 - G20). — TROUBLES DANS LE ROYAUME LOMBARD ET DANS L’EXARCHAT (G20-G3G). — RÈGNE DE ROTHARIS ; CONSTITUTION ET LÉGISLATION DES LOMBARDS; LA ROYAUTÉ; LES DUCS; LES GASINDES (63G-G52). — LES HOMMES LIBRES; LE MUNDllM; LES ALD1ES ; LES ESCLAVES. — RODOALD (G52) ; LA DYNASTIE BAVAROISE : ARIPERT I (653); USURPATION DE GRI- MOALD (662) ; PERTHARIT (671). — L’EXARCHAT A L’ÉGARD DE L’EMPIRE; LE PREMIER DOGE A VENISE (697); KUNIPERT (686), ARIPERT II (70 1). — L’EMPEREUR LÉON L’iSAURlEN; ORIGINE DU POUVOIR TEMPOREL DU SAINT- SIÈGE; LE ROI LUITPBAND (712); LE PAPE GRÉGOIRE II (715). — LES PAPES GRÉGOIRE 111 (731) ET ZACHARIE (74 1 ) ; 1.E ROI RATCHIS (744).

TLem Lombard* et leur roi Alboiu.

Le peuple des Lombards ou Langobards , qui se présentait en 568 aux défilés des Alpes orientales, n’avait point été

I. Voy. Léo, Histoire d’Italie, t" vol.; Paul Diacre, l’historien national des Lombards, et Anaslase, le bibliothécaire.

r.G CHAPITRE IV.

adouci comme les Ostrogoths au contact de la civilisation romaine. Les barbares qui suivaient Alboin à la conquête et au pillage de l’Italie, n’étaient pas très-différents de ceux que Paul Diacre nous dépeint sous la conduite de la prophétesse Gambara , sortant de la Scandinavie pour commencer leurs longues migrations. Après avoir si souvent changé de demeures, ils étaient constitués plutôt comme une armée que comme une nation. Ils marchaient sous la conduite de ducs ou commandants de mille hommes, de centeniers ou sculdahis , selon l’expression lombarde, et de dizeniers, qui composaient ce qu’on appelait les compagnons particuliers ou r/asindes du roi héréditaire.

La guerre était encore toute leur existence, et ils la faisaient en vrais barbares. Narsès qui avait enrôlé quelquesuns d’entre eux, durant sa lutte contre les Goths, les renvoya effrayé de leurs excès. Ils nourrissaient depuis longtemps contre les Gépides une vieille haine, accrue encore depuis leur établissement auprès d’eux, en Pannonie. Le roi Alboin n’y mit fin que lorsqu’il eut tué de sa propre main leur roi Cunimond, pour se faire une coupe de son crâne, contraint sa belle et royale fille, Rosamunde, à le recevoir pour époux, et enrôlé dans son armée les débris des Gépides. Le christianisme d’Arius ne changea guère ces sectateurs d’Odin, encore attachés à de vieilles superstitions qui sentaient la magie la plus sauvage. Ils n’avaient point oublié que la déesse Scandinave Frigga les suivait d’un œil bienveillant , et qu’ils devaient leur terrible nom à son divin époux môme.

L’invasion d’un pareil peuple devait avoir un caractère terrible. Alboin ne venait point comme Théodoric conquérir la péninsule au nom de l’empire romain, moins encore pour en conserver ou en relever les vieilles institutions politiques. Il abandonnait la Pannonie à ses alliés les Avares, à la condition qu’elle lui serait rendue s’il ne réussissait pas dans son entreprise ; mais il était décidé à tout pour l’échanger contre un climat plus beau et des terres plus fertiles. Ignorant des ressorts de l’administration impériale, plein de mépris pour les Romains, il ne devait ménager ni les choses

les lombards; l’exarchat de ravenne, etc. 57

ni les hommes. Un nombre considérable de Bulgares , Surinâtes, Pannoniens et Suèves, vingt mille Saxons, tous païens et plus sauvages, s’il était possible, que les Lombards, ajoutaient encore à la terreur que répandait par avance l’armée d’invasion. Cette fois, c’était bien à une spoliation et à une servitude complètes qu’il fallait s’attendre.

Lu conquête ; règne d'Alboin et de Kleph (SüM-iti).

Longin avait laissé les provinces frontières dans l’abandon; tout s’enfuit lorsque les premières bandes descendirent les Alpes, pillant et massacrant. Le patriarche d’Aquilée chercha un asile dans l’île deGrado; Padoue, AJonseliee, Mantoue opposèrent seules une vive résistance , et restèrent quelque temps indépendantes; mais en moins d’un an toute la Vénétie fut conquise. Alboin y laisse un de ses gasindes, son neveu Gisulf, avec un certain nombre de guerriers; ce fut le premier duc du Frioul. L’évêque de Trévise qui s’était soumis volontairement, conserva ses biens; mais le reste des habitants fut dépouillé.

L’année suivante (569), quand Alboin entra dans la Ligurie, l’archevêque de Milan , avec les plus riches bourgeois de la ville, s’enfuit à Gênes. Cet exemple fut imité dans les autres grandes villes; Pavie seule, protégée par le Tessin et le Pô, défendue par de solides fortifications , soutint un siège de trois ans. Pendant qu’une partie des siens en formait le blocus, Alboin passa le Pô et répandit ses guerriers dans la Toscane, l’Ombrie et la vallée du Tibre. Une partie de l’Émilie, Ravenne, laFlaminie, la Pentapole, Rome échappèrent à ses armes , et prirent même un accroissement considérable par le grand nombre d’habitants des autres provinces qui s’y réfugièrent. Alais il laissa au moins dans Spolète , entre Ravenne et Rome, un duc qui devait être comme une menace suspendue sur ces deux villes.

De retour devant Pavie qui succomba enfin en 572, le sauvage vainqueur voulait faire massacrer tous les habitants de la ville et la raser, pour effrayer ceux qui résistaient encore au nord, à Gènes et dans les îles de la Vénétie. Son cheval broncha au moment où il y faisait son entrée : c’était un

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