‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 48 sur 347 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l’Italie, l’archevêque de Ravenne, Léon, jaloux d’imiter le pape et de se faire aussi un domaine temporel , prit possession de Coniacchio, Ferrare, Bologne, Faenza, Imola, Forli, Césène, et y installa des ducs et des magistrats en son nom, au grand mécontentement du pape. Le duché de Bénévent , protégé par sa position méridionale, conserva son indépendance et quelque temps même le nom de Lombardie , qui ne devait rester qu’à la vallée du Pô. Les Vénitiens, au nord, défendirent en face des Francs les délimitations qui avaient été Fixées entre eux et les Lombards. L’empire grec garda encore les duchés de Naples, de Gaëte, d’Amalfi et une partie de la Calabre avec Gallipoli, Otrante, Cosenza et Reggio. Par une singulière confusion qui devait bientôt n’être plus rare , on vit à Naples le duc Etienne cumuler depuis l’année 769 le pouvoir temporel avec le titre d’évêque , qui lui fut confirmé par le pape.

En 780, Charlemagne fit un assez long séjour dans la péninsule. Il fit couronner par le pape Adrien, son fils Pépin, roi d’Italie, et organisa le gouvernement avec les conseils d’Angilbert, abbé de Saint-Riquier, et d’Adalhard , abbé de Corbie. Il fallut d’abord réprimer quelques complots et quelques hostilités qui trouvaient dans l’anarchie un élément naturel. Le duc de Bénévent, Aréchis; Tassillon, duc des Bavarois, ce peuple frère des Lombards; l’impératrice (l’Orient, Irène, toujours prête à lancer sur l’Italie, le fils de Didier ou la sauvage population des Avares , étaient les ennemis les plus redoutables des Francs en Italie. Tandis que Charlemagne châtiait Tassillon , Pépin défendit deux fois les Alpes contre les Avares, surtout avec l’aide des évêques, et força le successeur d’Aréchis, Grimoald, à imprimer sur ses monnaies l’effigie de Charlemagne et à repousser les troupes de l’empire grec.

L’Italie ne reçut une organisation définitive que vingt ans plus tard. Le pape, Léon III, élu après la mort d’Adrien Ier, avait envoyé des ambassadeurs à Charlemagne pour lui remettre les clefs du tombeau de saint Pierre , l’étendard de la ville, et le prier de faire recevoir le serment de fidélité du peuple romain. Mais au printemps de 799, au milieu d’une

procession, une troupe de séditieux se jeta sur le pape, le précipita de son cheval , et après avoir essayé de le mutiler, le traîna au monastère de Saint-Sylvestre. Le pape, délivré par ses partisans , se rendit à Paderborn en Germanie pour demander vengeance à Charles; et le roi des Francs mit sa protection au prix de la couronne impériale de l’Occident.

L’empire romain était toujours resté comme un souvenir de force et de grandeur dans l’imagination des peuples. Le maître de l’Occident , lorsqu’il en demandait le rétablissement au saint-siège, voulait faire consacrer son autorité politique en Europe. En conférant le titre d’empereur à celui qui convertissait les païens et repoussait les infidèles, le saint-siège assurait son autorité religieuse. L’alliance de ces deux pouvoirs suprêmes unissait , consolidait peut-être la nouvelle société fondée par le christianisme et les barbares.

Sept évêques et trois comtes avec une forte escorte ramenèrent d’abord le pape à Rome , et jetèrent en prison ses ennemis. Charlemagne vint ensuite lui-même , singulièrement grandi depuis sa dernière apparition, par tant de victoires remportées sur les Sarrazins, les Saxons, les Slaves , les Avares, maître d’un État qui s’étendait du Raab à l’Kbre et de l’Eyder au Garigliano. Le pape Léon jura devant lui sur la Bible qu’il était innocent. Quelques jours après, c’était la fête de Noël de l’an 800, Charlemagne, son fils Pépin , roi d’Italie, ses filles , un grand nombre de seigneurs francs et d’évêques étaient réunis dans la basilique de Saint-Pierre ; au moment du sacrifice , le pape s’approcha du puissant monarque et lui posa sur la tête une couronne d’or, en s’écriant : Vie et victoire à Charles Auguste, grand et pacifique empereur des Romains, couronné par la main de Dieu !

La papauté et la péninsule, il faut le dire cependant, donnaient plus au nouvel empereur qu’elles ne recevaient de lui.

Le roi franc n’avait été jusque-là que le défenseur de l’Église romaine, librement choisi par le pape; il remplaçait désormais l’empereur d’Orient, définitivement dépossédé de

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