CHAPITRE VIII
et fut reçu par les Milanais , qui guerroyaient alors contre la ville de Crémone, sous prétexte de délivrer Crème de son joug. A la suite d’Honorius II , successeur de Callixte , qui lança l’anathème contre lui et contre l’archevêque qui l’avait couronné , toutes les villes ennemies de Milan : Pavie, Crémone, Novare, Brescia, Plaisance , se déclarèrent pour Lothaire ; maltraité bientôt par les gens de sa faction comme par ses ennemis, convaincu qu’il n’était qu’un jouet, Conrad renonça à ce rôle ridicule et rentra en Allemagne.
Les deux partis se donnèrent encore rendez-vous à Rome à la mort d’Honorius. Le parti impérialiste et noble des Frangipani choisit pour pape Innocent II , noble romain ; la faction contraire Anaclet II, le petit-fds de ce Pierre Léonis, qui avait déployé en faveur du parti théocratique , sous Urbain II et Gélase un zèle de néophyte ; la lutte qui suivit tourna encore au détriment des deux adversaires, du pape et de l’empereur. Les villes n’y prirent parti que pour avoir occasion d’arracher quelques concessions à celui qu’elles soutenaient. Roger II , de Sicile , enfant de la vieillesse de Roger 1er, et héritier, par la mort de Guillaume, dernier descendant de Guiscard, de toutes les possessions normandes, profita aussi de la discorde pour se faire proclamer roi à Païenne par ses grands vassaux et ses prélats et pour obtenir d’ Anaclet une consécration solennelle (1130).
Aussi l’empereur Lothaire, arrivé en Italie en 1133 et couronné (1133) à Saint-Jean de Latran par son pape Innocent II , se hâta de conclure avec lui , pour les biens de Mathilde, un accord facilité par la lassitude générale. Lothaire prit en toute franchise les fiefs de Mathilde, mais ne reçut ses biens allodiaux qu’à la condition de prêter serment de fidélité au saint-siège. L’empereur devenait l’homme lige , le vassal du pape pour ces domaines ; quel affaiblissement pour l’autorité impériale ! Le pape le constata orgueilleusement par la devise inscrite au bas du tableau fait pour perpétuer la mémoire de cet événement : liex fioïno fit papa-. Il essaya même de lui donner une portée plus générale en insinuant que l’empereur, non le seigneur toscan, était devenu son vassal. Mais il ne trompa personne : le suzerain
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ne fut pas plus puissant que le vassal, à qui ses concessions au saint-siège valurent le mépris de l’Allemagne. Après la mort de son compétiteur Innocent II voulait faire la guerre à Roger II. Il fut fait prisonnier par lui et obligé , comme auparavant Léon IX, de relever son vainqueur de l'excommunication et de le reconnaître pour roi de Sicile et duc de Pouille. L’ambition du saint-siège et celle de l’empire aux prises dans la péninsule, s’étaient donc détruites l’une l’autre et comme abîmées au milieu du. mouvement général d’indépendance des petits États italiens. Dans le midi un royaume nouveau , au nord et au centre des républiques libres, avait pris naissance à l’ombre de ces deux fers croisés au-dessus des Alpes et des Apennins , par les pouvoirs spirituel et temporel, par le pape et par l’empereur !