CHAPITRE M
Pavie, de Manlouc et marquis de Trente. Un de ses bâtards devint évêque de Plaisance, un autre marquis de Toscane, à la place de Boson, son frère, dont il n’était plus assez sur. Dans l’intention de donner à un troisième l’archevêché de Milan, il y lit nommer d’abord un vieillard, puis attenta à la vie de celui-ci qui ne mourait pas assez vite. Hugues, il est vrai, s’il voulait être roi, devaitpousser partout ses créatures. Les rivalités de ses prédécesseurs avaient livré la royauté en détail à la féodalité; les Bérenger et les Guido ne s’étaient fait des partisans qu’à force de concessions de privilèges aux seigneurs et d’immunités aux évêques. Hugues ne pouvait se maintenir qu’en livrant à ses partisans des positions devenues si puissantes. Les moyens qu’il employait étaient seuls répréhensibles.
Deux personnages surtout excitaient les soupçons et les convoitises du roi Hugues : c’était Bérenger et Anscar, tous deux fils d’Adalbert , marquis d’Ivrce , et de sa première femme , Ghisla , fille de Bérenger 1er, l’un marquis d’ivrée , l’autre duc de Spolète. Il se défit du second, en envoyant contre lui, sous prétexte de le punir d’une conspiration, son comte du palais, Sarilon, qui le défit, le tua et fut investi de son duché. Il attira l’autre à sa cour, dans l’intention de le saisir et de lui faire crever les yeux; celui-ci ne fut sauvé que par le jeune Lothaire, fils d’Hugues, qui, ne pouvant supporter l’idée d’un pareil crime, l’avertit et le fit fuir au delà des Alpes, d’abord auprès du duc de Souabe, Hermann , puis auprès du puissant roi de Germanie , Othon le Grand.
Pendant que le roi Hugues était tout entier à ses entreprises criminelles, les Sarrasins, au midi, reprenaient leur poste du Garigliano ; au nord, ils se jetaient de Fraxinet sur le Montferrat et en 935 pillaient Gênes naissante; Venise se détachant tous les jours davantage de l’Italie, autant que de l’Orient sous le dogat des Participatii et des Candiani , détruisait sa rivale Comacchio, et en souvenir de la vengeance quelle tirait de l’outrage fait aux vierges d’Olivolo par les pirates du marquis d’Istrie, instituait la fête des Mariés , le jour de la Chandeleur. Hugues n’eut qu’une idée nationale
l.K ROYAUME ITALIEN (8S8-950). 1L9
qu’il exécuta en ambitieux vulgaire. De concert avec le pape Marin II, les empereurs (l’Orient Constantin et Romain , et la ville de Gênes, il conduisit une expédition contre les Sarrasins de Fraxinet. Les forbans, attaqués par terre et par mer, virent leurs vaisseaux brûlés ou coulés à fond et furent poursuivis à travers les montagnes jusque dans leurs derniers retranchements. Mais au lieu de les exterminer, Hugues les transplanta des rochers de Fraxinet, qui furent bientôt occupés par de nouveaux bandits, dans les montagnes du Frioul pour s’en faire des défenseurs contre les mécontents du dedans et les ennemis du dehors (940).
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Le fils du roi Hugues, le jeune Lothaire, marié à la belle Adelhaïde, fille du roi de Bourgogne Rodolphe il, balançait seul encore par l’amour qu’il inspirait, la haine qu’on portait à son père. Ce n’était point assez pour les défendre. Bérenger, fils du marquis d’Ivrée, réfugié depuis quelque temps chez les Germains, le renversa en 945 avec quelques soldats d’Othon. Manassès, que le roi Hugues avait fait évêque de Pavie, de Vérone et marquis de Trente, livra le premier ses châteaux qui commandaient les défilés, dans 1 espoir de l’archevêché de Milan. Guido, évêque de Modène, en fit autant. Arderich, le vieil archevêque de Milan, dont la vie avait été menacée, accueillit Bérenger comme un libérateur. Abandonné de tous, Hugues abdiqua dans l’espoir de laisser au moins la couronne à son fils Lothaire. Bérenger, soit pour se donner l’apparence du désintéressement, soit pour pouvoir s’assurer les trésors que le roi était sur le point d’emporter, consentit à cet arrangement, à la condition d’avoir la disposition de toutes les dignités , c’est-àdire la réalité de la puissance. Bientôt Hugues ne se sentant pas en sûreté dans son ancien royaume s’enfuit en Provence, où il termina sa vie sous un habit de moine; et Lothaire, qui ne se méfiait point de celui qui lui devait la vie, s’affaiblit tout à coup, languit et mourut en 950.
Bérenger, pour légitimer une usurpation, voulait faire