‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 72 sur 347 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

l’évêque de Florence, ancien protégé et partisan de Gottfried marquis de Toscane, sous le nom de Nicolas II. Monté au Vatican par la protection allemande, mais sur le choix d’Hildebrand , celui-ci lit un pas de plus. 11 arracha résolûment à l’empereur les droits qu’il avait exercés sur le saintsiège et sur les autres évêchés d’Italie, en statuant que désormais les curés cardinaux attachés aux paroisses de Rome auraient seuls le droit d’élire le pape , et qu’aucun bénéfice ecclésiastique ne pourrait être conféré par un laïque, .sauf, ajoutait vaguement la bulle, l'honneur et le respect dus au roi Henri.

Ce décret ne lésait pas seulement l’autorité impériale, mais le peuple romain, c’est-à-dire les factions qui perdaient toute part à l’élection du pape , et les évêques lombards détachés de l’empire à qui ils devaient tout, et livrés au saint-siège. Une révolte éclata à Rome. La Lombardie s’agita de nouveau. Le pape appela à son secours contre les nobles romains les Normands ses vassaux, et envoya au chef de la faction ennemie de l’évêque milanais un étendard bénit, comme gonfalonier de l’Église. Richard d’Aversa, investi par le pape du duché de Capoue , qu’il enleva bientôt au dernier duc; Robert Guiscard, successeur deUmfroy , fait duc de Pouille et de Calabre où il venait de prendre Reggio , soumirent les comtes de Tusculum. Herlembald rentra de nouveau dans Milan.

A la mort de Nicolas II, en 1061, Ilildebrand porta la lutte au plus vif de la question. Poussé par lui, le nouveau collège des cardinaux s’empressa d’élire Anselme de Baggio , évêque de Lucques, qui prit le nom d’Alexandre II, un des partisans les plus ardents de la réforme. De leur côté, les nobles romains, l’archevêque de Milan, les évêques de Pavie, d’Asti, de Verceil , de Plaisance , obtinrent deda cour impériale , mécontente de n’avoir point été consultée , l’évêque de Parme , Honorius II. Les partis se groupèrent nettement autourdes deux papes, et le schisme se dessina. Alexandre II, le pape d’Hildebrand, élu par les cardinaux, compta pour partisans les hommes de la discipline rigoureuse, ceux qui voulaient deux grandes choses, la réforme des mœurs de l’Église

et l’indépendance de l’Italie , Pierre Damiens , Lanfranc de Pavie , le clergé régulier, depuis longtemps rival du clergé séculier, le menu peuple, qui voulait voir la moralité dans le sanctuaire, et les petits vassaux et les bourgeois, ennemis de l'épiscopat , depuis que les évêques étaient devenus des seigneurs féodaux. Honorius II, le pape de l’empereur, eut pour lui la noblesse romaine , la plupart des prélats lombards , la haute noblesse dont les fils arrivaient aux prélatures.

Schisme à la fois religieux et politique! Hildebrand, dans l’état de la société italienne, arrivait droit à l’affranchissement de la péninsule, en soustrayant au pouvoir des Allemands le saint-siège et l’épiscopat , éléments dominants de l’Italie. La noblesse italienne et la bourgeoisie municipale, derrière Hildebrand, brisaient, en soutenant ses doctrines, la puissance politique confiée par les empereurs saxons aux évêques. La lutte fut vive à Rome. Les comtes de Tusculum ayant à leur tète le fds d'un Juif, Pierre Léonis, converti au christianisme, intronisèrent d’abord Honorius 11 et battirent le comte normand de Capoue, Richard ; mais bientôt ils furent battus à leur tour par Gottfried de Toscane. Honorius, prisonnier deux ans dans le château Saint-Ange, fut heureux de pouvoir s’échapper sain et sauf et de céder la place à Alexandre. Dans la ville de Milan , à la suite d’un combat qui commença dans l’église même de Saint-Ambroise, Herlembald chassa l’archevêque Guido et les capitaines , livra leurs maisons et leurs biens au pillage, et resta maître de la place. La victoire d’Hildebrand parut complète et fut couronnée en 1073 par son élévation au pontificat sous le nom de Grégoire VIL

ï.i* pape OréKOirc VII; l’empereur Henri IV; querelle «lest Investiture» (lOJJ-iOSi).

Le nouveau pape , encouragé par les circonstances , qui secondaient son énergie et son ambition , dévoila aussitôt toutes les conséquences du vaste système qu’il avait conçu. Quoiqu’il eût demandé par politique la confirmation de l’empereur Henri IV, on vit dès ses premières paroles et ses

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