‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 49 sur 347 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ses droits de souveraineté sur l’Italie, sur Rome et sur son évêque. La papauté qui avait déployé toutes les ressources de la politique pour échapper à la domination des souverains grecs et lombards appelait et consacrait elle-même son maître. L’Italie , simple annexe d’un empire fondé par un barbare, devait à ses anciens souvenirs de conserver comme en dépôt la pourpre impériale ; mais ce devait être pour elle comme la toison d’or des anciens , l’objet de l’ambition de tous, la proie des plus hardis, le gage précieux d’une grandeur passée, son orgueil et son malheur !

Constitution du royaume carlovinglen d'Italie ; règne de Pépin; Venise; prospérité de l’Italie (SiOO-N 1 1 ;.

Mis en possession des provinces transalpines qui s’appuient au Danube, maître du centre de l’Italie, où, malgré la donation faite au pape, son père exerçait la souveraineté par ses Missi dominici et ses Capitulaires , Pépin , le nouveau roi d’Italie, tenta de soumettre le midi de la péninsule, les îles voisines, quelques côtes de l’Adriatique qui lui étaient toujours disputés, et de faire de cette belle région un royaume homogène par l’unité du commandement et des institutions.

Après avoir encore guerroyé contre le duc de Bénévent Grimoald , toujours prêt à traiter, jamais soumis , et avoir obtenu par la prise d’Ortona, de Chiéti dans les Abbruzzes , et de Nocéra dans la Pouille , la soumission réelle du successeur de ce Waifre italien , Pépin chassa les Sarrasins des parages de la Corse et de la Sardaigne. Les habitants des lagunes de la Vénétie tiraient habilement parti de leur admirable position , pour se soustraire aux Francs et aux Byzantins, en les opposant les uns aux autres, selon les besoins du moment. Pépin voulait punir ce peuple avide, qui, malgré les Capitulaires de Charlemagne, continuait aux dépens des Occidentaux le commerce lucratif des eunuques. Il déjoua son astucieuse politique, en s’alliant avec l’empereur grec , et fomenta les discordes intestines entre le patriarche Fortunat, chef du parti franc, et le doge Obélérius, chef du parti grec. Les historiens de Venise ont essayé,

comme autrefois ceux de Rome, de dissimuler une sanglante défaite qui faillit anéantir à sa naissance la future reine de l’Adriatique. Au moins est-ce à cette époque que les habitants forcés de se resserrer dans l’Æstuario, se groupèrent sur les îles Rialto, Malamocco, Torello, et que Aynellus Participatius , successeur d’Obélérius , établit sa résidence à l’endroit où s’éleva plus tard le palais des doges. La fortune de Venise commença où elle eût pu trouver sa ruine.

De sages institutions améliorèrent le sort de l’Italie. Pépin essaya de greffer celles des Francs sur les coutumes lombardes. 11 régularisa partout l’institution des comtes, centeniers et dizeniers, qui se confondirent bientôt avec les anciens sculdahis ou gastaldes des Lombards; de telle sorte que ces noms furent souvent indifféremment employés pour désigner la même dignité. Il organisa les tribunaux des scabins ou échevins qui conservèrent en Italie le nomde./'wdicesdans leurs fonctions d’assesseurs des comtes; il établit à Pavie le comte du palais, qui jugea les causes de tous les hommes puissants, et soumit au service militaire les Lombards et les Italiens. L’Église était riche et toute-puissante dans la Gaule , elle le devint sous la domination franque en Italie. Pépin accorda des donations nombreuses, des immunités considérables aux églises de Milan, de Pavie, de Mantoue, et par suite une grande influence aux personnages ecclésiastiques qui devinrent d’autant plus en Italie les rivaux politiques et les surveillants des comtes, qu’ils habitaient souvent avec eux la même ville. Sous cette double hiérarchie militaire et ecclésiastique se releva la classe des hommes libres, Arimans et citoyens de diverses origines , tous soumis au service militaire. Celle des anciens Aldies jouit même d’une meilleure position , sous les noms de Fiscalini, Ecclesiastici , Coloni, selon qu’ils dépendaient du roi, de l’Église ou des comtes.

Les soins du roi d’Italie s’étendirent comme ceux de son père avec complaisance jusque sur les lettres. Le célèbre Alcuin envoya, sur sa prière, dix moines instruits au Mont- Cassin, un moine irlandais vint à Pavie ranimer les lettres éteintes, sur les bords du Pô, dans la patrie de Virgile. Pavie,

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