‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 42 sur 347 · LES LOMBARDS; L'EXARCHAT DE RA VEN NE · texte numérisé non relu

LES LOMBARDS; L'EXARCHAT DE RA VEN NE

au milieu de ses compatriotes, excita contre l’usurpateur le roi des Francs, ClothaireH, et l’empereur d’Orient, Constant II, fanatique imbécile et visionnaire furieux qui voulait imposer à Rome ses conceptions théologiques. Grimoald, peu confiant dans ses ducs, demanda des secours aux Avares. Avec eux , il battit les Francs à Asti , et détruisit l’arrièregarde de l’empereur, qui, à ce moment môme, triomphalement reçu à Rome, faisait des dons magnifiques aux églises Saint-Pierre et Saint-Paul , et y promulgait son formulaire. Désappointé par cette défaite, Constant reprit ses présents , pilla les églises, jusqu’au métal qui couvrait le toit du Panthéon , et s’en alla comme un Vandale cacher ses trésors en Sicile où il périt. Grimoald établit les Avares , dont il était déjà embarrassé, dans les environs de Bénévent, et les força de se plier à la loi lombarde.

Ce roi qui savait dompter même ceux qui le servaient acheva la conversion des Lombards à l’orthodoxie. Sous lui , les diocèses ariens et catholiques commencèrent à se fondre, la loi arienne disparut peu à peu avec ses évêques. Le clergé orthodoxe grandit en puissance eten richesse, prêt à travailler pour le bien temporel de Rome, en même temps que pour le bien spirituel des Lombards, en tous cas , gage précieux de paix entre les conquérants et les Italiens qui ne leur étaient pas encore soumis.

Grimoald ne fut pas assez heureux pour assurer le pouvoir à sa famille. Le Bavarois Pertharit profita de sa mort (671); il rentra en Lombardie avec sa femme, Rosalinde, et reprit le trône sur le fils de l’usurpateur; mais l’union établie par Grimoald entre les Lombards et le saint-siège subsista. Le nouveau roi ordonna au duc de Spolète et à celui de Bénévent, de vivre en bon accord avec les Romains. La royauté lombarde commençait à comprendre qu’en face d’une cour toujours portée à l’hérésie et à la violence, la domination de l’Italie pouvait être le prix de grands ménagements pour Rome, et d’un sincère attachement à l’orthodoxie.

L exurchal A l'égard de l’empire; le premier doge de Vcnlie; üunlpcrt (088) , Aripert il (toi).

L’union de Rome et de l’exarchat avec l’empire grec ne

CUAl'lTHE IV.

pouvait durer longtemps encore. La domination byzantine en Italie n’était qu’une tyrannie sans compensation. L’empereur, presque toujours en état d’hérésie , opprimait la conscience de ses sujets péninsulaires sans savoir défendre leur territoire. Ceux-ci, tous les jours plus indisposés contre l’Exarque ou les ducs dépositaires du pouvoir temporel , se resserraient d’autant plus volontiers autour de leur chef spirituel, que ce fut le pape à Home, le patriarche de Grado à Venise, ou l’archevêque à Ravenne. Celui dont l’autorité spirituelle commençait à sortir de l’enceinte de Rome pour s’étendre à tout l’Occident, devait être le plus tenté de secouer un joug temporel entaché d’hérésie. S’il sentait sa puissance, et le nouveau recueil de canons de Cresconius ne î’y portait que trop, l’autorité impériale courait grand risque en Italie.

Ce danger n’échappa point à l’empereur Constantin Pogonat; pour ramener le saint-siège, il condamna les mo- .iotivlit.es, refusa le tribut exigé pour la confirmation pontiiî. '‘e, et obligea l’archevêque de Ravenne d’aller chercher !.. confirmation à Rome. Mais les successeurs de Constantin ne montrèrent pas la même prudence. Sous le règne de Kunipert, successeur de Pertharit, en l’an 686, Justij ion 11 voulut faire enlever le pape Sergius, qui refusait d'admettre le.-, canons du concile in Trullo, dont un article portait que les prêtres mariés avant leur ordination pourraient garder leurs femmes. Cette entreprise excita une orneuU à Rjine, et des troubles (692) dans tout l’exarchat. L‘ dnc de Rome parvint cette fois encore à maintenir dans têt.. \ îii 1 autorité de son maître; mais dans les des vénitiennes. les liibuns militaires, le patriarche de Grado, conseillés sans doute par le pape Sergius, les hommes puissants et le puu ie, réunis dans l’ile d’Héraclée, investirent Pau- Julius An. “d’est us de la dignité ducale, avec une autorité suprême d ms toute l’étendue des îles; ce fut le premier pas une indépendance complète, et le premier exemple de révolte ouverte contre l’exarque et l’empereur donné au iv' 'e de l’Italie byzantine.

Les Lombards ne purent cependant profiter de ces cir-

LES lombards; L’EXAItUlA’r de rau;nne.

constances pour recueillir les débris de la puissance impériale. Le royaume tombait alors dans l’anarchie la plus complète; et le drame sanglant de la rapide succession de ses rois présentait l’exemple le plus frappant de ce sentiment d’énergie personnelle et sauvage, et de cette tradition héréditaire de la vengeance, que les Lombards inoculèrent au génie italien. Le duc de Turin, Reginpert, rentré en Italie avec Pertharit, dont il était le neveu, dispute le trône à Luitpert, fils de Kunipert, sans pouvoir le lui arracher. Héritier de ses projets, son fils, Aripert, tue Luitpert, se fait roi à sa place sous le nom d’ Aripert II, et règne par la terreur. Mais Ansprand, dont il a mutilé la femme et la fille , l’enferme et le presse si vivement dans Pavie, qu’en s’enfuyant il périt dans le Tessin , entraîné au fond de l’eau par le trésor qu’il emportait avec lui.

Ansprand termine enfin cette série de crimes, en laissant le trône à Luitprand (712); l’avénement de celui-ci, de Léon l’Isaurien en Orient, et de Grégoire II au saint-siège, ain ne une crise décisive dans les destinées de Rome et de l’exarchat.

t/empercur t.éoit l' Isalirien : origine du pouvoir temporel du «aiut-Hlége ; le roi l,uU|iraiid(9t*)$ le pape Grégoire il (.915,).

La proscription du culte des images , par l'empereur Léon l’isaurien , dans toutes les provinces de l’empire d’Orient, fit éclater dans la péninsule la querelle qui couvait depuis longtemps entre l’exarchat et Constantinople, entre la papauté et la cour d’Orient.

Les images des saints étaient déjà très-chères aux Italiens. La peinture et la statuaire religieuses, quoique dans un temps de décadence, occupaient un grand nombre d’artistes et surtout de moines. Le nouveau pape , Grégoire II , était un homme en qui se confondaient le zèle religieux et l’ambition mondaine. 11 soutenait les Romains de ses ressources, à la suite d’une inondation du Tibre , rachetait Cumes à prix d’argent, des mains des Lombards, qui l’avaient surprise, et rétablissait le monastère’ du Mont-Cassin, qu’ils avaient ruiné. Il envoyait le missionnaire Roniface porter dans la

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