‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 55 sur 347 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Salerne, sur la colline plantée d'orangers qui regarde le temple de Pæstum. Elle possède déjà presque tout le golfe avec l’ile d’ischia, envoie ses vaisseaux, établit des comptoirs dans tous les ports de la Méditerranée, et rédige le premier code de navigation en Europe. Ses doges tournent surtout leurs forces maritimes contre les Sarrasins qui, établis encore à Tarente et sur le Garigliano comme une colonie militaire, et toujours prêts à attaquer tout ce qui porte le nom de chrétien, mettent le comble à la variété et au désordre du midi de l’Italie.

Ln couronne de fer disputée à Bérenger I" par Ciiildo, Lambert et Louis de Provence (SSS-904).

Il restait cependant une institution commune, nationale, la royauté. Les seigneurs et évêques de la Lombardie, qui avaient plus de souvenirs nationaux que ceux du reste de la péninsule , ne voulurent pas la laisser tomber avec les Carlovingiens. Réunis en diète, ils choisirent pour roi l’un d’eux, Bérenger, duc de Frioul, descendant de Charlemagne par une fille de Louis le Débonnaire ; et le puissant archevêque de Milan, Anselmo, lui posa sur la tête la couronne de fer.

L’établissement d’une royauté forte et nationale semblait dans l’intérêt de tous les Italiens. Les Hongrois ou Madgyars commençaient à s’approcher des Alpes orientales qui avaient déjà introduit dans la péninsule tant d’envahisseurs. Des corsaires sarrasins, jetés par la tempête sur la côte de Nice, s’emparaient du rocher de Fraxinet et des passages des Alpes occidentales. Mais le maintien de la royauté était en Italie plus difficile qu’ailleurs. Outre la féodalité qu’il lui fallait dompter au-dessous d’elle, elle avait au-dessus l’empire suspendu comme une tentation et une menace, et à côté le saint-siège qui craignait d’échanger la domination spirituelle du monde contre une servitude temporelle. Le choix d’un Lombard, sa consécration par l’archevêque de Milan, mécontentèrent tout d’abord les Italiens du centre et le saintsiège. Étienne V opposa à Bérenger Guido, duc de Spolète, maître d’une partie du Bénéventin. I ne guerre terrible com-

mença entre le midi et le nord. Les Italiens, selon leur habitude, ne se tirent pas faute d’appeler l’étranger toujours dangereux pour l’indépendance nationale. Au milieu de ce déchaînement des intérêts personnels, de ces guerres sans but et sans fin , la royauté nationale ne fut pas seule compromise, mais encore le caractère italien. La plus effroyable corruption atteignit la chaire de saint Pierre; on vit dans toutes les classes la bassesse le disputer à la férocité, la perfidie se mêler au crime , la débauche à la trahison ; tous les vices, enfin, se réunirent pour mériter à ce temps le nom de Siècle de fer {Secolo di ferro) , et laisser dans les mœurs péninsulaires quelques empreintes difficiles à effacer.

Les deux compétiteurs Bérenger et.Guido s’appuyaient, le premier sur les Allemands, le second sur les Français. Bérenger allait jusqu’à faire hommage de sa couronne au plus puissant des héritiers de l’empire earlovingien, Arnulpf, roi de Germanie, Guido reçut cependant le premier un secours de seigneurs français; il gagna avec eux une grande bataille sur les bords de la Trebbia, se fit couronner roi, à son tour à Pavie, et, bientôt après, empereur à Rome, iitrc plein de péril qu’un roi d’Italie eût dû laisser tomber dans l’oubli ! Lui-même sacrifiait tout à ses protecteurs ; il portait gravé sur son sceau impérial, ces mots : Renovntio regni Francorum , comme s’il avait voulu , par son règne , renouveler seulement la domination française. Il compromit sa fortune, en forçant, en 892, le nouveau pape, Formose, à couronner son fils Lambert. Formose, qui ne voulait pas d’un maître, appela le roi du nord Bérenger. Les Lombards reprirent courage; le duc de Milan, Maginfredo, alla chercher Arnulpf et le ramena bientôt en Italie. Vérone, Brescia, ouvrirent leurs portes; Bergame fut prise d’assaut, et l’évêque, qui l’avait défendue opiniàtrément, pendu à un arbre. Arnulpf entra triomphant dans Pavie, et y réintégra Bérenger.

Guido, après le départ précipité du puissant roi germain, n’eut pas le temps de reconquérir le nord de l’Italie; il mourut d’une hémorragie sur les bords du Taro (894). Son

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