CHAPITRE VI
du premier lit d’Àdalbert. Quand Marozie devint l’épouse d’Albéric, duc de Spolète, sa sœur Théodora, d'une beauté plus dangereuse encore, succéda dans Rome à sa puissance. Éprise d’un jeune prêtre nommé Jean, elle le fit nommer d’abord évêque de Bologne , puis archevêque de Ravenne, enfin pape sous le nom de Jean X (914).
Le plus singulier fut qu’alors le gouvernement du saintsiège devenu comme un fief de la beauté de deux femmes ne manqua ni d’intelligence ni d’énergie. Sergius avait montré quelques qualités pendant trois années de pontificat. Jean X fut l’instigateur de la plus grande et de la plus nationale entreprise de cette époque. 11 poussa contre les Sarrasins, tous les jours plus redoutables au midi de l’Italie, Atenolphe, duc de Bénévent et de Capoue; Grégoire, duc de Naples, les petites républiques grecques, et leur assura les secours du roi Béranger qu’il fit empereur et même ceux du souverain de l’Orient, Léon le Philosophe. Coupés de la mer, attaqués dans leur camp retranché du Garigliano, les Sarrasins furent jetés dans les Apennins et tués presque jusqu’au dernier (916).
Après la mort d’Adalbert, Bérenger, d’ailleurs décoré du titre d’empereur, crut pouvoir reprendre ses projets de domination sur toute l’Italie. Mais le marquis de Toscane lui laissait dans ses enfants et surtout dans ses filles des adversaires redoutables. Il retint vainement l’aîné des fils d’Adalbert, Guido, héritier de la Toscane, et sa mère Berthe au château de Mantoue; les ordres de Guido suffirent pour assurer la fidélité de ses vassaux. Marozie après la mort de Théodora contint Rome et le pape Jean X; enfin Hermengarde, troisième fille du duc de Toscane, mariée à un autre Adalbert, marquis d’Ivrée , souleva contre Bérenger Adelrich , comte palatin de Lombardie, et Lambert , archevêque de Milan , mécontent d’avoir payé des sommes considérables pour l’investiture de son bénéfice. Bérenger appela contre les rebelles quelques chefs hongrois qu’il tenait en réserve, les surprit près de Brescia, tua Adelrich, et faillit mettre la main sur Adalbert qui s’échappa à la faveur d’un déguisement.
Hermengarde eut aussi recours à l’étranger. Appelé par
elle, Rodolphe, roi de la Bourgogne transjurane, pénétra au milieu de la Lombardie, battit Bérenger près de Fiorenzuola, entre Plaisance et le bourg de San Donnino et l’assiégea dans Vérone. Réduit aux abois, celui qui avait gagné et perdu déjà trois fois son royaume, aima mieux le ruiner que de le laisser encore à un autre. 11 ouvrit les défdés des Alpes aux Hongrois qui se répandirent en fureur dans toute la Lombardie (924). La ville de Pavie fut mise à feu et à sang, tout le nord de l’Italie pris à rançon. Au milieu de ces ruines Bérenger n’excita plus que l’horreur. Un certain Flambert comblé de ses bienfaits, déjà pardonné après une première tentative d’assassinat , le tua d’un coup de poignard (924).
Rodolphe se croyait sûr d'ajouter la couronne d’Italie à celle de Bourgogne transjurane ; tel n’était pas le compte de la femme du marquis d’Ivrée, Hermengarde, qui avait renversé Bérenger dans des vues plus intéressées; c’était le temps où les femmes faisaient avec leur beauté le destin de l’Italie. Marozie, sœur consanguine d’ Hermengarde, et duchesse de Spolète, venait de venger Albéric, son mari, tué dans une querelle avec le pape Jean X, en s’emparant du môle d’Adrien. Maîtresse alors de Rome et du saint-siège, elle mettait le comble à sa puissance en prenant, pour époux son frère consanguin, le duc de Toscane, Guido, fds comme elle d’Adalbert. Hermengarde, encouragée par cet exemple, se choisit pour époux à la mort de son mari son propre frère utérin, Hugues, fils de Berthe et de son premier mari, usurpateur de Provence, et détacha de Rodolphe tous ses vassaux par les moyens que sa mère avait autrefois employés contre Louis, fds de Boson. Quand Rodolphe, qui se croyait assuré de la faveur d’Hermengarde, s’aperçut de ses intrigues et vint l’assiéger dans Pavie, il était trop tard. La tille de Berthe lui apprit que la fidélité de ses partisans ne pouvait tenir devant sa prodigue beauté; et le réduisit bientôt luimême à venir implorer sa grâce à ses pieds , au prix de son royaume.
Hugues n’eut qu’à débarquer près de Pise sur des galères venues de Provence et prit le trône avant la main qui lui était