‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 52 sur 347 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

par son chef, la contrée impériale. Lothaire fit rentrer dans le devoir sur les frontières de l’Italie le duc de Pannonie Liutwide,et sut contenir la papauté qui aimait mieux l’empereur éloigné que proche, et qui tout en acceptant le bénéfice de sa protection ne renonçait pas au désir de retrouver son indépendance. Le pape Pascal 1er, élu en 817, s’était assez faiblement excusé de n’avoir pas attendu le consentement impérial et avait condamné plusieurs partisans trop zélés des rois francs, entre autres Théodore, primicier de l’Église romaine. Lothaire profita avec habileté des troubles qui suivirent sa mort pour assurer la papauté à Eugène II , et «. réformer l’État romain. » Neuf constitutions célèbres garantirent l’élection régulière des papes, la bonne administration de la justice, et l’exécution des lois en vigueur dans le centre de l’Italie ; les limites de l’autorité impériale et pontificale furent fixées; le pape jura fidélité à l’empereur, ainsi que le clergé et le peuple romain, sauf la foi promise aux papes ; tout pape fut déclaré intru qui ne serait pas élu canoniquement et ne prêterait pas, en présence du peuple et de l’envoyé de l’empereur, un serment semblable à celui qu’avait prêté Eugène. Rien n’était moins conforme aux prétentions papales que les fausses décrétales allaient cependant porter si haut.

Lothaire fut soutenu par les Italiens , quand il se révolta contre son père, et tenta de son vivant de gouverner tout l’empire. Les vieux chefs du parti national, Àdalhard et Wala, sortirent de leur cloître pour le soutenir. Louis le Débonnaire avait blessé l’orgueil italien , en destituant Balderico, duc de Frioul, surtout en enlevant au roi d’Italie, pour augmenter la part du dernier de ses fils, Charles, quelques provinces qui livraient les passages les plus importants des Alpes. La pensée de la domination flattait encore plus que celle de l’indépendance, un peuple mêlé qui, après plusieurs invasions successives, se connaissait mal lui-même, et mettait ses souvenirs avant ses intérêts.

Après un premier échec de Lothaire, le pape Grégoire IV lui-même, en 833, passa dans la Gaule, pour appuyer les prétentions du roi italien è\l’empire , et menaça d’excom-

munication les évêques gallo-francs du parti de Louis le Débonnaire. Mais la rivalité de ses frères et l’indignation générale qui vengea Louis le Débonnaire de l’ignoble victoire du Champ du Mensonge et de la scène parricide de saint Médard de Soissons , renvoyèrent encore une fois Lothaire en Italie ; et il ne dut la conservation de son titre d’empereur, et quelques provinces au delà des Alpes, qu’à l’intervention de l’archevêque Angilbert de Milan , personnage alors tout-puissant et auquel est dû le bel autel de l’église Saint-Ambroise qui s’élève sur quatre colonnes de porphyre.

Le sang des Italiens et des Aquitains, versé à flots en 841, dans les plaines de Fontanet, en bourgogne, pour soutenir les prétentions de Lothaire sur ses frères, et celles des hommes du Midi sur ceux du Nord, fut encore une preuve nouvelle mais désastreuse de la communauté d’intérêt et d’ambition du fils aîné de Louis le Débonnaire et de son peuple. Lothaire , avec le titre d’Empereur singulièrement amoindri et la péninsule italienne, n’obtint que le territoire de la Gaule compris entre les Alpes et le Rhin à l’orient , et le cours du Rhône, de la Saône et de la Meuse , à l’occident; l’Italie, épuisée par les fréquentes convocations de l’Heerbann ( service militaire), par les impôts que nécessitait l’ambition de Lothaire , retomba de ses prétentions impériales à l’état de province enclavée dans la domination d’un homme , et se perdit dans la Lotharingie (843).

I/rtnpercnr l.oul* IX; les papes Xeon IV et Nicolas i*rs les (Sarrasins (815-SÏ4),

Pendant que les rois francs entraînaient les Italiens au delà des Alpes , pour poursuivre l’ombre de l’empire , le saint-siège avait repris courage. Au commencement de l’année 844, le pape Sergius se fit introniser à Rome sans la confirmation impériale ; mais un nouvel ennemi , les Sarrasins, était apparu; ces barbares, pénétrant jusqu’à la capitale de la chrétienté , pillaient l’église de Saint-Pierre hors des murs.

Envoyé par Lothaire, avec le titre de roi, en Italie, l’aîné des fils de l’empereur , Louis, fit d’abord reviser l’élection

CHAPITIIE Y.

de Sergius par une réunion de vingt-trois évêques italiens, que le pape une fois reconnu réprimanda, il est vrai, vivement pour cette hardiesse. Le péril, que les Sarrasins faisaient courir à l’Italie et à la chrétienté, fut plus difficile à conjurer. Introduits depuis quelques années en Sicile, à la suite d’une querelle survenue entre Photin, gouverneur de la Sicile , pour l’empereur d’Orient, et un duc militaire du nom d’Euphemius , les Sarrasins étaient déjà maîtres de l’ile , moins Syracuse et Taormina. Appelés de là contre le duc de Bénévent , Adelchis , par les comtes de Salerne et de Capoue , Sinoculfe et Landolph , ils venaient de prendre Bari, pillaient le Mont-Cassin, insultaient Rome, et menaçaient le midi de la péninsule, que l’empereur grec, pour se consoler de la perte d’une province, avait appelé Sicile cismarine.

Louis II chercha à rétablir la paix entre les princes rivaux du midi , marcha à la tête des Lombards contre les Sarrasins, et les refoula jusqu’à Gaëte; mais bientôt une partie de son armée périt dans une embuscade. Rome eût été en grand danger, et la capitale du christianisme fût devenue peut-être une bourgade mahométane , si le pape Léon IV n’eût saisi l’autorité d’une main énergique, dans Rome, et n’eût sauvé avec elle la civilisation chrétienne. Né Romain, il consacra les trésors de l'Eglise et ses propres richesses à élever de fortes murailles autour de ce qu’on appela depuis la cité Léonine; il arma les Romains; il appela les Italiens de Naples et de Gaëte à la défense d’Ostic , anima luimême les combattants de sa présence , et vit fuir les Sarrasins. C’était le second pape qui sauvait Rome des barbares.

L’héroïsme de Léon IV donna le temps à Louis 1 1 de réparer l’échec qu’il avait éprouvé.

Nommé empereur du vivant même de Lothaire, n’ayant cependant que l’Italie, après la mort de celui-ci, en 855, Louis II, plus raisonnable que ses prédécesseurs, se borna à bien gouverner, à bien défendre la part qui lui était échue, et si un royaume italien eût pu vivre alors, cet homme prudent et énergique l’eût constitué sans doute. Il fixa les conditions du service militaire imposé aux vassaux des comtes

la domination franoie.

et des gastaldes, aussi bien qu’à ceux des évêques et des abbés; il termina en faveur de Benoît IV un schisme qui, après la mort de Léon IV, était sur le point de diviser Rome. Son principal labeur fut la guerre contre les Sarrasins.

Les obstacles ne lui furent point épargnés. Un hiver rigoureux , pendant l’année 860, couvrit toute la péninsule de neige , phénomène si rare sous ce beau climat , et jeta avec la disette le découragement dans toutes les âmes. Soutenu à contre cœur par le duc de Bénévent contre les Sarrasins, il lui fallut , en 866, assiéger dans Capoue le rebelle Landolf, comte et évêque de. cette ville, qui les soutenait. Il se brouilla avec le pape, Nicolas 1", le rude adversaire de Photius en Orient et d’ilincmar en France, non moins jaloux de ses prérogatives politiques vis-à-vis d’un roi d Italie que de son autorité religieuse vis-à-vis des évêques. Ses oncles, en Lorraine et en Provence, lui ravirent l’héritage de ses deux frères. Tout à ses devoirs de chrétien et de roi, il vint assiéger, en 870, les Sarrasins dans Bari, un de leurs plus redoutables repaires, et, après un premier échec, parvint à emporter cette dangereuse citadelle, d’où l’islamisme menaçait la capitale de la chrétienté.

11 eût chassé les Sarrasins de Tarente et étendu son autorité sur toute la péninsule, s’il n’en avait été empêché par ses sujets mêmes. Les ducs de Bénévent et de Naples, les straticotes grecs, le pape et les Romains, n’étaient malheureusement pas les seuls qui craignissent raffermissement d’un roi carlovingien en Italie. Après avoir encouragé leurs chefs à détacher la péninsule de l’empire , les personnages puissants de l’Italie septentrionale craignaient à leur tour de trop grandir l’autorité royale. Tous, ducs de Frioul, de Spolète , de Brescia, de Camérino, archevêques ou évêques de Milan, de Pavie, de Crémone, de Ravenne, de Modène, de Panne , s’étaient fait payer leur appui de concessions territoriales, d’immunités, et visaient aussi à une sorte d’indépendance. Les moindres petits barons profitaient même des excursions des Sarrasins pour élever des châteaux , des forteresses, qui devenaient bientôt l’asile de la révolte et même le repaire de leurs brigandages.

CUAl’iTUK V.

Louis II , après le triomphe môme de Bari , éprouva cette ingratitude qui compromit son œuvre. Il se reposait avec sa femme, sous la sauvegarde des lois de l’hospitalité, à Bénévent, avec une faible suite. Le duc Adelchis, poussé peutêtre par l’empereur grec, certainement par les ducs de Spolète et de Camérino , le fît attaquer et jeter dans une tour, et ne le relâcha que sur la promesse de ne rien entreprendre contre lui. Les ducs de Spolète et de Camérino, chassés de leurs domaines, payèrent cher cette trahison. Mais Louis II douta de l’avenir de la royauté italienne. Il remporta encore une brillante victoire près de Capoue, sur un chef de pirates Sarrasins, et revint mourir quelque temps après plein de tristesse dans la ville de Brescia (874). L’archevêque de Milan, Ansperto, à la tète des évêques de Bergame, de Crémone et de tout leur clergé, alla processionnellement arracher le corps de l’empereur déjà enterré dans l’église do Santa-Maria à l’évêque de Brescia , pour l’inhumer dans la royale église de Saint-Ambroise.

Décadence de la royauté carlovlnglcimc; Cliar 1cm le Chauve, Carloniuu, Charles le Gros (834-8*8).

Louis II fut le seul des Carlovingiens qui méritât le titre de roi d’Italie, par les services qu’il essaya de rendre à son peuple. Après lui , l’imagination des secs chroniqueurs de ce temps prend une teinte plus sombre. L’année même de sa mort, ainsi qu’ils le rapportent, est accompagnée de prodiges effrayants. Une nuée de sauterelles s’abat sur les pays de Vicence, de Brescia, de Crémone, de Lodi, de Milan, et dévore toute la campagne. Le jour de Pâques, on aperçoit dans plusieurs endroits et sur les arbres les traces d’une pluie de terre ou de cendres. Le 4 mai, une froide rosée gèle et dessèche les feuilles des arbres. Enfin, une comète achève de jeter le trouble dans les cœursi

Quoique Louis II eût désigné Louis, déjà roi de Germanie* son oncle, pour son successeur au royaume d’Italie et à l’empire, le pape Jean VIII appela le roi de France, Charles le Chauve, aimant mieux un empereur fait de sa main. L’archevêque de Milan de son côté convoqua les principaux

LA DOMINATION FRANQliË. 95

évêques et seigneurs d’Italie qui, réunis en diète solennelle 'a Pavie, se partagèrent eux-mêmes entre les deux candidats. Alors commença l’anarchie annoncée par tant de tristes présages, et au milieu de laquelle le royaume carlovingien tomba en dissolution.

Charles de France arrivé le premier à Rome reçut l’empire comme un présent du pontife, et se soumit à l’élection de la diète de Pavie. Le fils de Louis le Germanique , Charles, que les Italiens désignent sous le nom de Carletto, envoyé trop tard par son père, ne put qu’exercer d’inutiles ravages avec Bérenger, duc de Frioul, entre Bergarne et Brescia. Roi impuissant en France, dominé par les évêques et dépouillé par les seigneurs , Charles le Chauve fut encore plus impuissant comme empereur et roi d’Italie. Boson, laissé par lui dans la péninsule avec le titre de roi, épousa une fille de Louis II, tandis que les Sarrasins poussèrent de nouveau leurs ravages jusqu’à Comacchio. Impérieusement appelé par Jean III, Charles le Chauve descendit une seconde fois les Alpes, au moment où Carloman , autre fils de Louis le Germanique et roi de Bavière , arrivait de son côté pour surprendre l’Italie. Les deux Carlovingiens, en apprenant réciproquement leur arrivée, s’enfuirent chacun par un passage opposé des Alpes. La mort de Charles le Chauve, au pied du Mont-Cenis (877), décida seule Carloman à revenir sur ses pas se faire déclarer roi , mais elle ne termina pas la guerre.

Le pape Jean VIII, partisan des Français, appela, malgré les attaques de Lamberto, duc de Spolète, et d’Adalberto, duc deBénévent, qui le retinrent un instant prisonnier, le fils de Charles le Chauve, Louis le Bègue. En vain les Sarrasins pénétrèrent jusque sous les murs de Rome. Le successeur de LéonlY, tout à son parti, promitaux Sarrasins un tribut annuel de vingt-cinq mille marcs et passa en France pour y chercher Louis le Bègue. Convaincu de l’incapacité de son protégé, mais opiniâtre dans son opposition aux Germains qui favorisaient les prétentions du prélat lombard, il ramena en Italie le comte de Provence, Boson , époux de la fille de Louis 11 , sans être plus heureux. L’archevêque de Milan, Ansperto,

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