‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 54 sur 347 · ABAISSEMENT DE LA PAPAUTÉ ( 888-9Ô · texte numérisé non relu

ABAISSEMENT DE LA PAPAUTÉ ( 888-9Ô

LA FÉODALITÉ ITALIENNE ; DUCHÉS ET COMTÉS, ÉVÊCHÉS, VILLES LIBRES- — LA COURONNE DE FER DISPUTÉE A BÉRENGER 1" PAR GUIDO , LAMBERT ET LOUIS DE PROVENCE (888-005). — THÉODORA ET LE PAPE JEAN X; CHUTE DE BÉRENGEK; HERMENGAKDE ET LE ROI RODOLPHE; MAROXIE ET LE ROI HUGUES (905-032'. — RÉVOLTE DE ROME CONTRE MAROXIE; DÉCADENCE DE LA ROYAUTÉ SOUS HUGUES (932-910). — BÉRENGER II ET ADELHAÎDE (910-950 .

La féodalité italienne; duchés et comtés, évêchés, villes libres.

La chute définitive de l’empire, qui, un siècle auparavant, avait dominé tous les peuples chrétiens d’Occident, découvrait en Italie , comme dans le reste de l’Europe au X* siècle , un monde nouveau , le monde féodal avec la diversité de ses formes , de ses coutumes , et la variété de ses personnages. 11 ne datait point de la veille dans la péninsule , pas plus que dans le reste de l’ancien empire ; il y avait même jeté de plus vieilles, de plus profondes racines que partout ailleurs , et c’est peut-être à cette circonstance que l’Italie doit d’en avoir été délivrée si tard, et encore si imparfaitement. Sans compter les éléments que l’Italie antique ellemême avait légués à ce système, il n’était pas un peuple envahisseur, Hérule, Goth,Grec, Lombard, Franc, qui n’eùt contribué pour sa part au mélange bizarre de ces mœurs et de ces institutions, au développement de cet esprit d’indépendance personnelle et de domination locale qui fait le fond du régime féodal. La conquête et’ la souveraineté carlovingienne elle-même en avaient plutôt protégé qu’arrêté les progrès; et, quand l’empire tomba sous l’effort de tant d’intérêts divers , les petits gouvernements locaux apparu-

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rent d’autant plus nombreux et plus ennemis, qu’un plus grand nombre de conquêtes s’étaient superposées les unes aux autres, sans qu’aucune d’elles eût jamais embrassé la péninsule tout entière.

D’abord , ce pays, autrefois assujetti à la plus complète uniformité par l’esprit niveleur de la cité romaine , a perdu toute unité de caractère et de mœurs. Au nord, où les Lombards et les Francs avaient surtout séjourné , dominent les habitudes germaines ; dans le centre de l’Italie, l’esprit romain s’est plus énergiquement défendu à l’abri de la puissance et des immunités du saint-siège ; au midi , le duché de Bénévent se convertît plutôt à la forme grecque qu’il n’amena les cités et les provinces grecques à la forme lombarde. Les Lombards ont plus d’affinité avec les habitants d’au delà des Alpes, dont Boson, nouveau roi de Bourgogne , vient de faire ses sujets , qu’avec les habitants de Rome ou ceux des frontières méridionales du duché de Spolète ; et ils n’en ont point du tout avec les Grecs de l’Italie méridionale, qui vont encore prendre de leurs rapports avec les Sarrasins une teinte presque africaine. Ce n’est pas tout. La variété des formes politiques complique encore la diversité des mœurs. Les ducs et les comtes puissants, qui datent de la conquête lombarde ou franque et l’emportent sur tous les autres seigneurs devenus leurs vavassins ou capitaines ; les personnages ecclésiastiques, qui ont profité de l’importance de leur siège et d’immunités considérables, pour ajouter à leur autorité spirituelle une grande influence politique et un domaine souverain ; quelques villes enfin qui doivent à leur nombreuse population ou à des circonstances favorables la conservation de leurs institutions municipales, forment les éléments principaux de cette agrégation sociale qui s’appelle la féodalité.

Ail nord, dans la Lombardie, leS deux plus puissants seigneurs sont Ànscar, marquis d’ivrée, chargé de la défense des Alpes occidentales, et Bérenger, duc de Frioul, dont les domaines s’étendent des Alpes juliennes à l’Adige, et qui descendait d’une fille de Louis le Débonnaire. L’archevêque de Milan, les évêques de Pavie, de Vérone, de Tàirin, possè-

dent les sièges les plus importants de la contrée. A l’abri de leur autorité, ces quatre villes jouissent d’une certaine indépendance. Mais il n’y a encore de véritable liberté qu’à Venise et à Gênes. La première, sous la protection de saint Marc, dont elle vient d’aller chercher les restes à Alexandrie, commence à soumettre dans l’Adriatique les Istriotes et les Dalmates; la seconde, mise à l’abri des barbares par les montagnes arides qui l’entourent, s’élance de son port vaste et sûr à la poursuite des vaisseaux des Sarrasins.

Dans l’Italie centrale, Adalbert II, comte de Lucques et marquis de Toscane, époux d’une certaine Théodora renommée pour sa beauté , règne sur cette belle province , où l’on voit déjà grandir Florence dont une tradition fait de Charlemagne le second fondateur. Guido, duc de Spolète, domine au contraire dans l’Ombrie , où il vient de réunir à son domaine héréditaire les deux marches de Fermo et de Camérino. Le saint-siège à Rome et dans les environs, s’appuyant sur le vague souvenir des donations des rois francs, qu’on faisait déjà remonter jusqu’à Constantin , espère recouvrer l’indépendance qu’il a perdue en livrant l’Italie aux Francs, s’il ne s’abîme davantage au milieu des factions des barons romains ; mais il voit avec peine l’archevêque de Ravenne rêver le même pouvoir en Romagne.

Au midi, l’ancien duché lombard de Bénévent, qui avait résisté aux successeurs d’Alboin et à ceux de Charlemagne, est encore puissant, bien qu’affaibli par l’affranchissement des deux petits duchés de Salerne et de Capoue. S’il n’y a pas là de puissants évêques comme au nord, on y rencontre l’abbé du Mont-Cassin. Le duc de Naples, quelquefois en même temps évêque de la même ville, prétend relever toujours de l’empire (l’Orient , pour n’avoir à obéir à personne et possède réellement dans la Calabre les districts qu’un empereur va décorer du titre de Thème de Lombardie. A l’abri de cette souveraineté dérisoire de l’Orient, la liberté aussi se développe dans Gaëte et dans Amalfi, gouvernées par des ducs et des consuls soumis à l’élection populaire. C’est même le temps de la prospérité de cette dernière ville descendue récemment des rochers de la Scala au golfe de

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