CHAPITRE VI
fils Lambert, couronné empereur depuis deux ans, reprit Pavie ; mais, à la sollicitation du pape Formose et de Maginfredo , le roi de Germanie repassa les Alpes, pour se faire nommer lui-méme empereur et finir toute guerre civile par la conquête de l’ltalie. A Milan, il disposa en effet de la Lombardie, donna le Frioul à Walfredo, et le reste à Maginfredo. A Rome, qu’il enleva de vive force à la mère de Lambert, Ageltrude, il se fit couronner empereur par Formose et jurer fidélité par le peuple romain , sauf la foi due au pape. Pour n’avoir pas voulu s’accorder sur le roi national, les Italiens avaient relevé l’empire allemand, et Arnulpf allait forcer Lambert et sa mère dans Fermo , leur dernier asile , lorsqu’il fut atteint lui-même de la maladie qui avait déjà décimé son armée, et retourna mourir en Allemagne.
Instruits suffisamment de ce qu’on gagne à appeler l’étranger , Bérenger et Lambert firent alliance et conclurent un traité de partage à Pavie ; Bérenger obtint tout ce qui est au nord du Pô et à l’est de l’Adda ; et Lambert , le reste de l’Italie ; ils scellèrent la paix du sang de leurs ennemis. Maginfredo, dans la Lombardie, essaya de résister à Milan , et paya ses trahisons de sa tête. Si saint Ambroise, selon la chronique milanaise, n’était apparu au vainqueur , Milan même eut été enveloppé dans sa chute. A Rome, le nouveau pape, Étienne VI, porté par la faction des Spolétains, signala sa haine contre la faction allemande; il fit déterrer, juger , décapiter et jeter dans le Tibre le cadavre du pape Formose, partisan d’ArnuIpf.
Resté seul roi en 897 par la mort de Lambert, Bérenger ne fut pas plus heureux qu’auparavant. Les Sarrasins, alliés d’Anastase , à la fois duc et évêque de Naples , qui partageait avec eux le butin fait sur les chrétiens, apparaissaient (le nouveau sous les murs de Rome. Les Madgyars , pour la première fois, s’avancèrent en 900 jusqu’aux portes de Milan. Bérenger tâcha de s’attacher l’Italie en la défendant ; après avoir battu les Madgyars sur les bords de l’Adda , il les poursuivit l’épée dans les reins jusque sur la Brenta , pour les y détruire. Réduits au désespoir, ils y écrasèrent au contraire son armée, et se vengèrent du danger qu’ils avaient
le royaume italien (888-950). 103
couru, en ravageant pendant plusieurs mois les villes, les couvents et les églises de la Lombardie.
Au lieu de se serrer autour de leur roi malheureux , Adalbertll, marquis de Toscane, Sigifredo, comte de Milan, voulurent profiter de sa défaite pour le renverser. Berthé seconde femme d’Adalbert, fille de la fameuse Waldrade de Lorraine, belle et ambitieuse comme sa mère, avait mis le saint-siège à leur discrétion en y faisant parvenir une de ses» créatures, Benoît IV. Ils proposèrent la couronne d’Italie au roi de Provence, Louis, fils de Boson et d’Hermengarde, de concert avec le pape. Le petit-fils de Louis II n’eut qu’à se présenter pour recevoir la couronne de fer à Pavie, et même la couronne impériale à Rome ; Bérenger s’enfuit en Allemagne. Mais l’ingratitude du nouveau roi envers Àdalbert, qu’il trouvait trop puissant, le perdit. Le marquis de Toscane , véritable faiseur de rois , rappela Bérenger qu’il avait contribué à chasser. Berthe, plus dangereuse encore, multiplia la défection parmi les partisans de Louis, par des moyens dont l'emploi devait bientôt devenir fréquent dans sa famille et dans les affaires de l’Italie. Louis, obligé de jurer de ne plus revenir dans la péninsule, viola son serment plusieurs années après , et obtint d’abord quelques succès à la faveur d’une maladie de Bérenger ; mais, surpris bientôt dans Vérone, et puni de son parjure par la perte de la vue, il laissa désormais le trône à son rival (905).
Éprouvé par tant de malheurs, Bérenger pour régner au moins en paix dans la Lombardie , abandonna à Adalbert le centre de l’Italie.
Théodora et le pape Jean X; chute de Bérenger; Hermen» garde et le roi Rodolphe ; Jlnrozle et le roi Hugues (OO.W3Ï).
Ce marquis de Toscane qui avait succédé à la puissance des ducs de Spolète, y mena, en effet, tout à son gré ou plutôt à celui de sa famille. Le saint-siège môme tomba honteusement dans la dépendance de sa cour brillante et dissolue. Après deux papes élevés chacun par la violence, Sergius avait dû déjà la tiare à la faveur de Marozie , fille