‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 43 sur 347 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

liennanie la religion et la domination romaines, et essayait de ramener le patriarche de Constantinople à l’esprit de concorde. Enfin il possédait en Italie, par son activité et ses bienfaits, une autorité qui lui permettait de résister ouvertement aux ordres de l’empereur. L’exarque Paul voulut en vain faire exécuter l’édit iconoclaste de Léon . Les Romains s’armèrent au nom du pape, chef naturel de cette révolte religieuse; les habitants des environs, des Lombards mêmes de Spolète vinrent à leur secours. Paulus fut obligé de se retirer.

Ce succès fut, pour les Italiens de l’exarchat, le signal de l’affranchissement. Les villes de la Pentapole se donnèrent des ducs indépendants, comme les Vénitiens. Les habitants de Ravenne massacrèrent l’exarque Paul. Les Romains battirent et tuèrent le duc de Naples, Exhilaratus, qui marchait contre eux. Plusieurs villes, entre autres Bologne, se donnèrent à Luitprand, à la condition de garder leurs lois, ce qui leur fut accordé contrairement à la coutume lombarde. L’exarchat parut tomber en dissolution.

C’était le moment même où le roi Luitprand rendait au royaume lombard la paix et la puissance. 11 réunissait avec distinction, dans l’exercice de l’autorité, les qualités du législateur Rotharis et de l’orthodoxe Grimoald. Ses additions au code du premier témoignaient du désir d’approprier davantage les coutumes lombardes à la nature et aux vieilles institutions du pays. L’abaissement du taux de la composition, l’affranchissement facilité, les filles appelées à succéder, à défaut des frères, à la totalité de l’héritage paternel , la substitution de peines nouvelles à l’esclavage dans certains cas, étaient les signes non équivoques d’un adoucissement des mœurs germaniques. L’orthodoxie du roi ne laissait rien à désirer. Il confirmait au saint-siège la possession de ses domaines dans les Alpes cottiennes. Il poursuivait avec rigueur , parmi les Lombards , les derniers restes du paganisme , les magiciens et les sorciers , les sacrifices au pied des arbres et les prières au bord des sources ; il prêtait l’appui de son bras temporel aux prescriptions ecclésiastiques et couvrait le sol xle tant de fondations pieuses, que les artistes de Corne ( mayistri Comacini) ne suffisaient point à élever

les lombards; l’exarchat de ravenne.

les basiliques pour le culte , et les cloîtres pour les congrégations. Sous l’empire d’une foi commune, le mélange des populations devenait plus actif; les affranchissements, les mariages entre Lombards et Romains, se multipliaient; la langue germanique et l’italienne se pénétraient l’une l’autre; les anciens habitants reprenaient, par l’ascendant des lumières et de l’habileté pratique « ce qu’ils avaient dû céder d’abord à la supériorité physique de leurs vainqueurs.

Le moment semblait venu de réunir, presque sans violence, l’Italie tout entière sous la domination lombarde. Luitprand, variant avec assez d’habileté ses moyens, prit d’assaut Ravenne, entra par composition dans d’autres villes de la Pentapole , et fit don aux apôtres Pierre et Paul du territoire de Sutri , pour amener doucement Rome sous sa loi. Mais l’intention du pape n’était pas d’échanger l’empereur lointain et faible de Constantinople contre un roi résidant aux portes mêmes de Rome, peu susceptible de tourner à l’hérésie, mais habitué à être obéi, et assez puissant pour imposer l’obéissance. Souverain d’un empire spirituel, qui s’agrandissait chaque jour, il croyait déjà bon d’en assurer l’indépendance et la durée par la possession d’une souveraineté temporelle, et n’était pas disposé à partager le pouvoir que les Romains lui avaient^ décerné , en même temps que le titre de Père de la République romaine.

On vit donc Grégoire 11 inaugurer cette politique d’équilibre devenue depuis toute pontificale et italienne, et qui consiste à trouver sa liberté dans l’antagonisme de deux maîtres. A son instigation, le second doge des Vénitiens, Ursus, attaqua Ravenne, s’en empara, en chassa Hildebrand, neveu du roi lombard, et y rétablit l’exarque Eutychius ; le duc de Spolète Thrasamund, les Bénéventins, jusque-là ennemis du pape, maintenant ses alliés, se soulevèrent. Cette audace faillit coûter cher au saint-siégé. Luitprand, furieux, se rapprocha de l’exarque Eutychius; il battit avec lui Thrasamund , qui s’enfuit à Rome , donna l’administration du duché de Bénévent à son neveu Grégoire , et revint sur Rome, devant laquelle il campa dans les prairies de Néron, entre le Tibre et Saint-Pierre, ne vou-

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