CHAPITRE IV
signe menaçant; il épargna la ville, en lit sa capitale et prit sa résidence dans le palais qu’y avait fait bâtir Théodoric. Cependant le présage s’accomplit. Alboin célébrait sa victoire dans un grand banquet, et buvait à ses succès dans le crâne de Cunimond. 11 invita sa femme Rosamunde à lui faire raison , en vidant la même coupe. Rosamunde obéit à son seigneur ; mais quelques jours après , de concert avec Helmilchis, porte-bouclier de son mari (573), elle fit assassiner Alboin par un de ses gasindes. Elle espérait obtenir la couronne pour Helmilchis; mais elle fut obligée de fuir avec lui devant la colère des compagnons d’Alboin, auprès de l’exarque de Ravenne ; elle y mourut , forcée d’achever la coupe de poison qu’elle avait servie à son complice, dont elle voulait se défaire pour épouser Longin, amoureux de ses trésors.
Les chefs lombards ne cherchant qu’à s’assurer la possession de l’Italie élurent un roi qui pût achever l’œuvre commencée. Ce brave, nommé Kleph, inaugura brillamment son règne; il resserra Ravenne par la prise de Rimini, bâtit une forteresse là où devait s’élever plus tard Imola, et conduisit ses guerriers jusque dans le midi où il établit un de ses compagnons, Zotto, dans Bénévent, pour poursuivre la conquête contre Naples, Gaëte , Amalfî, la Calabre et le Brutium, restés au pouvoir des Grecs.
Les Lombards purent achever sans peine de déposséder les propriétaires romains dans le pays conquis, soit en les massacrant, soit en les chassant du pays. Peu satisfaits de la large part que s’étaient faite autrefois les Hérules et les Ostrogoths, ils prirent tout; ce qui resta des anciens habitants fut réduit à l’état de colons ou de tributaires. L’avidité des conquérants était telle, qu’après la mort de Kleph, tué en 575 par un de ses fidèles , les ducs encouragés par la jeunesse de son fils ne lui donnèrent point de successeur, et se partagèrent les domaines royaux; faute grave qui les empêcha d’achever dans le premier moment de terreur la conquête de toute la péninsule.
Lea Ircnte-ulx duchés lombards (595-5*4).
Au nombre de trente-six , les principaux chefs s’établirent
les lombards; l’exarchat de ravenne, etc. 59
avec leur suite de guerriers, non pas dans des châteaux ou des métairies isolés, comme les autres barbares, en Gaule , en Espagne et en Afrique , mais dans les villes les plus importantes, à Bénévent, à Spolète, à Forum Julii (Cividade del Friuli), à Pavie, à Bergame, à Brescia; et là ils continuèrent, chacun pour soi et en détail, l’œuvre de la spoliation. A demeure dans les palais et les plus splendides maisons, ils enlevèrent aux habitants des cités le droit d’administrer leurs affaires , comme à ceux de la campagne la libre propriété de leurs biens. Des guerriers de moindre importance, mais non de moindre avidité, se répandirent dans les plus petites villes et les villages. Toute vie municipale et toute propriété personnelle furent enlevées aux vaincus, devenus le jouet d’une tyrannie capricieuse. La population émigra dans les îles voisines. Le désert se fit dans les villes, où les monuments et les murailles se dégradèrent, et dans les campagnes, où les landes reparurent. « En vérité, put s’écrier bientôt saint Grégoire, le pays que nous habitons n’annonce pas seulement la fin du monde, il la réalise. »
En divisant cependant leur action, les barbares affaiblirent leur puissance et se mirent en péril. Au midi, le duc de Bénévent, Zotto, échoua au siège de la ville de Naples, et ne réussit que contre le monastère du Mont-Cassin , fondé par Benoît de Nursie en 529, et qui grandissait depuis au milieu des ruines de l’Italie. Les religieux, dispersés après le pillage de leur trésor, furent obligés de chercher un asile à Rome. Au nord , en 576 , d’autres Lombards passèrent les Alpes occidentales, entrèrent dans le royaume de Burgondie, battirent et tuèrent le patrice Amatus; mais l’année suivante, ils furent complètement défaits par le général du roi Gonthran, Mummolus. Au centre le duc de Spolète, qui s’était avancé un peu trop près de Rome , fut repoussé par un corps d’armée que l’empereur d’Orient avait envoyé à Ostie sur la demande du pape. Bientôt l’empereur Tibère contracta alliance avec les Francs austrasiens dans le dessein d’arrêter les ravages de barbares qui s’attaquaient à tous, et il songea «à pousser aussi contre eux les Avares. Ces menaces du dehors, et la misère où toutes ces tyrannies