‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 76 sur 347 · CHAPITRE Mil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Mil

pape* et tout son clergé. Le peuple, indigné d’une pareille violence, assassina les Allemands dans les rues de Rome et attaqua le camp impérial. Henri tint bon , repoussa les assaillants et arracha au pape , après soixante et dix jours de captivité, un accommodement moins désastreux pour l’Église et qui eût été promptement suivi de la paix, si la mort de la comtesse Mathilde, en 1114, n’eût rendu à la querelle la vivacité et l’intérêt politique qui commençaient à lui manquer.

L'héritage de la comtesse Mathildes concordat de Morin*

(iiii-tm).

Au moment où le pape Pascal II s’apprêtait à recueillir le vaste héritage de cette princesse , l’empereur attaqua la donation. Une femme avait-elle le droit de tester sans le consentement de son suzerain ? n’y avait-il pas, d’ailleurs, une distinction essentielle à faire entre les biens allodiaux de la comtesse et les fiefs de l’empire? Les deux compétiteurs réclamèrent d’abord chacun le tout. Le pape décidé à lutter résolûment pour cette riche succession qui devait faire du saint-siège en Italie une puissance considérable, raviva tous les différends, afin de ne perdre aucune de ses forces. Poussé par le clergé italien qui lui avait reproché sa faiblesse, il cassa, dans un concile convoqué à cet effet, les conventions précédemment faites, renouvela tous les décrets contre l’investiture laïque , et à Rome même choisit pour préfet le fils d’un homme puissant, Pierre Léonis, quoique cette nomination appartint d’ordinaire à l’empereur.

La question redevint toute politique : Henri V, pour la décider en sa faveur, conféra aux villes de la Toscane et de l’héritage de Mathilde, toutes les libertés et privilèges qu’elles réclamèrent ; il alla jusqu’à dispenser les Mantouans de l’obligation de fournir des vivres au passage de l’empereur ( albergaria ) et de lui entretenir un palais. Il flatta la noblesse toscane et les barons romains eux-mêmes, mécontents de la nomination de Pierre Léonis, Juif d’origine. Pascal II , chassé de sa capitale, alla mourir au Mont-Cassin (1118). Pierre Léonis et les partisans du dernier pontife es-

sayèrent d’arrêter la victoire d’Henri V en faisant aussitôt élire au saint-siège le pape Gélase ; mais les chefs de la noblesse romaine, les Frangipani, arrachèrent le nouveau pape de son église, et l’empereur fit élire un évéque espagnol sous le nom de Grégoire VIII. La chrétienté se trouva divisée entre deux papes, moins par la question générale des investitures, que par la querelle tout italienne de l'héritage de Mathilde.

À la lueur du schisme le pape et l’empereur s’aperçurent enfin qu’ils se ruinaient au profit des villes. Quand tout semblait divisé, la capitale de la Lombardie prenait la défense de l’évêque nommé par Grégoire VIII et Henri V dans la ville de Como , bien qu’elle tînt pour le pape Gélase , afin de ruiner une ville qui entravait son commerce au nord vers les Alpes, comme Lodi le ruinait précédemment au sud, vers le Pô. Aussi , à la mort de Grégoire VIII l’empereur et le nouveaupape Callixte II, successeur de Gélase, ne voulurent point continuer la guerre à leurs dépens. La querelle des investitures fut terminée au concordat deWorms (1122) par une transaction qui confiait l’élection ecclésiastique aux chapitres , assistés de représentants des deux pouvoirs , et accordait l’investiture du sceptre à l’empereur, et celle de la crosse au pape. Le saint-siège, au spirituel, obtenait le respect de ses droits, sinon l’exercice de toutes ses prétentions au temporel ; ses rêves de domination semblaient tacitement condamnés. L’affaire de l’héritage de la comtesse Mathilde était plus difficile à arranger. Henri V mourut (1125) sans avoir pu la terminer.

I.'empereur Lothairc ; aeliUnie d’innocent II et d’Anaclet il

(lllt-1131).

La dynastie franconienne finissait avec cet empereur. Pour pouvoir continuer à traiter à l’amiable, le pape Callixte II parvint, grâce à l’archevêque de Mayence, à faire nommer empereur Lothaire de Supplimbourg en haine de Frédéric de Souabe , prince puissant et distingué , mais qu’on savait déterminé à défendre comme les Franconiens les droits impériaux. En vain Conrad, frère de Frédéric, passa en Italie

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